REPOS LONGS ; STATISTIQUE 5O
Les repos B sont des repos très longs du discours. Si la loi d'attraction est vraie, ces repos doivent se rencontrer plus souvent avec les coupes les plus importantes du vers, c'est-à-dire entrer pour une plus large part dans le nombre total des repos entre propositions que l'on trouve à ces coupes. Aussi le nombre qui correspond à la relation B/A doit-il être plus grand pour les coupes fortes, et plus petit pour les coupes faibles. Si l'on dispose, comme dans le tableau précédent, les quatre classes de coupes par ordre d'importance décroissante, et que l'on écrit en face du signe de chaque classe, le nombre B/A qui appartient à cette classe, il faut, pour démontrer la loi d'attraction, que les quatre nombres se présentent suivant une progression décroissante.
C'est là, en effet, le cas des trois derniers nombres : le nombre II est plus grand que le nombre III, et le nombre III que le nombre IV ; quant au nombre I, qui est plus grand que les nombres III et IV, mais plus petit que le nombre II, il fait exception à la loi. Nous nous occuperons plus tard de cette exception, et nous chercherons à l'expliquer ; achevons auparavant d'examiner la partie régulière de la progression.
(3) Comparaison des repos de l'étendue relative avec les repos de l'étendue totale : puissance croissante de l'attraction.
Les nombres qui composent cette partie peuvent en effet servir, non seulement à déceler l'affinité des repos longs pour les coupes fortes, mais à en mesurer la puissance. Cette affinité, qui traduit la force même de V attraction, paraîtra d'autant plus grande que la décroissance des quatre nombres est plus rapide, qu'ils présentent à qui les compare des différences plus sensibles. A cet égard, les nombres en question ne signifient rien, si on les observe en eux-mêmes; mais ils prennent un sens si on les compare aux repos correspondants (repos longs) de l'étendue totale.
5io repos de l'étendue relative
Au tableau de la page ^25, les différences des trois derniers nombres sont les suivantes : i (de II à III) et 4 (de III à IV), ensemble 5. Les repos longs de l'étendue relative présentent des différences beaucoup plus fortes : 1 6 — f- 2 = 18 (p. 5o8). Il faut bien conclure de là que l'attraction s'exerce plus fortement sur les repos longs de l'étendue relative que sur les repos longs de l'étendue totale ; et ce résultat paraîtra très naturel, si l'on considère et le caractère de l'attraction, qui est d'autant plus puissante que les repos ont une plus grande durée, et la nature des repos représentés par les nombres.
Parmi les repos longs de l'étendue totale, il ne s'en trouve aucun qui atteigne la plus grande longueur possible ; étant donné un repos extrêmement long, par exemple le repos d'un groupe de 3o vers, nous pouvons toujours concevoir, et rencontrer ailleurs, un repos plus long. D'ailleurs, le groupe des repos longs de l'étendue totale, tel que nous l'avons défini, ne comprend pas seulement des repos très supérieurs à la moyenne, par exemple des repos dont les membres mesurent io vers, i3 vers et plus ; il en comprend aussi qui dépassent la moyenne de très peu, par exemple les repos entre membres de 5 ou 6 vers. Pris ensemble, les repos très longs et les repos moins longs se fondent en une longueur médiocre ; à cette longueur médiocre des repos correspond une attraction médiocrement intense, qui produit entre les nombres de repos attribués aux quatre classes de coupes des différences assez faibles. Les repos longs de l'étendue relative ont tous la même durée, puisqu'ils correspondent tous à la même relation des membres, qui est l'égalité parfaite ; et cette durée est très longue, très supérieure à la durée moyenne, qui est celle des repos entre membres moyennement inégaux. Les repos longs, entre membres égaux, ne sont pas seulement très longs, mais aussi longs que possible : puisque la longueur du repos grandit en même temps que diminue l'inégalité des membres, nous ne saurions concevoir de longueur plus grande que celle des repos
PUISSANCE CROrSSANTE DE LATTRACTION 5 1 I
entre membres exactement égaux. Ainsi, les repos longs de l'étendue totale ont, pris ensemble, une longueur médiocre, pris à part, une longueur toujours inférieure à la plus grande possible ; les repos longs de l'étendue relative ont tous une longueur très grande, et même la plus grande possible. Gomme l'attraction croît avec la longueur des repos, on trouve nécessairement, et pour deux raisons, une attraction plus intense dans ceux-ci que dans ceux-là.
Nous avons constaté plus haut (p. A98) la même différence entre les repos courts de l'étendue relative et les repos courts de l'étendue totale : les nombres qui mesurent la puissance de l'attraction sont plus grands dans l'étendue relative. Toutefois, l'interprétation de ces nombres pouvait alors paraître douteuse, et nous l'avions ajournée jusqu'au moment où des résultats semblables seraient obtenus pour les longs repos. Ces résultats, nous les possédons maintenant : il est désormais certain que l'attraction se fait plus vivement sentir dans les repos courts de l'étendue relative que dans les repos courts de l'étendue totale.
Mais une difficulté se présente : nous ne pouvons pas expliquer la différence des repos courts, comme celle des repos longs, par la nature différente des objets comparés. Les deux groupes, repos courts de l'étendue totale et repos courts de l'étendue relative, contiennent l'un et l'autre, plusieurs durées, plusieurs catégories ; dans l'un et dans l'autre, on trouve des repos aussi courts que possible, aussi vivement attirés que possible vers les coupes faibles : soit, pour l'étendue totale, les repos entre deux membres qui contiennent un seul temps marqué chacun , ou même un seul temps marqué à eux deux ; pour létendue relative, les repos avant ou après un membre qui ne contient qu'un temps marqué, ou même qui n'en contient pas. Il est cependant nécessaire de rattacher ces deux faits semblables : progrès de l'attraction dans les repos courts de l'étendue relative, progrès de l'attraction dans les repos
5l2 REPOS DE L'ÉTENDUE RELATIVE
longs de l'étendue relative, à la même explication : voici celle qui paraît convenir à l'un et à l'autre.
Les repos de l'étendue totale dépendent de l'observation des membres réunis, et les repos de l'étendue relative de la comparaison des membres distingués ; les premiers se présentent donc avant les seconds. Entre ceux-ci et ceux-là, il se fait en nous, par l'exercice, une sorte de progrès : nous percevons plus intensément le rapport des rythmes, les affinités respectives des différentes durées de repos pour les différentes coupes. Ainsi, la grandeur croissante de l'attraction dans les repos de l'étendue relative, comparés aux repos de l'étendue totale, résulte bien de la nature même des repos, à condition d'entendre par ce mot, non point leur durée, mais le procédé d'observation des membres qui permet de la définir.
Quand nous avons observé le progrès de l'attraction dans les repos longs de l'étendue relative tout seuls, avant d'avoir songé à en rapprocher les repos courts, nous avons expliqué ce fait par une autre cause, par la durée très longue de ces repos. Mais les deux explications, l'une fondée sur la durée des repos, l'autre fondée sur l'accoutumance qui nous rend plus sensible la relation du discours et du vers, se laissent aisément concilier, et n'en forment en réalité qu'une seule. Le fait le plus général, c'est un progrès dans notre aptitude à percevoir les impressions rythmiques : elle se fortifie par l'exercice, et se trouve plus grande dans l'observation des repos de l'étendue relative. Examiné en détail, ce progrès se traduit par deux conséquences différentes, d'ailleurs également nécessaires : d'une part, nous percevons des impressions analogues avec plus d'intensité, d'autre part, nous percevons des impressions plus intenses. La première se manifeste à la fois dans les repos longs et dans les repos courts ; elle produit un renforcement de l'attraction qui, commune aux uns et aux autres, attire les uns vers les coupes fortes et les autres vers les coupes faibles ; elle contient donc l'explication la plus générale qui se puisse
SES CAUSES 5l3
donner de la différence que nous avons observée en comparant les repos de l'étendue relative aux repos de l'étendue totale, dans la répartition de ces deux sortes de repos entre les coupes. Quant au progrès dans l'intensité des impressions perçues, il ne peut se reconnaître que dans les repos longs, et même dans les repos les plus longs ; en effet, les repos de l'étendue totale nous présentent déjà les repos les plus courts possibles, les impressions de brièveté les plus intenses, les plus éloignées de la durée moyenne. Au contraire, c'est seulement dans les repos de l'étendue relative, que nous sommes capables de saisir des repos qui ont la durée la plus longue possible. Nous les mettons alors à part des autres, en rejetant au nombre des durées moyennes tous ceux qui n'ont pas cette durée absolue et parfaite, et nous composons avec eux seuls le groupe des repos longs ; auparavant, dans les repos de l'étendue totale, nous n'avions pu embrasser nulle part la longueur la plus grande possible ; l'effort de notre perception n'avait produit en nous que des repos parfois très longs, jamais tels qu'ils ne puissent pas être inférieurs à d'autres ; aussi nous avait-il fallu comprendre dans le groupe des repos longs, faute de pouvoir isoler la durée absolument longue, des longueurs inégales, dont les plus faibles touchent de près la longueur moyenne. Ainsi, nous devenons plus sensibles aux impressions rythmiques à mesure que notre oreille s'exerce davantage à les percevoir. Nous venons de constater ce progrès dans les repos de l'étendue relative, et en particulier dans l'attraction. Mais celle-ci n'est pas la seule force qui produise le rythme : les repos longs n'éprouvent pas seulement une attraction vers les coupes fortes, mais encore une répulsion vers les coupes faibles ; nous verrons bientôt, en observant cette seconde force, qu'elle est, elle aussi, plus intense dans les repos de l'étendue relative que dans les repos de l'étendue totale, parce que les premiers se présentent plus tardivement à notre observation (v. plus loin, même section, fin du paragraphe y).
Cahen. 33
Enfin, les repos de l'étendue relative ne sont pas les seuls qui s'offrent à nous dans la seconde période de notre analyse, après que nous avons isolé et comparé les deux membres du groupe : à ce moment, nous percevons aussi les repos de l'ordre des membres, qui se mesurent, non par la grandeur de l'inégalité, mais par la disposition des masses rythmiques inégales. Il est naturel de supposer dès maintenant, que le progrès de l'activité rythmique, la puissance croissante de l'attraction et de la répulsion, se feront sentir dans les repos de l'ordre des membres comme dans les repos de l'étendue relative, si on les rapproche, eux aussi, des repos de l'étendue totale. Nous trouverons plus tard cette induction confirmée par les nombres qui nous permettent de mesurer l'intensité des forces rythmiques (v. plus loin, chapitre v, section B, paragraphe |3, au début).
Il nous faut auparavant terminer l'étude des repos longs de l'étendue relative. Nous avons reconnu, s'exerçant sur eux, la force appelée attraction ; elle s'accuse par la décroissance régulière des quantités de repos attribuées aux trois dernières classes de coupes. Il nous reste à décrire la force antagoniste, la répulsion. Nous n'avons pas seulement à en dénoncer l'existence : elle se manifeste par l'anomalie du nombre attribué (p. 5o8) à la coupe de la première classe, à la coupe finale ; nous devons expliquer comment elle s'exerce, et en quoi les repos de l'étendue relative diffèrent, à cet égard, des repos de l'étendue totale.
y) Nombres contraires à la loi d'attraction : répulsion.
Le résultat obtenu pour la classe I est, nous l'avons signalé déjà, en contradiction avec les autres, et avec la loi d'attraction. Cette loi exige que la progression des nombres considérés soit régulièrement décroissante, c'est-à-dire que le plus grand