‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 239 sur 270 · REPOS COURTS '. STATISTIQUE · texte numérisé non relu

REPOS COURTS '. STATISTIQUE

le cas présent. Mais toutes les pauses du discours, soit entre propositions, soit entre mots, ne contiennent pas un repos de l'ordre des membres. La période est ascendante quand le plus petit membre précède l'autre, et descendante quand il le suit : elle n'a l'un ou l'autre caractère que s'il y a un membre plus petit et l'autre plus grand ; quand les membres sont égaux, le couple est indifférent ; le repos qui se mesure à l'ordre des membres est insaisissable, inexistant. Il faut donc, lorsqu'il s'agit des repos de l'ordre des membres, exclure du total A les repos entre membres égaux. Ils sont par nature incapables de contenir un repos de cette nature, soit long soit court; or, l'opération que nous nous proposons de faire, la division de A par B, consiste en somme à comparer le nombre des repos réels, longs ou courts, au nombre des repos possibles. Nous choisirons donc pour terme de comparaison du nombre B, qui désigne suivant les cas les repos longs ou courts de l'ordre des membres, non point le total A, qui nous a servi pour les repos de l'étendue totale et de l'étendue relative, mais le total A1, qui diffère de A en ce qu'il ne contient pas les couples à membres égaux.

Cette remarque faite, nous mettrons à part les repos courts et les repos longs, et nous les étudierons successivement, en commençant par les premiers.

B) Repos courts : étude d'ensemble (statistique). a) Résultats généraux.

Si l'on observe les repos des couples où l'ordre est ascendant, les résultats obtenus par le calcul de la relation les suivants pour les quatre classes de coupes

Coupes. B/A1 =

Classe I 35 %

» III 6i »

Ces résultats sont conformes aux prévisions que l'on peut fonder sur la loi de concordance du discours et du vers. Puisque les repos des groupes ascendants sont des repos courts, ils doivent, en vertu de cette loi, se rencontrer le plus fréquemment aux repos du vers qui ont la plus faible durée. Et en effet, si l'on dispose les coupes du vers par ordre de durée décroissante, comme dans le tableau ci-dessus, les nombres qui leur correspondent, et qui indiquent la fréquence des repos courts de l'ordre des membres, grandissent constamment de la première classe à la dernière. La loi d'attraction est donc aussi nettement confirmée par l'emploi des repos de ce genre, qu'elle l'est par la distribution des repos courts de l'étendue totale et de l'étendue relative.

(3) Comparaison des repos courts de l'ordre des membres avec les repos courts de l'étendue totale et de l'étendue relative : puissance croissante de l'attraction.

Les nombres du tableau ci-dessus contiennent encore d'autres enseignements, qui apparaissent quand on considère, non plus ces nombres eux-mêmes, mais les différences qui sont entre eux. Si l'on ajoute ces différences l'une à l'autre, le total obtenu mesure la puissance de l'attraction, puisque c'est l'attraction qui rend inégale l'affinité des repos observés pour les quatre classes de coupes, et qui fait attribuera celles-ci des quantités de repos différentes. Si l'on isole ces différences pour les comparer entre elles, les quatre classes de coupes se trouvent comparées elles aussi quant à leur affinité pour les repos courts

PUISSANCE CROISSANTE DE l'aTTRACTION 537

de l'ordre des membres : si par exemple la plus petite différence se trouve entre la classe II et la classe III, c'est que l'aptitude des coupes II à recevoir ces repos est plus semblable à celle des repos III qu'à celle des repos I ; si la plus petite différence se trouve entre la classe I et la classe II, la répartition des coupes fondée sur la comparaison de leur traitement doit être établie d'autre manière.

Les différences relevées dans le tableau précédent sont les suivantes : du nombre I au nombre II : 20 ; du nombre II au nombre III : 6 ; du nombre III au nombre IV : 6 ; au total : 20-1-6-1-6 = 32. Les repos courts de l'étendue relative ont des variations de fréquence presque aussi grandes : 2 H— 2 4 — I— 5 = 3i (v. p. 497), ceux de l'étendue totale des variations beaucoup plus faibles : 4 -H- 9 -+- 1 = 1 4 (v. p. 382). Nous avons déjà signalé et interprété ailleurs (p. 5i 1) la différence entre ces deux dernières sortes de repos : elle signifie que l'attraction, mesurée par la grandeur du total, est plus intense pour les repos qui se présentent plus tard à notre observation. Cette conclusion est confirmée par les repos de l'ordre des membres : nous les percevons en dernier lieu ; or, le total des différences est plus grand pour eux que pour chacun des deux autres repos. Mais cette troisième donnée nous apprend en outre, combien est irrégulier l'accroissement de l'attraction : celle-ci grandit beaucoup entre les repos de l'étendue totale et les repos de l'étendue relative, car l'écart est grand entre les nombres i4 et 3i ; mais elle grandit très peu entre les repos de l'étendue relative et les repos de l'ordre des membres, car les nombres 3 1 et 32 diffèrent aussi peu que possible.

La croissance irrégulière de l'attraction tient à la nature des repos, au moment où chacun d'eux prend place dans la suite de nos perceptions. Si l'on mesure le temps écoulé à la différence de nos opérations mentales, il s'écoule un long temps entre l'apparition des repos de l'étendue totale et celle des repos de l'étendue relative, et l'attraction a tout loisir de s'ac-

croître ; au contraire, les repos de l'étendue relative et les repos de l'ordre des membres se succèdent de très près. En effet, les repos de l'étendue totale se présentent au moment où nous embrassons ensemble les deux membres du couple rythmique ; ce moment forme la première période dans notre analyse du rythme ; elle est occupée tout entière par les repos du premier genre. Ensuite, nous isolons les membres et nous les comparons : cette deuxième période réunit les deux dernières sortes de repos, repos de l'étendue relative et repos de l'ordre des membres. D'ailleurs, leurs rapports sont complexes : ils sont à la fois successifs et simultanés. Les repos de l'étendue relative précèdent les autres, car pour constater si le petit membre est le premier ou le second, il faut avoir constaté que les membres sont inégaux, et par conséquent avoir observé la relation de leurs grandeurs. Cependant, l'image des repos de l'ordre des membres peut se former avant que celle des repos de l'étendue relative soit complètement achevée, car pour décider que l'un des membres est plus grand que l'autre, il est inutile de savoir au juste de combien celui-ci l'emporte. Ainsi, l'observation des repos de l'étendue relative commence avant l'observation des repos de l'ordre des membres ; mais elles se poursuivent toutes deux en même temps. Ces deux sortes de repos occupent donc, dans notre étude du rythme, des moments très voisins, et la puissance de l'attraction ne saurait varier de l'un à l'autre.

En définissant les repos longs et les repos courts de l'ordre des membres, nous avons embrassé d'ensemble (p. 53o) la composition des deux groupes de repos dignes d'étude, repos longs et repos courts, dans les trois sortes de repos : étendue totale, etc. Le résultat de cette comparaison s'est trouvé le même que nous venons d'obtenir en considérant la puissance de l'attraction qui s'exerce sur les repos courts : les repos de létendue totale diffèrent beaucoup des autres, caries catégories de repos qui composent le groupe des repos longs et le

ISOLEMENT DE LA COUPE FINALE 53p,

groupe des repos courts y sont beaucoup plus nombreuses ; au contraire, les repos de l'étendue relative et les repos de l'ordre des membres se ressemblent beaucoup : les repos courts et les repos longs y comprennent très peu de durées différentes.

Il est naturel, semble-t-il, de rapprocher ces deux caractères : la puissance de l'attraction, qui unit le rythme du discours au rythme du vers, et le nombre des nuances rythmiques qui se font sentir dans le rythme du discours. On aperçoit entre eux une sorte de compensation, d'équilibre : moins notre attention a de nuances à distinguer, plus nettement elle les distingue. Les différences de durée des repos, et par suite les différences dans leur attribution aux différentes coupes, sont moins grandes dans l'étendue totale, parce que nous avons beaucoup de repos à percevoir ; elles sont plus grandes dans l'étendue relative et dans l'ordre des membres, parce que les repos y sont moins variés ; elles sont presque également grandes dans ces deux derniers ordres, parce que les catégories de repos y sont presque en même nombre.

Les nombres \[\, 3i, 32, formés en additionnant, dans chaque ordre de repos, les différences qui séparent les nombres de repos courts attribués aux quatre classes de coupes, nous ont révélé tous les enseignements qu'ils contenaient ; le principal est, qu'il y a plus de ressemblance entre les repos de l'étendue relative et les repos de l'ordre des membres qu'entre ces deux ordres et le premier. Il faut maintenant analyser les trois totaux, et considérer isolément les nombres qui les composent ; ceux-ci nous donnent le moyen de comparer entre elles les quatre classes de coupes, et de rapprocher celles qui reçoivent les quantités de repos les moins différentes.

Le résultat de cette étude n'est pas le même que le classement obtenu par la comparaison des totaux : celui-ci met à part l'étendue totale ; celui-là met à part l'ordre des membres. Si l'on prend, en effet, les repos courts de l'étendue totale

(p. 382) et de l'étendue relative (p. ^97), on observe, entre les coupes, les différences suivantes :

Etendue totale. Étendue relative.

de la classe I à la classe II 4 2

Dans les deux cas, la différence la plus grande se trouve entre la classe II et la classe III ; les coupes des classes I et II forment groupe ensemble, et de même les coupes III et IV. Au contraire, pour les repos de l'ordre des membres, les différences

sont (p. 536) :

Ordre des membres.

de la classe I à la classe II 20

La classe I diffère donc plus des trois autres que celles-ci ne diffèrent entre elles : le premier groupe comprend la classe I toute seule, et le second groupe les trois autres.

On constate ainsi, que dans les repos de l'étendue totale et de l'étendue relative, il y a rapprochement de la classe I et de la classe II, et dans les repos de l'ordre des membres, isolement de la classe I. La distinction qui s'établit par là entre ces derniers repos et les autres est un détail qui n'importe pas à la loi d'attraction, et à la rigueur nous ne sommes pas tenu d'en rendre compte : la loi d'attraction est satisfaite, si dans les trois ordres de repos le nombre des repos courts va grandissant à mesure que diminue la durée des coupes ; elle ne prévoit pas de combien doit être l'accroissement, ni entre quelles coupes il doit se faire sentir davantage. Cependant, il faut aller audelà de notre obligation, et, autant que possible, ne laisser inexpliqué aucun fait du rythme poétique. En ce moment, nous ne possédons pas d'explication, pour justifier l'isolement de la classe I, propre aux repos de l'ordre des membres. Mais nous ne désespérons pas d'en trouver une ; bien que le fait en

REPOS longs: statistique 54 i

question intéresse les repos courts, ce sont peut-être les repos longs qui nous la fourniront. Il y a en effet entre les deux groupes de repos (et seulement dans les repos de l'ordre des membres) une telle solidarité, que la distribution des uns dépend de celle des autres, et en reproduit l'exacte image. Nous pourrons donc essayer par la suite d'expliquer les données de la distribution des repos courts comme les effets indirects d'une cause lointaine qui les atteint par l'intermédiaire des repos longs, et qui s'exerce d'abord sur ceux-ci. Ainsi, l'étude des repos courts s'achèvera seulement dans l'étude des repos longs, que nous devons maintenant entreprendre.

C) Repos longs : étude d'ensemble (statistique). a) Résultats généraux.

Les repos longs sont ceux des couples de membres dans lesquels Tordre est descendant, c'est-à-dire où le membre le plus grand précède le plus petit. Notre étude consiste d'abord à comparer les quatre nombres obtenus, un pour chaque classe

de coupes, par le calcul de la proportion -77 = B est le

nombre des repos des groupes descendants, A1 le nombre total des repos diminué du nombre des repos entre membres égaux. Nous avons indiqué plus haut (p. 534) pourquoi il faut, en étudiant les repos de l'ordre des membres, substituer le nombre A1 au total complet A, qui joue le même rôle à l'égard des autres repos.

Coupes. B/A1 =

Classe I 2o"/o

» II 4i »

» IV 3i »

Ces résultats sont, dans l'ensemble, conformes à la loi d'attraction, qui établit la concordance du discours et du vers, et dont l'effet est de réunir, d'un rythme à l'autre, les repos longs avec les repos longs, les repos courts avec les repos courts. Pour les repos longs, dont il s'agit ici, l'attraction se manifeste quand le nombre des repos diminue avec l'importance des coupes, quand la progression des nombres est décroissante. La décroissance s'observe, en effet, dans trois des nombres sur quatre, les trois derniers. Le nombre I, celui qui correspond à la coupe finale du vers, fait exception à la loi.

(3) Nombres contraires à la loi d'attraction : répulsion.

Nous avons constaté dans certains repos longs de l'étendue totale, et dans les repos longs de l'étendue relative, une anomalie toute semblable : le nombre I, qui devrait être plus grand que tous les autres, est inférieur à un ou plusieurs d'entre eux. L'attraction est détruite en ce qui concerne la classe I : aussi avons-nous appelé ce fait destruction.

Dans les repos longs étudiés précédemment, l'attraction n'est pas seulement détruite à la classe I, mais encore affaiblie aux autres coupes. Cherchons si cet affaiblissement se rencontre aussi dans les repos longs de l'ordre des membres. Pour le découvrir, additionnons les différences des nombres II, III et IV du tableau ci-dessus : ce total indique l'intensité de l'attraction qui s'exerce sur les repos longs; il est de 5-1-5= io. Mesurons par le même procédé l'intensité de l'attraction dans les repos courts (p. 536) ; le total obtenu est 6 -+- 6 = 1 2 . L'attraction est donc plus faible dans les premiers que dans les seconds.

Il est inutile de rappeler ici, comment on découvre la cause commune de l'affaiblissement et de la destruction, c'est-à-dire l'influence des valeurs indéterminées sur les repos longs, la

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