‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 25 sur 270 · LEUR ÉQUIVALENCE OU LEUR RELATION SIMPLE · texte numérisé non relu

LEUR ÉQUIVALENCE OU LEUR RELATION SIMPLE

lorsqu'ils ont le même nombre de syllabes, quelle que soit la nature de ces syllabes. Le vers :

La Déroute apparut au soldat qui s'émeut

est égal en durée à celui-ci :

Et se tordant les bras cria : sauve qui peut.

Chaque syllabe, sauf celles qui sont élidées, est donc égale à sa voisine, et vaut comme elle une unité de durée.

La langue latine obéit au même principe de simplification nécessaire que la langue française : dans le discours solennel, toutes les différentes syllabes sont ramenées à l'équivalence. Mais, en latin, la simplification est moins complète qu'en français : le français attribue la même durée à toutes les syllabes ; le latin distinguait deux types de durée : la syllabe brève (J) et la syllabe longue (-); à la vérité, comme la longue a une durée exactement double de la brève, l'un des types se ramène à l'autre. Pour la langue latine, nous ne pouvons plus recourir à l'expérience, observer les tons divers de la conversation, le débit des orateurs et des comédiens. Mais il nous reste le témoignage indirect de la versification. Les vers latins sont composés uniquement de longues et de brèves ; toutes les longues ont la même durée, toutes les brèves ont la même durée, et toutes les longues ont une durée double de la brève. Nous apprenons même, que dans la prose artistique des Latins, la tendance à l'uniformité des syllabes se manifestait aussi bien que dans la poésie : car les Latins ont formulé des règles pour le rythme de la prose, qui manquent aux Français, et qui nous renseignent à cet égard. Il semble même que dans la prose latine toutes les syllabes pouvaient être réputées égales, comme elles le sont en français. En effet, nous trouvons aussi les parties de la période,

membra et incisa, mesurées selon le nombre de syllabes qu'ils contenaient1.

La simplification qui ramène toutes les syllabes à un seul type de durée (système français), ou à deux types en relation simple (système latin), rend possible dans le discours solennel, la perception du rythme. Qu'est-ce que percevoir le rythme? C'est comparer entre eux, quant à l'étendue, les groupes de mots du discours, apprécier si leur égalité ou leur différence est conforme à la nature des idées qu'ils contiennent. En même temps que l'étendue des membres, l'oreille compare la durée des repos qui les séparent ; ces deux données se présentent ensemble, et se mesurent l'une par l'autre. Or dans le discours solennel, on trouve remplie la condition nécessaire et suffisante pour que la comparaison des membres se fasse aisément : c'est qu'ils soient composés d'éléments rythmiques de même durée. En français, tous les membres sont composés de syllabes qui toutes valent une unité de durée : aussi j'observe sur-le-champ si un membre contient le même nombre d'unités qu'un autre membre, ou de combien d'unités il en diffère. En latin, même si l'on tient compte de la distinction des syllabes en longues et en brèves, l'appréciation de l'oreille ne devait pas être plus difficile. Les membres et les repos que nous étudions, c'est-à-dire ceux des Métamorphoses d'Ovide et, pour comparaison, ceux d'un court passage de Victor Hugo, appartiennent au discours solennel par excellence, au discours poétique ; les syllabes qui les composent sont uniformes, et ils se trouvent pour ainsi dire tout prêts à être comparés et à former un rythme.

Les éléments rythmiques du discours solennel, membres et repos, qui sont déjà clairement distingués à la lecture ou à l'audition, se prêtent aussi bien à une étude plus approfon-

I. V. Iwan von Muller, Handbuch der Altertumswissenschaft : Rhetorik3 (1901), p. 5o.

Page 1