DIFFERENTS ASPECTS DES FAITS RYTHMIQUES
[Introduction], p. 29); le classement des différents repos est assuré, à mesure qu'ils se présentent à l'observation, par la distinction des repos longs et des repos courts (v. au début des chapitres 2, 3, h et 5 de la Partie III); le classement des faits de versification est exposé dans l'étude statistique et complété par l'étude particulière des faits qui font exception à la loi générale (v. Partie III, chapitre 1 [Préambule], p. 352).
Les faits de versification nous intéressent plus que les éléments qui les composent, les repos et les coupes. Aussi doiventils être soumis à une description plus complète. C'est encore la loi d'attraction qui nous en fournit le plan.
Nous avons vu que la loi paraît restreindre d'autant plus la liberté du poète, qu'on l'observe dans un plus grand nombre de faits à la fois. Aussi faut-il, pour mesurer et l'obéissance que le poète accorde à la loi et la résistance qu'il lui oppose, embrasser les faits, tantôt par groupes plus ou moins nombreux, tantôt isolément. Selon qu'ils sont associés à un plus ou moins grand nombre d'autres, les faits de versification peuvent et doivent être présentés sous trois aspects différents :
a) Nombres.
Les nombres sont connus dès que l'on a opéré parmi les repos les distinctions les plus simples et les plus sommaires, c'est-à-dire dès que les trois sortes de repos : repos qui correspondent à l'étendue totale des membres, repos qui correspondent à l'étendue relative des membres, repos qui correspondent à l'ordre des membre (v. Introduction, p. 85, et Partie III, p. Sf\8), ont été séparées l'une de l'autre, et dans chacune d'elles les repos longs des repos courts. Grâce aux nombres, on connaît quelle quantilé de repos longs ou courts est attribuée aux différentes coupes, et l'on obtient directement la démonstration de la loi. En revanche, les nombres ne laissent point paraître
les faits de versification dans toute leur variété, avec tous les caractères qui les distinguent les uns des autres, c'est-à-dire la coupe du vers et la longueur des membres : en effet, les groupes considérés, repos longs ou courts, embrassent le plus souvent plusieurs longueurs de membres différentes.
A l'égard des nombres, la loi permet des prévisions nombreuses et précises, pourvu qu'on tienne compte, non seulement de la prescription même qu'elle contient, mais des tendances de notre esprit qui la produisent, et des impressions auxquelles elle s'applique. Nous pouvons prévoir d'abord, pour chaque sorte de repos, la grandeur relative des nombres qui correspondent aux différentes coupes ; ensuite, en comparant les trois sortes de repos, soit la grandeur relative du total obtenu en additionnant les différences qui séparent les nombres, soit (dans certains cas du moins) la grandeur relative des différences qui séparent chaque nombre du suivant. Nous avons indiqué les nombres obtenus pour chaque sorte de repos dans le chapitre qui lui est réservé (Partie III, chapitres 2, 3, l\ et 5); ils forment le contenu de Yétude statistique.
b) Types.
Quand nous avons tiré des nombres tous les enseignements qu'ils contiennent, nous n'abandonnons pas pour cela les groupes de repos représentés par eux, mais nous essayons d'en pousser plus loin l'étude. Parmi les repos longs, nous distinguons les différentes nuances de longueur, et parmi les repos courts, les différentes nuances de brièveté. L'étendue des membres, qui mesure la durée du repos du discours, nous est connue alors, non plus par à peu près, mais exactement. Quanta l'autre élément du fait de versification, la coupe du vers, nous le possédons depuis longtemps : car, alors même que les faits de versification étaient associés par larges groupes
(( NOMBRES )) ; (( TYPES )) 58o,
et traduits en nombres, nous n'avons point réuni les repos attribués aux coupes de durée différente ; nous avons toujours distingué les repos qui se rencontraient avec des coupes de la première classe, de la seconde classe, etc. Le repos du discours, mesuré par la longueur des membres, et la coupe du vers, ce sont là les deux composantes du fait de versification : connaissant l'une et l'autre, nous connaissons le fait de versification lui-même, le type rythmique, qui se retrouve identique dans un nombre de vers plus ou moins grand. Les faits de versification contiennent en eux tout le poème, si on le réduit à ses caractères rythmiques. A mesure que nous lisons les Métamorphoses, nous pouvons ramener chaque vers, chaque groupe de vers, à un type rythmique donné, et n'en retenir autre chose que ce type tout seul : nous sommes certains de ne rien négliger qui intéresse directement le rythme. # *
A propos de chaque fait de versification ainsi distingué de tous les autres, quelle prévision permet la loi générale? Puisqu'il doit y avoir d'ordinaire accord entre la durée du repos et celle de la coupe, on conclut de là qu'un fait de versification donné se rencontrera fréquemment s'il présente cet accord, et rarement s'il ne le présente pas, d'autant plus rarement qu'il y a plus de contraste entre le repos et la coupe, et même jamais si le contraste est très grand. Mais cette prévision est beaucoup moins assurée que celles que l'on peut former en considérant les nombres. Il est probable que tel repos court se rencontrera le plus souvent avec les coupes faibles ; mais cela n'est pas certain, et si le contraire se produit, s'il y a pour un certain repos court majorité de rencontres anormales avec les coupes fortes, nous ne pouvons tirer de ce fait aucune objection contre la loi. En effet, il nous faudrait observer d'abord les autres repos courts qui ont une durée à peu près semblable à celui-ci : nous verrions qu'ils n'ont pas le nombre de rencontres anormales auxquelles ils ont droit, qu'ils sont
5oo CONCLUSION
toujours ou presque toujours associés à une coupe faible ; alors la régularité des autres repos compense l'irrégularité du premier, et si nous prenons l'ensemble des repos courts, les nombres qui les représentent et sur lesquels se fonde la démonstration de la loi, nous trouvons en définitive un résultat qui la confirme.
Pour décrire exactement le rythme d'un poème, les Métamorphoses par exemple, il faut découvrir et noter tous les types rythmiques ou faits de versification qui s'y trouvent, du moins tous les plus importants (v. Partie II, p. 1 46). Dans notre étude, ils sont réunis, et occupent une partie distincte: c'est le ,« Dictionnaire » (Partie II, chapitre 2). Les éléments du fait de versification, la longueur des membres, qui définit la durée du repos, la place au milieu ou aux extrémités du vers, qui détermine la durée de la coupe, peuvent être tous deux notés au moyen de ndmbres.il est donc possible de traduire les faits de versification en un langage conventionnel, qui permet de les désigner exactement par des signes très courts. Nous avons essayé de composer un langage de ce genre, et nous l'avons employé dans le Dictionnaire (v. Partie II, chapitre 1).
c) Vers.
La connaissance des types rythmiques ne donne pas seulement l'appréciation exacte de chacun d'eux pris à part ; elle permet, elle impose même, de les embrasser tous d'un seul coup d'œil. Ils se répartissent alors en deux espèces : ceux dans lesquels il y a accord entre la durée du repos et celle de la coupe, les faits conformes à la loi, les faits homogènes (v. pp. 362, 464)» et ceux dans lesquels il y a désaccord entre le repos et la coupe, les exceptions à la loi, les faits hétérogènes, les effets de versification (v. aussi p. i5). Des a faits de versification» proprement dits, nous n'avons plus rien à apprendre :