SIMPLICITÉ CROISSANTE DES DEUX GROUPES
de l'autre, et les compare l'un à l'autre ; alors apparaissent les repos qui dépendent de cette appréciation comparative, et dont elle détermine la durée : d'abord le repos de l'étendue relative, ensuite le repos de l'ordre des membres. Nous avons décrit dans l'Introduction (p. 86), avec plus de détails, comment se succèdent et s'enchaînent les trois ordres d'impressions rythmiques ; il nous suffît maintenant de renvoyer le lecteur à ce passage.
Quand se présente à nous le repos de l'étendue totale, notre attention, ou plutôt notre aptitude à distinguer, est encore toute fraîche ; nous nous prêtons à percevoir des impressions différentes, et même nous les recherchons : la riche variété des repos de l'étendue totale satisfait ce premier effort. Mais, après l'avoir donné, nous ne pouvons plus le renouveler pour les deux autres aspects du repos ; nous nous trouvons désormais incapables d'ajouter un grand nombre de faits aux faits déjà perçus. Parmi les repos longs et courts de l'étendue relative et de l'ordre des membres, nous ne retenons donc plus que ceux qui sont tout près de la limite extrême de brièveté ou de longueur. Le nombre des nuances à distinguer ne peut d'ailleurs être inférieur à deux (un repos long, un repos court), sans quoi il n'y aurait pas de comparaison possible entre les repos du discours et les repos du vers : cette extrême simplicité est atteinte par les repos qui s'offrent à l'attention en dernier lieu, les repos de l'ordre des membres. Quant aux repos de l'étendue relative, ils comprennent trois durées ou trois impressions rythmiques notables ; ce nombre n'est pas le produit du hasard; il approche de très près le nombre le plus petit que l'on puisse concevoir (2), puisqu'il n'en diffère que de 1 unité ; cependant il ne se confond pas avec lui. et il permet à l'oreille de distinguer, quant au nombre des impressions notables, les repos de l'étendue relative et les repos de l'ordre des membres. Nous avons besoin, en effet, pour ménager notre attention, de reconnaître les trois sortes de repos qui com-
posent le rythme du discours à des signes aussi simples et aussi commodes que possible. Nous les distinguons d'abord l'un de l'autre par la relation des membres, qui sert à les mesurer, et qui est différente pour chacun d'eux ; mais pour observer cet indice, il faut un effort de définition, d'analyse. Nous les distinguons aussi par le nombre des impressions notables qu'ils nous envoient : les repos de l'étendue totale sont les repos à impressions nombreuses ; les repos de l'étendue relative sont les repos à impressions très peu nombreuses, et les repos de l'ordre des membres les repos à impressions aussi peu nombreuses que possible. Cette différence de complexité est, pour ainsi dire, matérielle et superficielle ; elle se perçoit sans effort, et s'ajoute, pour plus de clarté, à la différence de nature, qui est plus importante et plus subtile.
D'ailleurs, si les trois repos du discours diffèrent par leur nature, par leur ordre d'apparition et par la variété des nuances, ils sont également indépendants, et également dignes d'attention (v. p. 0,5). Nous nous attachons aussi volontiers à l'un qu'à l'autre, et nous avons conscience de mal connaître le rythme du discours, si nous ne possédons pas les trois éléments qui le composent. Chacun des repos se détermine par sa mesure propre, sans rien devoir à aucun autre : nous apprécions la longueur des deux membres réunis en négligeant le rapport des deux longueurs ; par contre, s'il s'agit de déterminer ce rapport, l'étendue totale du groupe ne nous apporte aucun secours, et elle ne se trouve même pas, à ce moment, présente à notre pensée.
Avant de diviser les repos de l'ordre des membres en longs et courts, pour étudier séparément ces deux espèces, il faut signaler un dernier caractère propre à ces repos. La fréquence des repos d'un groupe donné, repos longs ou repos courts, se détermine en comparant le nombre des repos du groupe (B) au nombre total des repos (A). C'est l'opération que nous avons déjà répétée maintes fois, etque nous appliquerons encore dans