‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 260 sur 270 · OU INTERVIENNENT LES ELEMENTS DU SENS · texte numérisé non relu

OU INTERVIENNENT LES ELEMENTS DU SENS

un caractère de la forme tel que le repos du rythme, assez simple et assez précis pour être traduit en nombres.

Il resterait à montrer à quel titre et à quel moment les caractères du sens, les idées, les sentiments et les images contenues dans les mots, interviennent dans l'étude du fait de versification composé par la rencontre du repos rythmique du discours avec la coupe du vers. Mais ces deux questions ont reçu plus haut leur réponse. Le rythme est un moyen de description ; aussi les caractères du rythme n'ont-ils pas leur explication complète, tant que l'on n'a pas considéré les objets qu'ils décrivent. Les faits de versification se présentent sous trois formes distinctes, que nous rencontrons successivement au cours du chemin qui réunit la loi générale du rythme aux vers composés par le poète : ce sont les nombres, les types rythmiques, et les vers. Les nombres sont des éléments de calcul et de statistique, obtenus par le classement des faits de versification. Les types rythmiques sont les faits de versification eux-mêmes, définis par la longueur des membres et par la coupe du vers. Ni les nombres ni les types rythmiques ne laissent reconnaître les mots et leur contenu. Pour distinguer les caractères du sens, il faut prendre à part les différents passages, les différents vers, dans lesquels figure un même fait de versification. Nous possédons alors les faits du rythme tels que la nature nous les offre, tels que notre oreille les perçoit. C'est alors aussi, qu'ils sont le plus nombreux et le plus complexes, et qu'il faut le plus long travail pour les ramener tous à la loi générale d'attraction. Leur complexité est produite surtout par la présence des mots chargés de leur sens ; mais le mal apporte avec lui son remède : c'est le contenu des mots qui nous explique pourquoi tel fait est conforme ù la loi, pourquoi tel autre lui est contraire, et qui nous démontre ainsi la domination directe ou indirecte de la loi d'attraction sur tous les faits du rythme poétique.

C) Comment étudier le rythme poétique chez d'autres

POÈTES LATINS, DANS d' AUTRES LANGUES.

Nous embrassons maintenant tout l'ensemble du rythme poétique, tel que nous le présentent les Métamorphoses. Nous y distinguons trois objets différents : les faits proprement rythmiques, c'est-à-dire les faits de versification ; les faits métriques, c'est-à-dire les coupes du vers prises une à une et rapprochées des repos du discours ; les faits logiques, c'est-àdire les relations syntactiques, et, dans la mesure où on peut les définir, les notions mêmes contenues dans le discours, les unes et les autres considérées par rapport aux coupes du vers. Cette division peut être d'ailleurs simplifiée. Les faits métriques ont la même nature que les faits rythmiques : comme eux, ils n'empruntent, soit au vers soit au discours, que du rythme ; ils ne se laissent distinguer d'eux que par la nécessité qu'ils nous imposent d'observer dans le détail un certain type de vers. Aussi les faits métriques se rattachent-ils aux faits rythmiques par une dépendance toute naturelle : la comparaison des différentes coupes d'une même classe succède tout naturellement à la comparaison des différentes classes de coupes. Les faits logiques forment ainsi une province distincte, par leur nature, puisqu'ils sont les seuls où les caractères logiques prennent place au premier plan, et aussi par leur importance, qui est beaucoup moindre. Nous avons reconnu, en effet, que les repos syntactiques du discours exigent une observation plus attentive que les repos rythmiques pour un résultat moins sûr ; et quant aux repos du sens, toutes les remarques solides qu'ils permettent de faire peuvent être présentées à propos des laits de versification.

Dans tous les poèmes latins écrits en hexamètres dactyliques, les éléments du rythme poétique sont les mêmes que

ÉTUDE D'AUTRES POÈMES LATINS; d'aUTRES LANGUES 6 1 5

dans les Métamorphoses, et se prêtent à la même étude. Nous savons d'ailleurs (p. 5g3), que l'étude d'un certain poème ne peut donner tous ses résultats si on le prend tout seul, et qu'il faut tôt ou tard le comparer avec d'autres.

Supposons que le rythme poétique des Métamorphoses ait été décrit aussi complètement que possible, et que l'on veuille ensuite connaître le rythme poétique de l'Enéide. Cette recherche se fera en comparant l'Enéide aux Métamorphoses, et en résolvant pour le premier poème les mêmes questions que nous avons proposées pour le second. On observera, par exemple, si dans les deux le rythme du discours et le rythme du vers sont unis par la même loi d'attraction, si tel fait de versification y est aussi fréquent ou aussi rare. Voilà pour les faits rythmiques proprement dits. La distribution des repos du discours entre les différentes coupes d'une classe donnée s'y fait-elle de même? Voilà pour les faits métriques. Enfin, pour en venir aux éléments logiques : trouve-t-on la même affinité entre telle relation syntactique et telle coupe ? trouvet-on le même emploi d'une certaine anomalie rythmique, d'un certain effet de versification, pour décrire une certaine émotion, un certain objet? En répondant à ces questions, on verrait s'accuser le caractère de chaque ouvrage, et les différences qui le séparent de l'autre. S il y en a, le plan proposé permet de découvrir et de noter les plus faibles ; or, nous savons d'avance qu il y en a, et de grandes : à la lecture même, on s'aperçoit déjà que l'aspect rythmique de l'Enéide ne ressemble pas à celui des Métamorphoses. Encore les deux poèmes ont-ils été composés à peu près en même temps, et contiennent-ils l'un et l'autre beaucoup de récits et de descriptions. Les différences du rythme seraient sans doute encore plus sensibles si l'on comparait avec les Métamorphoses un poème très différent par le genre, comme les Satires d'Horace, ou par l'époque, comme les fragments d'Ennius ou les poèmes de Claudien.

Observons maintenant des ouvrages dont les vers sont différents de l'hexamètre, par exemple les distiques de l'Art d'Aimer, ou les trimètres iambiques de Sénèque. Les éléments du rythme poétique y sont, malgré cela, les mêmes : repos du discours et coupes du vers ; les repos s'y mesurent également par le nombre des durées de brève ou des temps marqués contenus dans les membres; les coupes y sont également classées par ordre d'importance, suivant la division et la subdivision des groupes de temps marqués. L'étude du rythme peut donc s'y faire d'après le même plan qui a paru convenir aux Métamorphoses, et comprend les mêmes parties. Les différences ne se manifestent que dans le détail des éléments métriques, car le nombre et le classement des coupes du vers varie naturellement, d'abord avec le nombre et la composition des pieds, ensuite par le groupement de certains vers en unités métriques plus étendues, systèmes ou strophes.

D'ailleurs, quelle que soit la langue, quelle que soit la matière métrique employée par le poète, qu'il considère les syllabes réunies en pieds ou isolées, qu'il distingue les syllabes en brèves et longues, accentuées et atones, ou attribue à toutes la même valeur, les éléments essentiels du rythme poétique sont partout semblables à ceux que l'on trouve dans les Métamorphoses. Toujours se fait la distinction du discours et du vers; toujours la durée du repos du discours se mesure à la longueur des membres ; toujours le vers se laisse subdiviser de manière à permettre le classement des coupes ; toujours les repos du discours et les coupes du vers, après avoir été isolés et définis séparément, peuvent être rapprochés de nouveau, et se trouvent alors combinés suivant une loi simple. Aussi pourrait-on appliquer à tous les poèmes de toutes les langues le plan d'étude que nous avons tracé pour les Métamorphoses, à condition d'y apporter les changements de détail qui répondent aux différences des langues et des vers. Partout il nous révélera, et les lois générales du rythme,

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