‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 228 sur 270 · DÉFINITION DES REPOS COURTS /|Q · texte numérisé non relu

DÉFINITION DES REPOS COURTS /|Q

deux, le plus petit. Elles seront alors beaucoup plus aisément reconnaissantes. La seconde des deux opérations proposées plus haut, la division d'un des deux nombres qui mesurent les temps marqués par l'autre, est supprimée. La première, l'estimation du nombre des temps marqués, est de beaucoup simplifiée, car notre attention ne s'attache plus qu'à un seul des deux nombres qui mesurent la longueur des membres, et retrouve assez souvent le même ; la comparaison des nombres à considérer se fera aussi plus aisément.

Mais est-il permis de définir l'inégalité par l'étendue d'un seul des membres? Nous devons, et nous pouvons, le démontrer. En théorie, l'inégalité la plus considérable se rencontre lorsque le plus grand membre a l'étendue maxima et le plus petit l'étendue minima ; aussi, lorsqu'on recherche des inégalités notables, l'attention se porte naturellement vers les groupes qui contiennent des membres très courts. Cet argument théorique provoque, il est vrai, l'objection suivante : supposons un groupe très étendu, par exemple de ioo temps marqués, où la répartition des unités rythmiques entre les membres soit 10 : 90; leur inégalité est très grande, soit celle de 1 à 9 ; malgré cela, le plus petit des deux a une longueur supérieure à la moyenne : il mesure deux vers moins deux temps marqués ; aussi le groupe risque-t-il, si l'on mesure l'inégalité à la brièveté du petit membre, de ne pas être mis au nombre des inégalités dignes d'étude. L'objection ne vaut qu'en théorie. Nous n'avons pas à considérer des expressions mathématiques, mais des faits donnés, les groupes rythmiques des Métamorphoses. Or, il s'en trouve assez peu qui aient une longueur de plus de l\ vers, ou i!\ temps marqués; et surtout, au-delà de cette limite, le nombre des exemples décroît rapidement à mesure que croît l'étendue du groupe. Il n'y a donc, en fait, de grandes inégalités que lorsqu'un des membres est très court : l'inégalité proposée plus haut 1:9, et appliquée au groupe-type de 2 k temps marqués, suppose un premier membre

de 2 temps marqués seulement. Ainsi, pour réunir les repos de très faible durée, nous ne rechercherons plus les groupes à grande inégalité, mais les groupes à membres très courts : il est permis de substituer la seconde catégorie à la première.

Quant à définir les membres que nous nommerons très courts, l'observation du vers nous en fournit aussitôt le moyen. Pour le poète ou le lecteur exercé, l'étendue du vers hexamètre est l'étendue rythmique familière, sans cesse présente à l'oreille. Cette étendue est de 6 temps marqués, ou 3 —h- 3. L'image rythmique, pour ainsi parler, d'un nombre de 3 temps marqués, n'est donc pas associée à une impression d'inégalité, mais au contraire à une impression d'égalité. Pour rencontrer dans le vers l'inégalité, il faut qu'un des membres de la division binaire soit inférieur à l'hémistiche, par exemple 2< ^ î < 5. Nous définirons donc membres très courts ceux qui comprennent i ou 2 temps marqués.

Voici quelques exemples des étendues ainsi définies. Parmi les membres de i temps marqué, on trouve : L^u1 (le premier dactyle) ; 1 ^ (le premier trochée) ; w t « (le dernier pied plus la dernière brève du cinquième) ; Lu (le dernier pied) ; — i. (l'anapeste ou le spondée compris entre la penthémimère et l'hephthémimère) ; zr^L (l'anapeste ou le spondée compris entre la trihémimère et la penthémimère); urrji.^ (la partie comprise entre la penthémimère et la fin du quatrième trochée). Les membres de 2 temps marqués les plus fréquents sont ceux que détermine la division du vers en trois parties, telle qu'elle s'opère le plus souvent : Lur^L (du début à la trihémimère) ; — L^i. (de la trihémimère à l'hephthémimère); ^Lt^Lu (de l'hephthémimère à la fin du vers). Les formes moins fréquentes sont, ou bien les variantes de celles-ci, c'est-à-dire celles qui, sans avoir exactement le même point

i . Les chiffres désignent, comme dans toutes les figures métriques employées jusqu'ici, le numéro d'ordre des temps marqués comptés de gauche à droite.

REPOS COURTS DEFINIS PAR UN SEUL MEMBRE /lC)5

initial ou final, contiennent les mêmes temps marqués (par exemple ^t^LztzLztj : de la trihémimère à la coupe bucolique), ou bien les groupes qui suppriment la division ternaire : ainsi ceux qui réunissent le second et le troisième temps marqué : !^^L (du premier dactyle à la penthémimère), ou bien le quatrième et le cinquième : z^tzrz!L - (de la penthémimère au cinquième trochée).

En résumé, nous rechercherons les groupes à membres très courts, et non pas les groupes à membres très inégaux, parce que les deux catégories sont à peu près identiques, et que les premiers sont beaucoup plus faciles à reconnaître que les seconds. Mais il ne faut pas oublier qu'en principe la durée du repos se définit par la relation des deux membres, non par l'étendue de l'un d'eux, et qu'en fait les deux catégories ne coïncident pas exactement. La substitution de l'une à l'autre ne va donc pas sans arbitraire. Considérons les deux groupes suivants, dans lesquels la barre | et le repos a marquent la séparation des membres :

Lzrz L~

Le premier comprend en tout l\ vers, soit i!\ temps marqués, répartis entre les membres de la façon suivante : 3 << 21 ; le second comprend les cinq premiers temps marqués du vers, divisés en 2 < 3. Dans le premier, la relation d'étendue des membres est : 1:7; dans le second : 1 : i,5 ; le premier a donc un repos d'étendue relative beaucoup plus court que le second. Cependant, le premier n'est pas compris parmi les groupes à membres très courts, qui vont désormais représenter pour nous les groupes à repos très faibles, et le second y est compris au contraire. On trouverait aisément un certain nombre d'anomalies analogues : des inégalités très grandes

ayant un petit membre d'étendue moyenne, et que nous aurons à négliger, des inégalités médiocres ayant un petit membre très court, et que nous devrons compter à la place des premières. Elles porteront moins de dommage aux résultats de notre recherche qu'il ne paraît tout d'abord : nous aurons à observer les repos le plus souvent à travers les nombres qui les représentent, et dans les nombres, les inégalités médiocres indûment admises compensent les grandes inégalités indûment exclues. Malgré cela, il faut reconnaître l'inexactitude du procédé : le groupe composé des repos avant ou après un membre très court ne coïncide pas exactement avec le groupe des repos entre membres très inégaux. Cette erreur, que nous commettons volontairement dans la définition des repos faibles du discours, parce que sans elle il est impossible de les étudier, se fera sentir quand nous les rapprocherons des coupes du vers : nous aurons à en tenir compte pour expliquer certains des résultats numériques obtenus, et les rendre conformes à la loi générale d'attraction.

B) Repos courts : étude d'ensemble (statistique). a) Résultats généraux.

Nous connaissons maintenant les objets à comparer. Ce sont, d'une part les repos du vers classés par ordre de durée, et d'autre part les repos du discours, repos longs ou repos entre membres égaux, repos courts ou repos entre membres dont l'un au moins contient moins de 3 temps marqués. En comparant avec les repos du vers ces deux groupes de repos du discours, nous verrons se manifester l'attraction réciproque des repos de durée analogue.

La distribution des repos courts parmi les différentes coupes est indiquée dans le tableau suivant.

repos courts; résultats statistiques généraux 497

Les lettres qui s'y trouvent ont le même emploi que dans

les tableaux statistiques correspondants du chapitre précédent,

où il est question des repos de l'étendue totale (courts repos,

p. 382 ; longs repos, p. [\2§). A désigne le total des repos entre

propositions qui se rencontrent avec les coupes de la classe I,

II, etc. , y compris les repos indéterminés ; B désigne le nombre

des repos courts (repos avant ou après un membre court)

qui se rencontrent avec les coupes de la classe I, II, etc. Dans

la colonne B/A, on trouve le nombre x de la relation -7- = .

Coupes. B/A =

Classe I 3%

Ainsi, les faits considérés comme des données statistiques, c'est-à-dire groupés ensemble et dénombrés purement et simplement, confirment les inductions tirées de la théorie. En partant des principes, avant tout recours aux faits, nous avons admis que les repos faibles du discours sont attirés par les coupes faibles du vers. Cette attraction est démontrée par les nombres qui précèdent. Les repos faibles sont relativement rares à la classe I, qui désigne la coupe la plus importante du vers, et leur nombre s'accroît progressivement à mesure que l'on passe de la classe I à la classe IV, c'est-à-dire des coupes les plus importantes aux moins importantes.

De plus, les quatre classes se répartissent en deux groupes bien Iranchés : l'un comprend les deux premières et l'autre les deux dernières. En effet, les nombres qui leur correspondent sont très voisins pour I et II (différence : 2) et pour III et IV (différence : 5) ; la séparation nette est entre II et III (différence : 24)-

Si l'on se reporte aux repos courts de l'étendue totale (p. 382), on y trouve la même progression croissante, et aussi la

Gahen. 3a

même répartition des quatre classes : I près de II (1 et 5, différence 4) ; III près de IV (1 4 et 1 5, différence 1) ; II loin de III (5 et i4, différence 9). Tout à l'heure (pp. 4^5, 432), nous avons employé les différences des nombres à mesurer l'intensité de l'attraction qui entraîne les repos du discours vers les repos analogues du vers. En appliquant ici le même procédé, on remarque que l'attraction est plus forte pour l'étendue relative (total des différences 2-f-24-4-5 = 3i) que pour l'étendue totale (total des différences : 4-+-9H-i = i4). Mais la conclusion n'est pas certaine, car la comparaison n'est pas tout à fait légitime. Nous observons directement les repos courts de l'étendue totale; au contraire, nous n'observons pas les repos courts de l'étendue relative eux-mêmes, mais des repos à peu près équivalents (v. ci-dessus, p. 495). Aussi ne tiendronsnous pas la différence observée pour assurée avant d'avoir fait la même comparaison entre les repos longs de l'étendue relative et les repos longs de l'étendue totale ; elle nous conduira d'ailleurs à un résultat semblable (v. plus loin dans le même chapitre, section G, paragraphe (S).

(3) Distinction des différentes catégories.

Le nombre désigné plus haut par la lettre B comprend des groupes de deux sortes: dans les uns, le petit membre contient deux temps marqués; dans les autres, il n'en contient qu'un. Désignons par C les groupes du premier genre qui appartiennent à chacune des quatre classes, et par D les groupes du second genre. Quelle est, pour les différentes coupes, la proportion des exemples G et des exemples D, en d'autres termes la relation des nombres G et D au nombre total B ?

L'attraction des repos les plus prolongés vers les coupes les plus importantes doit se manifester encore dans les rapports de ces données nouvelles. On prévoit que les repos C, les plus

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