‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 243 sur 270 · ELLE EST PROPRE A L ORDRE DES MEMBRES · texte numérisé non relu

ELLE EST PROPRE A L ORDRE DES MEMBRES

Comparés aux repos indifférents, les repos de l'ordre des membres, pris tous sans distinction de longueur ou de brièveté, nous paraissent importants, dignes d'intérêt. Ils prennent ainsi le caractère que nous nommons indifféremment importance, intérêt, appel d'attention, et qui est la condition nécessaire (mais non suffisante) pour que la répulsion se produise. Après avoir été comparés aux repos indifférents, les repos de l'ordre des membres se rencontreront avec les valeurs indéterminées ; à cause del'attention qui s'attache à eux, ils entreront en conflit avec elles, ils seront détournés de la coupe finale vers les coupes faibles, et cet enchaînement d'opérations rythmiques constitue la répulsion particulière aux repos de l'ordre des membres. Mais les dernières d'entre ces opérations : la rencontre des repos avec les valeurs indéterminées et leur distribution entre les coupes, se produisent assez longtemps après les premières, qui sont la comparaison avec les repos indifférents et l'appel d'attention. Après celles-ci, avant celles-là, se déroulent les premières phases de la répulsion commune aux trois ordres de repos.

L'appréciation des repos de l'étendue totale et de l'étendue relative se fait plus simplement, parce qu'ils n'éprouvent point la répulsion particulière ; celle-ci suppose que les repos, définis quant à leur nature, mais non classés encore, sont comparés avec des repos indifférents, qui ont une nature négative, auxquels manque le caractère constitutif des repos observés : or, partout ailleurs que dans les repos de l'ordre des membres, le terme nécessaire à la comparaison, les repos indifférents, fait défaut. Les repos de l'étendue totale sont définis par 1 addition du second membre au premier : dans tous les groupes il est possible de faire cette addition, et d'obtenir la mesure exacte du repos en réunissant les éléments r\ Mimiques contenus dans les deux membres. Les repos de l'étendue relative sont définis par la relation des membres : égalité ou inégalité, peu importe ; or tous les groupes admettent

cette comparaison des membres, et tous les repos ont une étendue relative. Ainsi, dans les repos de l'étendue relative et de l'étendue totale, après avoir reconnu la nature du repos, nous n'avons d'autre moyen de pousser plus loin notre connaissance, que de distinguer les repos en longs, moyens et courts, et de comparer ces différentes espèces entre elles. Mais cette comparaison échappe à la répulsion particulière, dont le temps est passé et dont les éléments font défaut : elle appartient déjà à la répulsion commune, dont elle forme le premier acte.

Revenons aux repos de l'ordre des membres, et à la répulsion particulière. Observons les premières opérations qui la constituent : la comparaison entre les repos de l'ordre des membres proprement dits, soit les repos entre membres inégaux, et les repos indifférents, c'est-à-dire les repos entre membres égaux, puis l'appel d'attention qui met les premiers en lumière. Elles se produisent avant que les repos longs aient été distingués des repos courts, et par conséquent elles sont communes aux uns et aux autres. Cependant les effets derniers de la répulsion particulière, ceux qui se manifestent dans le poème même, c'est-à-dire la répartition inégale des repos entre les coupes, au détriment de la coupe finale et au bénéfice des coupes faibles, ne peuvent atteindre que les repos longs, et non pas les repos courts.

C'est que la comparaison avec les repos indifiérents et l'appel d'attention, sont les conditions nécessaires de la répulsion, mais non les conditions suffisantes. Entre le premier moment de la répulsion, l'appréciation comparative du repos déterminé long ou court, et le dernier moment, la répartition des repos entre les coupes, se place un moment intermédiaire : le rapprochement et le conflit entre les repos déterminés et les valeurs indéterminées. En étudiant de près la répulsion dans les premiers repos où nous l'avons rencontrée, c'est-à-dire dans les repos de l'étendue totale, nous avons expliqué pour-

POURQUOI ELLE n' AFFECTE PAS LES REPOS COURTS 555

quoi le conflit suppose le rapprochement : c'est que nous ne percevons pas l'opposition, la répugnance réciproque de deux impressions rythmiques, si elles n'ont pas été au préalable réunies dans notre pensée ; et elles n'y sont réunies que si elles ont un caractère commun (v. p. 4^5). Les repos longs déterminés et les valeurs indéterminées ont en commun le caractère de longue durée (v. p. 35g et p. hho) ; au contraire, la brièveté des repos courts les éloigne des unes et des autres ; entre eux et les valeurs indéterminées, elle empêche tout contact, et par conséquent tout conflit. Une fois distingués, les différents repos du discours, repos courts, moyens, longs, indéterminés, se présentent à notre pensée dans l'ordre où nous les disposons ici, ordre fondé sur leurs différentes durées : les repos indéterminés y sont donc très voisins des repos longs, et très éloignés des repos courts. Quant à l'élément indéterminé contenu dans le vers, c'est-à-dire la coupe finale, son image rythmique se trouve nécessairement associée à celle des repos longs, parce que la coupe finale a une durée déterminée longue en même temps qu'une durée indéterminée, et qu'à ce titre elle attire les repos longs du discours ; mais ce caractère même en éloigne les repos courts : il nous empêche d'embrasser jamais du même coup d'œil les impressions issues des repos courts et celles que nous envoie la coupe finale.

Quand on observe, non plus la théorie du rythme, mais les faits de versification des Métamorphoses, et les nombres qui les représentent, on ne découvre dans les repos courts de l'ordre des membres, aucun effet de la répulsion. En effet, la loi générale d'attraction s'applique aux repos courts des trois ordres comme aux repos longs ; mais elle détermine en eux des affinités inverses : les repos courts sont attirés vers les coupes faibles, éloignés des coupes fortes. La loi secondaire de répulsion exerce sur tous les repos la même influence : elle les entraîne loin de la coupe finale, et en général loin des

coupes fortes vers les coupes faibles. Attraction et répulsion se combattent dans les repos longs, s'associent dans les repos courts. Si la répulsion s'exerçait sur les repos courts de l'ordre des membres, elle s'y ferait sentir, non pas comme dans les repos longs en modifiant l'ordre de grandeur des nombres déterminé par l'attraction, ou du moins en atténuant leurs différences, mais au contraire en confirmant cet ordre, en augmentant ces différences, en rendant l'inégalité des nombres plus apparente. Or, la progression des quatre nombres qui indiquent la distribution des repos courts entre les coupes, ne décroît guère plus rapidement dans les repos de l'ordre des membres (p. 536) que dans les repos de l'étendue relative (p. 497). Si l'on additionne les différences des nombres, on trouve pour ceux-ci le total 3i, pour ceux-là le total 32, deux résultats presque identiques. Les principes de disposition des repos courts, les forces qui les entraînent vers les différentes coupes, sont donc les mêmes pour les uns et pour les autres, et comme les repos courts de l'étendue relative ne sont point soumis à la répulsion, les repos courts de l'ordre des membres y échappent aussi.

Les repos longs de l'ordre des membres, au contraire, subissent deux répulsions : la répulsion particulière et la répulsion commune. Il nous reste à observer comment se rattachent l'une à l'autre, se succèdent ou se confondent, ces deux manifestations de la même force.

Pour les mieux comparer, nous les séparerons d'abord complètement : cette séparation complète s'obtient grâce au pouvoir d'analyse que nous exerçons sur les objets réels. Parmi les éléments des deux répulsions, il en est qui sont propres à l'une ou à l'autre : nous enregistrons leur distinction ; il en est de communs aux deux : nous en détachons autant d'images distinctes qu'il en faut pour isoler toutes les opérations auxquelles ils prennent part. L'analyse des deux forces nous conduit au résultat que voici. Les éléments de la répulsion particulière

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