‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 26 sur 270 · LEUR APPLICATION AU CLASSEMENT DES REPOS · texte numérisé non relu

LEUR APPLICATION AU CLASSEMENT DES REPOS

die, qui les isole les uns des autres, attribue à chacun d'eux une notation convenable, et les classe par ordre d'importance. Dans le discours solennel nous trouvons donc remplie la seconde des deux conditions que nous avons déclarées indispensables (v. p. 3g) pour l'étude des faits de versification : c'est-à-dire que nous y pouvons faire le classement rigoureux et complet de tous les repos du discours, avant de comparer ces repos avec ceux du vers.

Rappelons brièvement les observations faites tout à l'heure. D'abord, la durée des repos est exactement1 proportionnelle à

i . Faut-il entendre l'adverbe « exactement » au sens le plus précis ? Y a-t-il, dans la relation perçue entre les repos et les membres une rigueur mathématique ? Gomment répondre à cette question, et devons-nous y répondre ?

Soient A et B les membres, a le repos :

Tout d'abord, le lecteur ou l'auditeur, le poète créateur du rythme, perçoivent sans doute une durée de repos isolée a, une longueur de membres isolée A -j- B ; mais ils n'ont un motif, et un moyen de les mesurer, qu'en les comparant à d'autres repos, à d'autres membres. Soient donc les membres et le repos A|aB perçus et comparés avec les membres et le repos A'|rfB '. J'admets que chacune des syllabes ou durées de brève contenue dans les membres A' et B' a la même valeur que chacune des syllabes ou durées de brève contenue dans les membres A et B. Est-ce que le poète et son auditeur traitent les durées a et a', les longueurs A-j-B et A'-f-B comme des objets d'appréciation mathématique, et se demandent si la relation

est mathématiquement égale à la relation

Nullement. Pour que le rythme soit établi par l'un, discerné par l'autre, il suffit qu'ils reconnaissent quelle est la plus longue des deux durées a et a , la plus grande des deux longueurs A -+- B et A'-f-B', et qu'à la plus grande longueur de membres correspond la plus longue durée de repos. Pour le poète et pour le lecteur, les repos et les membres sont à apprécier non isolément, mais par comparaison, et le résultat de la comparaison est non pas la reconnaissance d'une identité, ou la mesure d'une différence, à la manière des mathématiciens, mais un classement par ordre de longueur ou de durée. N'ayant pas d'autre but que

Cahen. 4

5û INTRODUCTION

la longueur des membres ; et la mesure des repos se confond avec la mesure des membres. Ensuite, tous les membres sont composés d'unités de durée identique. Ainsi, nous pouvons mesurer et noter la durée d'un repos a en mesurant et en notant la longueur totale des membres A et B qui l'entourent: A|aB. Quant à la longueur des membres AB, nous l'obtenons en comptant les unités de durée qu'ils contiennent, et cette longueur se traduit par un nombre #. Chaque repos est représenté par un nombre a = x, b=y, c = z, etc., et nous classons les repos en classant les nombres qui les représentent. Ce classement numérique est le plus parfait de tous, il n'y en a pas de plus exact et de plus complet. On reconnaît à première vue, en effet, si un nombre est identique à un autre, et de combien il en diffère. Un repos a correspondant à 1 5 unités de durée, est immédiatement classé avec les repos de 1 5 unités, et misa part de tous les autres ; il est supérieur aux repos de i[\ unités et inférieur aux repos de 16 d'une quantité définie, qui est i.

d'exposer les opérations par lesquelles le rythme est produit et recueilli, je n'ai pas à répondre a une question que ne se posent ni le poète ni l'auditeur.

D'ailleurs, cette même question : y a-t-il une relation mathématiquement exacte entre les deux durées de repos a et a et les deux longueurs de membres A + B et A' + B', peut être posée et résolue. Mais elle n'appartient pas à la rythmique ; elle relève de la phonétique expérimentale ; on la résoudrait, non par l'observation directe, mais au moyen d'instruments enregistreurs.

Pour revenir aux objets qui m'intéressent, et dont il va être question, lorsque je représente la longueur de membres A + B et la durée de repos correspondante a par le même nombre n, la longueur de membres A' + B' et la durée de repos correspondante a' par le même nombre ri , je ne préjuge pas que la durée des repos soit exactement (au sens mathématique) proportionnelle à la longueur des membres, que la relation

soit mathématiquement égale à la relation

je prétends seulement que la durée de repos a et la longueur de membres A + B ont le même indice de classement n par rapport l'une à la durée a , l'autre à la longueur A' + B', qui ont pour indice de classement commun ri.

EXEMPLES 5l

De plus, la série des nombres est illimitée, et nous pouvons (lasser au moyen de nombres une quantité illimitée de repos.

Voici quelques exemples. Prenons dans l'Expiation les repos à la fin des vers i , /j, 9. Les membres qui déterminent la durée du premier commencent à Le reste et finissent à la garde ; ils contiennent 12-1-9 so^ 2 T unités de durée (syllabes); la durée du repos pourra donc être représentée par le nombre 21. Pour le repos du vers 4, le premier membre comprend le vers 4, et le second les vers 5, 6, 7, 8, soit au total 12 -h 48= 60 ; le nombre qui correspond à ce repos est 60. Quant au repos final du vers 9, les deux membres qui en déterminent la durée comprennent, l'un le vers 9, l'autre le vers 10, et les deux réunis contiennent 12 -+-12 = 24 syllabes. De ces trois repos, le second est le plus long, il est supérieur au troisième de 36 unités de durée, et celui-ci est supérieur au premier de 3 unités.

Pour mesurer les phrases latines, nous pouvons hésiter entre deux systèmes différents : traiter toutes les syllabes comme équivalentes, et prendre comme unité de durée la syllabe, ou distinguer entre les longues et les brèves, et prendre comme unité de durée la syllabe brève. Nous savons en effet (v. ci-dessus p. 47) que les rythmiciens latins ont admis l'un et l'autre. Si Ton prend la brève comme unité, on représentera la durée des repos par le nombre de brèves contenu dans les deux membres, en comptant 1 longue pour 2 brèves. C'est ce dernier procédé que nous emploierons. Il est le plus exact et le plus commode. Le plus exact d'abord. Il faut songer en effet que nous n'avons pas à traiter des périodes quelconques, mais des périodes en vers : comme la distinction des longues et des brèves se manifeste dans l'agencement des vers latins, cette distinction devait être présente de quelque manière à l'oreille de ceux qui les entendaientréciter. Le plus commode ensuite : nous aurons par la suite à trouver un symbole numérique qui nous permette d'indiquer à la fois

la longueur d'une phrase donnée et la partie du vers qu'elle occupe ; or la phrase peut être mesurée en durées de brève ou en syllabes, mais le vers ne peut être mesuré qu'en durées de brève ; donc le nombre en question, propre à représenter à la fois une portion de discours et une portion de vers, devra contenir des durées de brève et non des syllabes. Ceci admis, le latin nous permet aussi bien que le français de traduire par des nombres la durée des repos et la longueur des membres. Le repos à l'hémistiche du vers 386 d'Ovide correspond aux deux phrases qui remplissent exactement les trois vers 385, 386, 387 ; un hexamètre dactylique latin contient 23 durées de brève, en comptant la dernière syllabe comme brève ; la durée du repos serait donc représentée par le nombre 23x3 = 69. Le repos au cinquième trochée du vers 388 a une durée de 19 unités pour le premier membre, ^-1-23=27 pour le second, au total 27 -(- 19 = 46.

Ainsi se trouvent établis des nombres qui nous serviront par la suite à représenter et à désigner les repos du discours : le nombre 21 représentera le repos à la fin du vers 1 de V. Hugo, le nombre 2 l\, le repos à la fin du vers 9. Pour le vers et la langue latine, nous obtenons naturellement des nombres plus forts, puisque l'hexamètre contient presque deux fois plus d'unités ryhtmiques que l'alexandrin ; mais ils ont le même emploi : le nombre 69 représente le repos du discours à la penthémimère du vers 386, et le nombre 46 le repos au cinquième trochée du vers 388.

Au moment où nous trouvons pour la première fois en présence le nombre et le repos, il est utile de préciser comment le nombre « représente » le repos, ce qu'il nous apprend du repos, et ce qu'il nous en laisse ignorer.

D'abord, le nombre ne nous permet pas de déterminer la durée réelle du repos. Soit le repos final du vers 1 de V. Hugo :

Le reste de l'armée hésitait sur leurs corps | Et regardait mourir la garde.

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