POURQUOI LA RÉPULSION FORTE
qui rappelle encore à l'oreille la durée des repos moyens ; la seconde, quand on isole les très grandes longueurs, les plus éloignées de la moyenne et par conséquent les plus surprenantes.
Dans les repos qui correspondent à l'étendue relative, il n'y a qu'une seule catégorie, qui comprend tous les repos des groupes à membres égaux, et eux seuls. Cette catégorie unique correspond aux catégories multiples des repos qui se mesurent à l'étendue totale des membres. Avant d'avoir observé les faits, nous admettons également qu'elle soit traitée, ou comme la réunion de toutes celles-ci, comme une longueur médiocre, en recevant le plusfaible degré de répulsion , ou comme certaines d'entre elles, par exemple les plus remarquables, étant soumise alors à la répulsion la plus forte. En observant le poème, en dénombrant les repos, nous constatons dans les repos longs de l'étendue relative la répulsion forte, celle qui, non seulement atténue, mais détruit les effets de l'attraction : la progression décroissante des nombres réunis page 5o8 est, non seulement resserrée, mais bouleversée. Il faut expliquer pourquoi ces repos subissent la répulsion forte, et non la répulsion faible.
Pour trouver la raison de ce fait, nous considérerons en même temps les deux sortes de repos qui sont traités de même par le poète: d'une part, les repos les plus longs dans l'ordre de l'étendue totale, ceux des groupes de 10 vers, de i3 vers et plus : d'autre part, dans l'ordre de l'étendue relative, les repos de l'unique catégorie, ceux des groupes à membres égaux.
Quand nous lisons des vers, nous sommes d'abord contents d'en apprécier sommairement le rythme. Nous établissons parmi les éléments qui le composent les distinctions les plus générales, les plus nécessaires. Les coupes se trouvent alors réparties en quatre classes, les repos en trois groupes : repos courts, repos moyens, repos longs. Cette analyse nous permet déjà d'apercevoir plus ou moins clairement la loi générale du
rythme poétique, la loi d'attraction. Mais celle-ci ne nous intéresse pas en ce moment ; tournons nos regards vers la loi secondaire de répulsion, c'est-à-dire vers les repos longs. A ce moment, ils forment à nos yeux une masse compacte d'objets confus, nous ne distinguons point entre eux ; de leurs différents caractères, nous ne retenons que ce qu'il faut pour les distinguer des repos moyens. Le repos d'un groupe de 10 vers (étendue totale) a alors pour nous la même durée que le repos d'un groupe de 5 vers, c'est-à-dire la durée médiocre commune à tous les repos longs, différente de celle des repos moyens, mais assez voisine de celle-ci pour lui être très aisément comparée. Le repos d'un groupe à membres égaux (étendue relative) demeure présent à notre esprit pendant une durée juste suffisante pour dépasser de peu celle d'un repos moyen ; cette durée équivaut à la durée médiocre des repos de l'étendue totale. Quel que soit l'ordre auquel appartiennent les repos, étendue totale ou étendue relative, il n'y a pour tous les repos longs qu'une seule durée médiocre, voisine des repos moyens. Mais l'intensité de la répulsion grandit, nous l'avons constaté, avec la durée des repos, avec la différence qui sépare cette durée de celle des repos moyens. A ce moment d'appréciation sommaire, la durée des repos longs est médiocre, et la différence qui les sépare des repos moyens est faible : aussi tous les repos longs sans distinction, en particulier ceux des groupes de 10 ou i3 vers (étendue totale), ceux des groupes à membres égaux (étendue relative), éprouvent-ils seulement la répulsion à son degré le plus faible.
Mais un lecteur qui a le goût des vers ne se contente pas d'en percevoir confusément le rythme. Il sait que le poète en a disposé les éléments avec soin, afin de lui être agréable, et que plus son appréciation sera attentive et approfondie, plus son plaisir sera grand. Aussi ne se contente-t-il pas de séparer, parmi les repos qui correspondent à l'étendue totale, les repos longs des repos moyens ; il veut distinguer, dans les repos