‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 249 sur 270 · COMPARAISON DES DIFFERENTS REPOS LONGS · texte numérisé non relu

COMPARAISON DES DIFFERENTS REPOS LONGS

A ou ioo, et nous empêchent d'établir aucun rapport entre les deux groupes de repos. Quand on veut constituer dans les repos de l'étendue totale ou de l'étendue relative la relation mathématique des nombres correspondants des deux groupes, comme nous l'avons fait tout à l'heure pour les repos de l'ordre des membres, il faut toujours, même si l'on néglige les repos indéterminés, y admettre les repos moyens sous la forme de l'inconnue x. On écrira par exemple :

II, RGh-II, RL-f-œ = A= ioo.

Une telle relation signifie précisément qu'il n'y a pas de relation concevable entre le nombre des repos courts et le nombre des repos longs.

Ainsi, la dépendance réciproque des repos courts et des repos longs n'existe que dans les repos de l'ordre des membres. Elle s'explique par la nature de ces repos, par leur définition qui supprime les repos moyens ; elle en est la conséquence nécessaire, et à ce titre, il peut paraître inutile de l'exposer et de la justifier longuement. Mais cette solidarité des deux groupes a tout de même quelque importance : elle nous permettra peut-être, bien qu'elle ne soit pas complète, de trouver dans les repos longs l'explication d'un caractère que nous avons constaté dans les repos courts, et qui reste encore à expliquer : la différence profonde entre la coupe finale et les coupes des trois autres classes (v. p. 5/jo).

<5) Comparaison des repos longs de l'ordre des membres avec les repos longs de l'étendue totale et de l'étendue relative : derniers effets de la répulsion.

Avant de considérer à nouveau ce détail, il faut nous engager dans la dernière partie de notre étude, c'est-à-dire faire la comparaison des repos longs de l'ordre des membres avec les

repos longs de l'étendue totale et de l'étendue relative. Les objets à comparer sont : d'abord le total des différences qui séparent l'un de l'autre les nombres consignés aux tableaux des pages ^25, 5o8 et 54 1, car les trois totaux ainsi obtenus mesurent l'intensité de l'attraction ; ensuite le détail de ces différences prises chacune isolément, car elles nous permettent de discerner entre les quatre classes de coupes des affinités qui les rapprochent ou les séparent. Ces deux études ont d'ailleurs une importance inégale : la première seule intéresse directement la loi d'attraction.

Nous avons déjà fait des comparaisons semblables, soit dans le même chapitre (la comparaison des repos courts de l'ordre des membres avec les autres repos courts), soit dans le précédent (la comparaison des repos longs de l'étendue relative avec les repos longs de l'étendue totale, p. 5io). Elles étaient l'une et l'autre plus simples que celle-ci, parce que nous n'avons pas eu à y tenir compte de la force opposée à l'attraction, la force de répulsion. En effet, dans les repos courts la répulsion ne s'exerce pas ; et dans les repos longs de l'étendue relative comparés aux repos longs de l'étendue totale, son influence disparaît, à cause de la simplicité des termes à comparer (deux et non pas trois) et de la netteté de leur différence (v. p. 5io).

Nous avons appris en outre, dans le chapitre précédent, qu'il fallait, pour rendre la comparaison plus solide, faire entrer dans le total des différences celles des trois derniers nombres, et non celle du nombre I au nombre II ; en effet, dans les trois progressions les trois derniers nombres se succèdent toujours en ordre régulièrement croissant, tandis que le nombre I y occupe, quant à la grandeur, des places différentes. Il faut appliquer ici la même précaution : en considérant le total des différences, nous traiterons à part les trois derniers nombres, sans toutefois négliger le premier.

Les différences des trois derniers nombres dans les repos

PROGRÈS COMPARÉ DE l'aTTRACTION ET DE LA REPULSION 5f>()

longs des trois ordres sont résumées dans le tableau suivant : (ET = étendue totale ; ER — étendue relative ; OM = ordre des membres).

ET

ER

OM

du nombre II au nombre III

IO

L'attraction a pour effet, nous le savons, d'augmenter la différence entre les classes de coupes, et la répulsion de la diminuer; ce principe nous permet d'interpréter les résultats numériques que nous venons de constater, et de les mettre d'accord avec les données déjà acquises sur la formation du rythme poétique. Le total des différences est plus grand poulies repos de l'ordre des membres que pour les repos de l'étendue totale : nous avons là une preuve de plus à l'appui d'un fait maintes fois observé : c'est que l'intensité de l'attraction s'accroît en même temps que notre expérience des faits rythmiques, à mesure que nous en connaissons de nouveaux. Cette conclusion ne s'accorde pas, semble-t-il, avec le rapport que présentent, dans le tableau ci-dessus, le total 18 attribué aux repos de l'étendue relative, et le total io attribué aux repos de l'ordre des membres. Le second est plus faible que le premier. Faut-il croire que l'attraction, prise seule, a diminué de force dans le temps que les repos de l'ordre des membres succèdent aux repos de l'étendue relative ? Non ; une autre explication se présente, si l'on tient compte de la répulsion, et elle met tous les nombres d'accord. Des repos de l'étendue relative aux repos de l'ordre des membres, l'attraction continue de croître ; mais la répulsion, qui la combat et l'atténue, s'accroît-elle aussi, et beaucoup plus, de telle façon que le résultat de leur conflit est une diminution de la différence entre les coupes. Ce fait, ainsi interprété, confirme l'exposé de la répulsion tel qu'il a été présenté plus haut : nous avons admis en effet, que le plus grand accroissement de la répulsion,

l'apport de la répulsion particulière s'ajoutant à la répulsion commune, se produit au moment où nous distinguons entre la relation de grandeur des membres (étendue relative) et l'ordre des membres inégaux (ordre des membres), pour nous attacher à ce dernier rapport. Si la répulsion particulière apparaissait plus tôt, au moment où nous cessons d'embrasser les deux membres réunis, et où nous commençons de les comparer l'un à l'autre, elle atteindrait les repos de l'étendue relative, et le total des différences serait plus petit pour ces repos que pour les repos de l'étendue totale. Si maintenant on prend l'attraction et la répulsion toutes deux au premier et au dernier terme de leur développement, on constate, d'abord que l'attraction a malgré tout grandi plus que la répulsion, du moins quant aux trois dernières classes de coupes : c'est pourquoi le nombre total des différences dans les repos de l'ordre des membres est plus grand que le nombre correspondant des repos de l'étendue totale; ensuite, que l'attraction l'emporte, à la fin comme au début, sur la répulsion ; c'est pourquoi il subsiste une différence sensible entre les nombres attribués aux différentes coupes.

Le nombre affecté à la classe I, c'est-à-dire à la coupe finale, ne figure pas, et ne peut pas figurer, dans le total des différences tel que nous venons de l'établir pour les trois sortes de repos. En effet, les trois progressions qui composent les tableaux des pages l\2 5, 5o8, 5Ai devant être, étant réellement pour la plus grande part régulièrement décroissantes, ces différences ont été obtenues en soustrayant le nombre le plus près de la fin du nombre qui le précède : par exemple le nombre IV du nombre III, et ainsi de suite. Pour obtenir la différence déterminée par le nombre I, il aurait donc fallu soustraire de ce nombre le nombre II. Or cette opération est impossible dans les deux derniers tableaux, puisque le nombre I y est plus petit que le nombre II.

Cependant, les trois nombres I ont leur signification, comme

PUISSANCE DE LA RÉPULSION A LA COUPE FINALE 5"yl

les autres. Mais pour la reconnaître, pour les rapprocher, c'est-à-dire pour comparer chacun d'eux avec les nombres voisins, il faut prendre un procédé de comparaison moins rigoureux. Nous n'opposerons pas le nombre I au nombre II, ni à l'un quelconque des deux autres, mais à l'ensemble des trois ; nous n'essaierons pas d'évaluer au juste la différence qui les en sépare, nous nous contenterons d'observer la place qu'il occupe parmi eux dans l'ordre des grandeurs. A cet égard, la dirt'érence des trois nombres I est très apparente et très instructive. Dans les repos de l'étendue totale, il est, par ordre de grandeur, le premier ; dans les repos de l'étendue relative, le second; dans les repos de l'ordre des membres, le dernier. Ainsi, le nombre des repos longs attribués à la classe lest, par rapport aux autres classes, de moins en moins considérable à mesure que l'on pousse plus loin l'observation du rythme poétique. Comment cette diminution s'explique-t-elle? Ce n'est pas que l'attraction elle-même soit de moins en moins puissante : nous savons au contraire, par l'étude des repos courts et par l'étude des repos longs des autres classes, qu'elle va en augmentant toujours d'intensité. C'est que, pour les repos de la classe I, la répulsion augmente plus que l'attraction, qu'elle se trouve dès les repos de l'étendue relative plus puissante qu'elle, au point d'abaisser le nombre des repos de la classe I au-dessous de l'un des trois autres, et que sa prédominance s'accroît encore par la suite. Tel est le progrès de la répulsion, en ce qui concerne la coupe finale : d'une part, croissance régulière ; d'autre part, supériorité sur sa rivale dès le moment où commence la distinction et la comparaison des deux membres (étendue relative, ordre des membres).

Nous avons observé, pour les autres coupes, un mouvement plus tardif et moins rapide : si la répulsion y croît plus vite que l'attraction, c'est seulement dans les repos de l'ordre des membres, et là même elle demeure inférieure en puissance à

l'attraction. Ainsi, la répulsion a une force plus grande, et

I accroît plus vite, à la coupe finale qu'aux autres coupes : mais cette différence est toute naturelle et toute nécessaire, puisque c'est à la coupe finale que la répulsion prend son origine, c'est de là qu'elle se répand sur l'ensemble du vers.

II résulte encore de la nature des deux forces, que la répulsion se manifeste surtout quand on observe la coupe finale, et l'attraction quand on observe les autres coupes.

A prendre ensemble les enseignements fournis par les quatre classes de coupes, on reconnaît que les forces qui créent le rythme, l'attraction et la répulsion, augmentent l'une et l'autre d'intensité plus ou moins régulièrement, plus ou moins également, à mesure que nous les connaissons mieux. Cette croissance est conforme à celle même de notre sens rythmique, qui par l'exercice devient de plus en plus capable de les saisir, et aussi à la simplicité croissante des trois ordres de repos, qui nous permet de concentrer notre attention sur un plus petit nombre d'objets.

Il ne nous reste plus qu'à distinguer entre les différences dont nous venons de considérer le total, tel qu'il se trouve dans les repos longs des trois ordres, et à essayer de fonder sur elles une sorte de classement des différentes coupes. Le résultat ne saurait être aussi important ni aussi complet que celui que nous venons d'obtenir par l'étude des différences réunies : nous l'avons déjà éprouvé tout à l'heure en faisant la même tentative à propos des repos courts.

En effet, le rapprochement des trois sortes de repos ne fait découvrir entre elles aucune ressemblance notable. Réunissons en un seul tableau les données relatives aux repos longs ; nous y désignerons par ET les repos de l'étendue totale, par ER les repos de l'étendue relative, par OM les repos de l'ordre des membres.

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