DÉCOUVERTE DUNE REPULSION «PARTICULIERE
repos courts ou moyens (appelons-la répulsion commune), par une répulsion particulière qui s'ajoute à l'autre et en accroît la puissance.
Pour faire apparaître cette force nouvelle, il suffît de supprimerlarépulsion commune parlamême combinaison de nombres que nous avons opérée dans les repos de l'étendue totale et de l'étendue relative. Cette suppression n'est autre chose qu'une évaluation détournée. Si, après avoir supprimé la répulsion commune, le nombre I redevient tel que l'exige la loi de concordance du discours et du vers, c'est-à-dire le plus grand de tous, c'est que cette répulsion est le seul obstacle qui empêche l'attraction de s'exercer avec un plein effet ; ou du moins nous n'avons plus aucun motif d'en supposer un autre. Si, la répulsion commune une fois supprimée, l'attraction des repos vers la coupe finale demeure trop faible, c'est qu'elle est contrariée par une autre force, dont nous aurons à chercher l'origine.
Pour supprimer la répulsion commune, il faut, on l'a vu, supprimer le caractère indéterminé de la coupe finale ; pour supprimer ce caractère, il suffit d'en supprimer les effets, c'està-dire de mettre à l'écart par la pensée tous les repos indéterminés du discours. Au lieu de calculer le nombre qui mesure l'attraction par le rapport du nombre des repos longs (B) au total des repos diminué (seulement dans les repos de l'ordre des membres) des repos entre membres égaux, soit A1, nous l'établirons en comparant le nombre B à ce même total diminué en outre du nombre des repos indéterminés : appelons-le A'1. Les nombres qui, pour les différentes coupes, indiquent la proportion de B à A'1 sont les suivants :
Coupes. B/A'1 =
Classe I 37 %
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55û KKPOS DE L'ORDRE DES MEMRRES
Le nombre I est beaucoup plus grand dans la série B/A" que dans la série B/A^v. pp. 54 1, 5/49): il n'y est plus le dernier par ordre de grandeur ; mais il n'est que le second, et non le premier. Interprétons ces résultats en considérant les faits que représentent les nombres. Leur signification est la suivante : quand on supprime la répulsion commune aux trois ordres de repos, l'attraction gagne beaucoup en puissance ; mais elle n'a pas encore toute la puissance que la théorie du rythme fait présumer ; il se trouve donc, pour la combattre, une deuxième force de répulsion, différente de celle que nous avons observée auparavant dans les repos de l'étendue totale et de l'étendue relative, et reconnue ensuite dans les repos de l'ordre des membres.
Rappelons les phases de la répulsion commune aux trois sortes de repos, et nous verrons apparaître la répulsion particulière a ces derniers repos.
Pour arriver à la perception du rythme poétique, nous faisons les opérations suivantes, que nous avons reconnues nécessaires dans les trois ordres de repos également : d'abord distinguer le discours et le vers ; puis analyser les éléments rythmiques du vers ; ensuite analyser les éléments rythmiques du discours, c'est-à-dire les repos de l'espèce étudiée: étendue totale, étendue relative, ordre des membres ; enfin, après connaissance complète des éléments du discours et du vers, rapprochement des uns et des autres, examen de la répartition des repos entre les coupes. Quant à la répulsion commune, elle s'opère en partie dans la troisième phase (appréciation des repos longs par rapport aux repos moyens ou courts), en partie dans la quatrième (conflit entre les repos longs et la coupe finale) .
Dans les repos de l'ordre des membres, les deux premières phases (séparation du discours et du vers, étude distincte du vers) ne contiennent aucune opération qui ne se présente aussi dans les autres repos, car elles se produisent avant que nous
son origine: repos indifférents 55 i
ayons constaté quel est l'ordre de repos considéré. Mais au début de la troisième phase (étude du repos du discours) se produit une opération nouvelle, qui est propre aux repos de l'ordre des membres, et qui contient en elle l'origine de la répulsion particulière : c'est la comparaison entre les repos a définir et les repos indifférents. Elle se place avant même le moment où nous distinguons, parmi les repos à définir, les longs et les courts. Quels sont ces repos indifférents? Le repos de l'ordre des membres est défini et mesuré par l'accélération ouïe ralentissement qui résulte de l'inégalité de ceux-ci. Soient deux groupes d'impressions, deux masses rythmiques inégales : nous inclinons naturellement à les disposer par ordre de grandeur croissante (v. Introduction, p. 0,4). Quand le plus petit membre du couple précède le plus grand :
Vi'ximus in'nocuae' : |a si men'tior, a'rida pcr'dam Quas' habeo' frondes* et cae'sa secu'ribus u'rar.
nous reconnaissons qu'ils appartiennent au même système rythmique, nous les rattachons l'un à l'autre, en abrégeant le repos qui les sépare (accélération). Quand le membre le plus grand précède le plus petit :
Si' qua fides' miseris', hoc me' per nu'mina iu'ro
Non' meruis'se nefas' : \° patior' sine cri'mine poe'nam.
nous sommes tentés d'admettre dans le premier moment qu'ils appartiennent à deux systèmes différents, que le premier membre fait corps avec un autre plus court, le second avec un autre plus long ; nous les séparons l'un de l'autre en allongeant le repos (ralentissement). C'est ainsi que le repos de l'ordre des membres est court dans l'inégalité croissante (a), long dans l'inégalité décroissante (b). Mais pour qu'il y ait un repos de l'ordre des membres, il faut qu'il y ait inégalité ; c'est l'inégalité des membres qui forme le caractère essentiel
552 REPOS DE l/oRDRE DES MEMRRES
et constitutif des repos. Or il se rencontre des groupes dans lesquels cette inégalité fait défaut, et qui n'ont pas de repos de l'ordre des membres : ce sont les groupes à membres égaux :
Digredimur paulum \c rursusque ad bella coimus
Le repos c, dès que nous voulons lui appliquer la définition fondée sur le caractère ascendant ou descendant du groupe, et mesurer sa durée, se dérobe à notre appréciation : c'est un repos indifférent.
Pour n'avoir point de durée appréciable, il n'en existe pas moins, et tient sa place dans notre perception du rythme. Au moment où nous isolons des autres repos les repos de l'ordredes membres, et par le fait même de prêter attention au caractère d'inégalité qui les constitue, nous voyons se distinguer, et se présenter à la fois, deux sortes de repos : d'une part, ceux dans lesquels l'impression d' « ordre des membres » existe et se mesure (repos a et b), d'autre part, ceux dans lesquels cette impression n'existe pas, les repos indifférents (c). Les repos courts (a) et longs (6) ne sont pas encore distincts : nous n'en percevons que le caractère commun. Mais tels qu'ils sont, réunis en un premier objet confus ab, nous appliquons à les reconnaître tous les moyens dont nous disposons déjà. En effet, notre analyse des faits rythmiques est conduite avec zèle et minutie : elle doit en fin de compte nous procurer un plaisir, et un plaisir d'autant plus grand qu'elle aura été plus complète. C'est pourquoi, dès que nous percevons ensemble les repos ab et les repos c, nous les rapprochons et nous les comparons l'un à l'autre. Comme notre objet présent est d'apprécier les repos de l'ordre des membres, notre attention se porte vers les repos qui contiennent l'impression rythmique à étudier, et se détourne de ceux qui ne la contiennent pas.