‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 231 sur 270 · ANOMALIES STATISTIQUES 5 I · texte numérisé non relu

ANOMALIES STATISTIQUES 5 I

nombre appartienne à la classe I, le plus grand après celui-ci à la classe II, et ainsi de suite. En réalité, le nombre de la classe I (i5) est plus petit que celui de la classe II (2 5). Il faut expliquer cette anomalie.

Auparavant, nous en rapprocherons un autre fait, qui n'est pas à la vérité contraire à la loi d'attraction, mais qui n'est pas expliqué par elle. En observant les différences des nombres affectés aux quatre classes de coupes, on peut mesurer l'intensité de l'attraction. Opérons cette mesure en même temps dans tous les repos qui correspondent à l'étendue relative des membres, les repos courts que nous avons étudiés tout à l'heure (v. p. 497), et les repos longs que nous étudions maintenant, et comparons les résultats obtenus. Il convient d'exclure de la comparaison les nombres I des deux colonnes B/A : celle des repos longs (p. 5o8) et celle des repos courts (p. ^97)- En effet, le nombre I des repos longs est plus petit que l'un des trois suivants, alors qu'il devrait être le plus long de tous; il fait apparaître, non pas l'attraction, qui aurait pour effet d'attirer les repos les plus longs vers la coupe la plus forte, mais une répulsion qui les en éloigne ; il ne peut pas servir à mesurer la force de l'attraction ; il doit disparaître des calculs que nous proposons à cet effet, et avec lui l'objet que nous aurions à lui opposer, le nombre I des repos courts. Restent les nombres II, III et IV des deux tableaux, la partie régulière des deux progressions, régulièrement croissante dans l'une, régulièrement décroissante dans l'autre. Les différences de II à III, de III à IV, sont pour les repos courts 24-4-5 = 29, pour les repos longs 16-1-2 =18, donc beaucoup plus faibles dans ceux-ci.

Réunissons maintenant les enseignements que les nombres nous apportent; considérons les faits que ces nombres traduisent, c'est-à-dire les effets de l'attraction : nous constatons que l'attraction se trouve, dans les repos longs, détruite à la coupe finale, affaiblie aux autres coupes.

5l6 REPOS DE L'ÉTENDUE RELATIVE

En étudiant les repos longs qui correspondent à l'étendue totale des membres, nous avons déjà observé, et ces anomalies numériques, et les faits qu'elles représentent, et la cause qui les explique. Les repos des groupes qui dépassent quatre vers ont, en effet, une tendance à s'éloigner de la coupe finale : leur nombre est donc moins grand à cette coupe, et la différence entre ce nombre et le suivant (le nombre des repos attribués aux coupes de la classe II) est plus faible que ne le fait prévoir la loi d'attraction ; tel est Y affaiblissement en ce qui concerne la coupe finale. Le mouvement qui entraîne ces repos ne les transporte pas seulement hors de la coupe finale, mais aussi loin que possible de celle-ci, c'est-à-dire vers les coupes faibles (classes III et IV) ; les nombres affectés à ces coupes sont accrus d'autant, ils se trouvent moins différents l'un de l'autre, et moins différents l'un et 1 autre du nombre qui les précède (celui de la classe II) : voilà l'affaiblissement aux trois dernières classes de coupes. Supposons que l'éloignement des repos longs pour la coupe finale atteigne sa plus grande intensité : alors il ne restreint pas seulement la supériorité de grandeur du nombre I sur les nombres II ou même III et IV, il rend ce nombre plus petit que celui ou ceux qui le suivent; il n'y a plus seulement rapprochement entre les quatre termes de la progression décroissante, mais leur ordre même est bouleversé ; l'effet de l'attraction, qui impose la grandeur décroissante des nombres , n' estpas seulement atténué , il est détruit.

La force qui éloigne les repos longs de la coupe finale vers les coupes faibles, nous l'avons appelée répulsion ; elle est produite par l'incompatibilité de nature et de voisinage qui existe entre ces repos et les valeurs rythmiques indéterminées, c'est-à-dire la coupe finale elle-même prise dans son caractère d'indétermination, et les repos indéterminés dont cette coupe est le siège naturel. La répulsion ne détruit pas l'attraction : elle s'exerce concurremment avec elle ; le même repos long contient en

PRÉSENCE CERTAINE DE LA REPULSION 5l~

effet deux repos distincts : l'un qui s'oppose aux valeurs déterminées, et qui est soumis à l'attraction, l'autre qui s'oppose aux valeurs indéterminées et qui est soumis à la répulsion. Les nombres de la statistique représentent les effets combinés des deux forces : quand la répulsion est inférieure en puissance, elle ne fait qu'affaiblir les effets de sa rivale ; quand elle l'emporte, elle les détruit.

Nous avons observé plus haut (pp. 443, 446, 448, 45 1) la répulsion directement, dans les vers mêmes du poète : nous avons constaté qu'elle s'y trouve en effet, et comment elle s'y exerce. Il est inutile de renouveler l'expérience à propos des repos qui correspondent à l'étendue relative des membres. Pour montrer que la répulsion est présente dans ces repos comme dans ceux du chapitre précédent, il suffit de considérer l'exercice de la répulsion tel que nous l'avons décrit : on reconnaît qu'il dépend de la grandeur même du repos long, qui détermine sa relation avec les repos moyens et avec les valeurs indéterminées, mais non pas du procédé de mesure par lequel nous estimons cette grandeur : peu importe qu'elle soit mesurée par l'addition, la comparaison ou la disposition des membres.

Tout d'abord, en décrivant la répulsion dans le chapitre précédent, en résumant la description dans celui-ci (ci-dessus, p. 5i6), nous n'avons eu presque nulle part à indiquer la nature du repos, s'il s'agissait de l'étendue totale, de l'étendue relative ou de l'ordre des membres. Voilà qui démontre le caractère universel de la répulsion, commune aux trois ordres de repos. Mais il faut pousser la démonstration plus loin, et considérer les éléments rythmiques que la répulsion met en jeu.

Ce sont d'abord les repos longs eux-mêmes, et les repos moyens : en comparant les uns aux autres, notre attention se concentre sur les premiers, et c'est ce surcroît d'attention qui provoque le conflit entre eux et les valeurs indéterminées. Pour que la répulsion s'exerce, il suffit donc à ce moment qu'il y ait

des repos longs et des repos moyens, et que l'attention s'attache aux premiers plus qu aux autres. Ces conditions se rencontrent dans les repos de l'étendue relative aussi bien que dans les repos de l'étendue totale. Elles dépendent, en effet, du rapport des objets, et non point de leur nature intime ; elles supposent faite la mesure des repos, mais n'imposent point tel procédé de mesure, l'addition des membres plutôt que leur comparaison. Le moment décisif, dans l'exercice de la répulsion, c'est la rencontre des repos longs avec les valeurs indéterminées. Celles-ci comprennent la coupe indéterminée (coupe finale) et les repos indéterminés du discours : mais nous ne nous occuperons que de ceux-ci; il sera question de l'autre plus loin. Les repos longs sont présents dans l'ordre de l'étendue relative comme dans l'ordre de l'étendue totale. Quant aux repos indéterminés, ils appartiennent aussi bien à l'un qu'à l'autre. En effet, par leur nature, ils se dérobent à toute appréciation ; si nous essayons de leur appliquer à toute force l'un des procédés de mesure employés pour les autres repos, ils se prêtent également à tous ; le même repos indéterminé contient trois indéterminations : l'une quant à l'étendue totale, qui le rend comparable aux repos de l'étendue totale, l'autre quant à l'étendue relative, etc. Parmi les éléments de la répulsion, il nous reste à examiner ceux qui appartiennent au vers : la coupe finale en tant qu'indéterminée, et les coupes à l'intérieur du vers réparties en quatre degrés d'importance. Il est évident que les coupes du vers s'opposent en même nombre et avec la même disposition aux trois sortes de repos du discours, et qu'elles ne sont nullement liées à l'un d'entre eux. Nous avons établi dès le début de notre travail, que le rythme du vers est, non seulement distinct du rythme du discours, mais complètement indépendant de lui.

Ainsi, toutes les impressions rythmiques dont l'enchaînement détermine la répulsion, se trouvent dans les repos qui correspondent à l'étendue relative. Il faut en conclure, non

EXPÉRIENCE QUI LA CONFIRME 5lO,

que la répulsion peut s'y exercer, mais qu'elle ne peut pas ne pas s'y exercer. Elle nous apporte donc l'explication des anomalies statistiques que nous avons signalées.

Pour achever de démontrer qu'elle existe, et qu'elle produit les effets décelés par ces anomalies, nous pouvons recourir ici à la même combinaison de nombres que nous avons employée plus haut (v. p. /I26). La répulsion émane des valeurs indéterminées ; supprimons celles-ci (il suffît d'ailleurs de supprimer les seuls repos indéterminés) : nous ferons disparaître la répulsion, et, si vraiment ils dépendent d'elle, les effets contraires à la loi d'attraction. Cette suppression peut être opérée, non pas dans les repos du poème, mais dans les nombres qui les représentent. Nous avons appelé B le nombre des repos longs, A le total des repos ; appelons A' le même total diminué des repos indéterminés ; comparons les nombres affectés aux quatre classes de coupes dans l'ancienne progression B/A (p. 5o8) et dans la nouvelle progression B/A' :

Coupes.

Classe I » II » III » IV

La progression B/A' est régulière : la classe I reçoit le nombre le plus grand de repos ; l'infraction la plus notable à la loi générale, celle que nous avons appelée destruction, disparaît en même temps que les repos indéterminés: c'est qu'elle est produite par leur influence1.

1. Mais l'affaiblissement ne disparaît pas : les nombres II, III et IV des relations B/A' sont identiques aux nombres II, III et IV des relations B/A ; leurs différences sont donc les mêmes (et inférieures de la même quantité à celles des nombres qui leur correspondent dans le tableau statistique des repos courts (p. ^97)- On constate d'ailleurs la même persistance de l'affaiblissement, la même identité des nombres II, III et IV, quand les relations B/A et B/A' sont appliquées aux repos longs de l'étendue totale (v. chapitre précédent, p. 4a5 et p. £27). Elle s'explique également bien pour les deux sortes de repos.

520 HEPOS DE i/ÉTENDUE RELATIVE

La répulsion se fait donc sentir dans les repos qui se mesurent par la comparaison des membres, comme dans ceux qui se mesurent par leur addition. Observons-en de plus près les effets.

La répulsion se manifeste, nous le savons, sous deux aspects, avec deux intensités différentes. La répulsion faible, inférieure en puissance à l'attraction, ne fait que diminuer les différences des nombres attribués aux quatre classes de coupes (affaiblissement). La répulsion/or/e, supérieure à l'attraction, bouleverse la relation régulière que celle-ci établit entre l'ordre d'importance des coupes et l'ordre de grandeur des nombres: la coupe I reçoit, par exemple, non pas le plus grand nombre, mais le second ou le troisième par ordre de grandeur (destraction). Parmi les repos longs de l'étendue totale, on distingue plusieurs durées, plusieurs catégories : repos des groupes de 5, 6, 8 vers, de io vers, de i3 vers et au-dessus. La répulsion faible et la répulsion forte se présentent suivant l'ordre naturel des choses : la première, quand on observe la longueur médiocre, celle qui se compose de toutes les autres réunies, et

Nous savons depuis longtemps que les repos indéterminés sont très rares à l'intérieur du vers. Si nous prenons les repos attribués aux coupes II, III et IV, et si nous substituons au total A le total A', qui est le même moins les repos indéterminés, il est certain que nous ne produirons aucun changement, puisque A' est presque identique à A. L'épreuve qui résulte de la comparaison des relations B/A et B/A' n'est donc légitime que si l'on y admet, et même comme objet principal d'attention, la coupe finale, c'est-à-dire le nombre I. Quant à l'identité permanente des nombres H, III et IV, elle traduit dans les nombres la très grande rareté des repos indéterminés à l'intérieur du vers.

L'interprétation de cette identité, en ce qui concerne la répulsion, est la suivante. Elle ne signifiepas que la répulsion n'a point de part dans l'attribution des repos déterminés aux coupes autres que la coupe finale ; elle signifie que les repos déterminés sont dirigés vers ces coupes par l'influence des repos indéterminés réunis à la coupe finale, et non par celle des repos indéterminés égarés dans l'intérieur du vers. Ces derniers repos ne sauraient avoir aucune part dans la disposition du rythme : ils sont trop peu nombreux, d'abord, et ensuite nous reconnaissons en les percevant qu'ils font exception à l'usage ordinaire du poète. En somme, l'identité des nombres II, III et IV démontre que l'exercice de la répulsion est tel que nous l'avons décrit, que le conflit entre repos longs et valeurs indéterminées se produit à la coupe finale, et se propage de là aux autres coupes.

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