‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 258 sur 270 · REPOS DE SYNTAXE · texte numérisé non relu

REPOS DE SYNTAXE

de la durée. Mais la durée est appréciée par l'oreille : le repos de syntaxe s'adresse non pas à l'oreille, mais à l'intelligence : il ne peut donc pas avoir de durée, à prendre le mot dans son sens propre. Cependant, le repos de syntaxe peut être mesuré, et présente des nuances différentes : il nous paraît se prolonger plus ou moins ; ainsi, nous reconnaissons que le repos a est plus long, plus considérable, que tous les autres repos de la période. On peut donc appliquer au repos de syntaxe la notion de longueur, de durée, à condition de la transporter dans l'ordre logique. Pour éviter toute confusion entre la durée logique et la durée rythmique, nous appellerons la première importance, et nous dirons que le repos logique a une importance plus ou moins grande.

Peut-on découvrir dans le repos du vers ce même caractère d'importance? Sans aucune peine, car l'importance du repos du vers n'est autre chose que sa durée ; ou plutôt, l'importance est en proportion de la durée : la première se reconnaît et se mesure en même temps que la seconde. Ainsi, le repos de syntaxe et le repos du vers ont tous deux une importance variable, et la loi d'attraction se formule à leur égard de la façon suivante : les repos les plus importants du discours se rencontrent-ils le plus souvent avec les repos les plus importants du vers ?

La première opération à faire pour résoudre ce problème, c'est de classer par ordre d'importance les repos du discours et les repos du vers. Pour les repos du vers, le classement par ordre d'importance se fait sans difficulté : il est le même que le classement par ordre de durée, qui nous est connu depuis longtemps. La coupe finale est la plus importante de toutes ; puis viennent les coupes au milieu du vers, et ainsi de suite. Au contraire, les repos de syntaxe présentent une grande difficulté, qui se reconnaîtra mieux en les comparant aux repos rythmiques du discours. Le repos rythmique a une durée fixe. Le repos rythmique au point

6oA CONCLUSION

a (v. plus haut, p. 60 1) est mesuré dans tous les vers où il se rencontre par le même nombre de durées de brève ou de temps marqués : le nombre de durées ou de temps contenu dans les deux membres. Au contraire, l'importance d'un même repos syntactique varie sans cesse, et dans de très larges limites. Ainsi, le repos a est déterminé par la relation syntactique des membres qu'il sépare : coordination par et, identité de mode et de temps dans les deux verbes correspondants ; mais cette même relation, qui produit au vers XIII, 436 un repos d'assez grande importance, en produira un très faible dans un autre passage. Cette incertitude se fait sentir plus ou moins dans tous les repos de syntaxe : elle ne permet pas qu'on les réunisse, comme nous l'avons fait pour les repos rythmiques du discours, en un seul tableau de classement, où ils seraient disposés par ordre d'importance, et où chacun d'eux aurait place.

L'importance du repos de syntaxe se détermine donc tout autrement que la durée du repos rythmique. Le repos rythmique est défini une fois pour tous les passages où l'on trouve les mêmes longueurs de membres ; on l'apprécie en le comparant à l'ensemble formé par tous les autres, ce qui revient à concentrer l'attention sur lui tout seul. Par exemple, le repos rythmique a est considéré, non pas comme le repos à la fin du vers XIII, 436, mais comme le repos entre deux membres dont chacun mesure la longueur de deux hexamètres ; ce repos, je l'apprécie en le comparant à la fois au repos dont les membres contiennent chacun un demi-hexamètre, à celui dont les membres contiennent chacun un hexamètre, et ainsi de suite, en général à tous les autres repos dont l'image rythmique collective est présente à ma pensée.

Au contraire, mis en présence du repos syntactique a, je dois déterminer, non pas l'importance du repos qui correspond à la coordination par et avec identité des formes verbales, mais l'importance du repos qui correspond à cette relation

COMMENT RAMENÉS A LA LOI DATTRACTION 6o5

syntactique dans levers XIII. 436 en particulier. De plus, je ne puis faire cette détermination par rapport à l'ensemble des autres repos syntactiques, qui tous réunis ne font qu'une image confuse ; je dois isoler comme terme de comparaison l'un d'entre eux, qui se trouve alors prendre autant d'importance que le repos à comparer lui-même. Le repos de comparaison doit être choisi parmi ceux qui se laissent le plus aisément rapprocher du repos à apprécier : à cette condition répondent ceux qui lui ressemblent le plus, ou bien quant à leur place, c'est-à-dire les plus voisins de lui, ou bien quant à leur nature, c'est-à-dire ceux dont les membres ont Iq même relation syntactique. Pour mesurer l'importance du repos syntactique a, je le comparerai au repos 6, qui est situé au début du même vers :

Ut cecidit fortuna Phrygum, capit inpius ensem Rex Thracum, |" iuguloque sui demisit alumni ; |a

ou bien au repos c, dont les membres sont également réunis par et, et contiennent également deux formes verbales identiques :

Cumque suis Gryneus inmanem sustulit aram

Ignibus, |c et médium Lapitbarum iecit in agmen, Depressitque duos Brotean et Orion.

En procédant ainsi pour tous les repos à mesurer, on obtient, non pas comme pour les repos rythmiques du discours, un seul classement, où tous les repos sont disposés par ordre d'importance, mais un très grand nombre de classements distincts, comprenant chacun deux repos dont l'un est plus important que l'autre. Ces classements par couples permettent d'apprécier l'importance qui convient à la nature du repos de syntaxe, une importance toute passagère et toute relative, celle du repos a du vers XIII, 436, par rapport au repos c du vers XII, 261. Mais ce caractère d'une importance limitée au repos d'un certain passage par rapport au repos d'un autre

passage, suffit pour établir le rapprochement entre les repos syntactiques du discours et les coupes du vers, et chercher la loi qui règle leurs relations.

On prendra deux repos du discours accouplés, par exemple les repos a et b ; on observera lequel des deux est le plus important : dans le cas présent a l'emporte sur b. Ensuite, on prendra les coupes du vers où sont placés les deux repos en question : ce sont la trihémimère pour b, la coupe finale pour a; l'ordre d'importance des coupes est déterminé par la structure du vers, et complètement indépendant du discours : or la coupe finale est plus importante que la trihémimère. Enfin, l'on constatera si l'ordre d'importance des coupes répond à l'ordre d'importance des repos. Dans les exemples choisis, il y a accord entre le vers et le discours : au repos le plus important est attribuée la coupe la plus importante.

Les comparaisons de ce genre permettent de rechercher si la loi d'attraction s'applique aux repos syntactiques comme aux repos rythmiques, et de la démontrer parles deux moyens dont nous disposons : étude statistique et étude particulière des anomalies. Pour obtenir une démonstration de la loi fondée sur des nombres, on établira pour un très grand nombre de repos différents des comparaisons semblables à celle que nous venons de faire pour les repos a et b, en déterminant l'ordre d'importance de deux repos syntactiques donnés, puis l'ordre d'importance des coupes qu'ils occupent. Ensuite, on prendra le résultat d'ensemble de ces opérations, on calculera combien de fois l'ordre d'importance des coupes est conforme à celui des repos, et combien de fois il en diffère. Si les cas d'accord sont beaucoup plus nombreux que les cas de désaccord, c'est que la loi d'attraction s'applique aux repos de syntaxe comme aux repos du rythme, et que les plus importants d'entre eux ont tendance à se rencontrer avec les repos les plus importants du vers. La démonstration de la loi par l'étude particulière, c'est-à-dire par l'examen des caractères

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