‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 253 sur 270 · VARIÉTÉ I COMPLEXITÉ · texte numérisé non relu

VARIÉTÉ I COMPLEXITÉ

;i réserver le plus grand nombre des repos pour la première coupe, mais elle lui permet de restreindre ce nombre de telle manière que la différence des deux coupes soit faible ; alors les repos longs au cinquième trochée, les exceptions les plus remarquables, seront en nombre relativement grand.

Ainsi, la loi du rythme garantit une part de liberté au poète, et par conséquent elle établit une part de différence entre les poètes. A prendre en particulier un certain repos du discours ayant une longue durée, le poète est libre de le placer en n'importe quel endroit du vers ; et deux poètes, ayant à faire emploi de ce même repos, pourraient le placer en deux endroits différents. Prenons même l'ensemble des repos de longue durée tels que nous venons de les définir, c'est-à-dire les repos dont les membres réunis mesurent plus de quatre hexamètres : alors la liberté du poète se trouve moins grande, nous pouvons prévoir la grandeur relative des quantités de repos qu'il attribuera aux coupes d'importance différente ; mais nous ne pouvons pas prévoir la grandeur des différences qui sépareront ces quantités, et il est probable que, dans deux poèmes donnés, ces différences ne seront pas les mêmes. Le poète nous paraît de moins en moins libre, à mesure que nous embrassons à la fois un plus grand nombre de faits : mais il n'est jamais entièrement esclave de la loi. En appliquant les mêmes principes rythmiques que les autres, il en tire des conséquences différentes ; ces différences, soit d'ensemble, soit de détail, sont autant de traits qui lui appartiennent en propre, et qui permettent de le reconnaître.

2° Complexité.

La loi d'attraction établit entre le discours et le vers une relation très simple : elle réunit, en effet, les repos de durée équivalente, ceux dont la correspondance apparaît manifeste à

l'esprit aussitôt que nous rapprochons le discours et le vers pour composer le rythme. Il importe que la loi principale du rythme soit simple, acceptée sans résistance et même sans effort. Pour le poète, le rythme n'a pas sa raison d'être en luimême : il est le moyen d'exprimer d'une façon plus frappante les idées et les sentiments. Si la loi du rythme était complexe, si l'agencement en était pénible, s'il fallait, par exemple, faire se rencontrer les repos longs du discours avec les coupes faibles, et les repos courts avec les coupes fortes, le poète n'aurait plus le temps de penser aux objets qu'il veut décrire ; tout au moins, leur image cesserait d'être précise et intéressante à ses yeux avant qu'il eût choisi les mots qui les expriment. Le calcul tuerait l'inspiration : or, c'est l'inspiration, en d'aulres termes l'émotion, l'intérêt que le poète prend aux choses, qui fait naître en lui le rythme. D'ailleurs, la poésie ne s'adresse pas seulement aux critiques, aux philosophes, mais à tout le monde ; du moins à tous ceux qui ont l'esprit assez libre pour s'y rendre attentifs, le sens rythmique assez juste et assez exercé pour la distinguer de la prose. Les vers ne sont pas faits pour être étudiés à force de temps et de peine, mais pour être goûtés à la lecture, ou plutôt à l'audition, car ils sont toujours entendus et jamais lus. Pour être compris de tous, et sans trop d'effort, il est nécessaire que le rythme repose sur un principe simple.

Mais la simplicité du rythme n'est pas monotonie, parce que la loi d'attraction est atténuée et compliquée par d'autres lois moins importantes.

Parmi les repos du discours, il s'en trouve qui échappent presque entièrement à sa puissance et qui sont gouvernés par une loi qui leur est propre : ce sont les repos indéterminés (v. Partie III, chapitre 2, p. 35/i). Ils occupent une faible part de notre attention, car ils se dérobent à toute mesure précise ; mais ils occupent une grande part de notre temps, car ils sont nombreux et ont tous une longue durée. L'influence de ces repos et de la loi qui les régit se fait sentir jusque sur les

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