DÉFINITION DES REPOS LONGS ET COURTS 53 I
leurs illimitée comme celle du second, et l'on conçoit ainsi une infinité de relations possibles, une infinité de repos. Représentons-nous maintenant les repos dont la durée varie suivant que le groupe commence par le petit membre :
Viximus innocuae ; | si mentior, arida perdam Quas habeo frondes et caesa securibus urar.
(IX, 373-374.) ou par le grand :
Siqua fuies miseris, hoc me per numina iuro Non meruisse nefas: | patior sine crimine poenam.
tout en demeurant indépendante des autres caractères des membres, soit réunis, soit isolés. Les relations des membres qui déterminent la durée des repos sont au nombre de deux, sans plus : il faut bien que le groupe commence par l'un des membres ou par l'autre. Chacune de ces relations prise à part n'admet aucune variété, aucune distinction : le petit membre est ou n'est pas le premier ; il ne l'est pas plus ou moins ; dans tous les groupes où il précède l'autre, le repos de l'ordre des membres a la même durée. Ainsi, le nombre des durées se réduit, dans le possible et dans le réel, à deux. Si l'on sépare les repos longs et les repos courts, chaque groupe ne comprend qu'une seule durée, qui est la même dans tous les exemples. Au lieu d'embrasser toutes les durées de repos, observons seulement ceux qui se signalent à l'attention de l'auditeur par leur insigne longueur ou leur insigne brièveté, et qui à ce titre ont seuls place dans notre étude. Dans ces groupes choisis, nous constatons encore, de l'étendue totale à l'étendue relative, de l'étendue relative à l'ordre des membres, une simplicité croissante. Les repos courts de l'étendue totale sont les repos des groupes dont les membres réunis contiennent moins de 6 temps marqués ; cetensemble se compose de 5 sortes de groupes ou de 5 durées de repos : groupes de i , 2, 3, l\ et 5 temps marqués. Quant aux repos longs, ce sont ceux des groupes
dont la longueur dépasse 4 hexamètres : le nombre des repos longs est donc illimité en théorie; en réalité, le repos le plus long des Métamorphoses mesure 25 hexamètres: il se trouve à la fin du vers XV, 564, et sépare l'un de l'autre les deux membres du groupe qui occupe les vers 552 à 576. En consultant d'autres poèmes, on n'y trouverait sans doute pas beaucoup de repos plus longs que celui-ci ; nous pouvons donc estimer à une vingtaine le nombre des durées qui composent en fait la série des repos longs de l'étendue totale1. Les repos longs de l'étendue relative sont limités, en principe et en fait, à une seule catégorie: celle des repos entre membres égaux, et les repos courts à deux : celle des groupes dont le petit membre contient 2 temps marqués, et celle des groupes dont le petit membre en contient 1. Ainsi, les deux séries de repos notables de l'étendue totale admettent ensemble 26 espèces différentes de repos ; les repos notables de l'étendue relative sont au nombre de 3 seulement. Chaque espèce de repos traduit une impression différente reçue par l'auditeur ; ainsi, le nombre des impressions rythmiques remarquables est beaucoup moins grand pour celles qui dépendent de l'étendue relative des membres que pour celles qui dépendent de leur étendue totale. Il est moins grand encore pour les repos de l'ordre des membres que pour les repos de l'étendue relative, puisque les repos notables, qui sont en même temps tous les repos possibles, s'y ramènent à 2 durées.
Cet appauvrissement progressif des trois sortes d'impressions rythmiques : étendue totale, étendue relative, ordre des membres, s'explique par l'ordre dans lequel elles se présentent à l'attention de l'auditeur. L'oreille embrasse d'abord les deux membres réunis, et à ce moment reconnaît et mesure le repos de l'étendue totale ; ensuite, elle sépare les deux membres l'un
i. Repos des groupes de 5, 6, 7... a5 hexamètres, soit dans les Métamorphoses ai types de repos longs.