LA « VERSIFICATION
toujours identiques à elles-mêmes, et la variété infinie de leurs applications, toujours différentes, comme le génie même des poètes.
D) La « Versification », objet d'étude distinct de la Métrique et de la Grammaire.
Les faits mentionnés, soit dans cette conclusion, soit dans les chapitres qui la précèdent, ont un caractère distinctif, qui appartient à eux tous, et à eux seuls : c'est qu'ils intéressent à la fois le discours et le vers. 11 n'y en a pas qui ne possède cette double nature. En observant les faits que nous avons appelés faits rythmiques proprement dits, c'est-à dire les faits de versification qui comprennent les repos du discours et les coupes du vers réunies à plusieurs en une même classe, on voit le discours et le vers s'y manifester avec une égale importance. Quand on entre dans le détail des faits métriques, en distinguant une à une les différentes coupes, l'attention est attirée d'abord sur le vers : mais le discours n'est point négligé, puisque l'étude des coupes se fait en considérant les repos du discours attribués à chacune d'elles. Enfin, si l'on s'attache aux rapports logiques, ceux de la syntaxe et du sens, c'est le discours qui se présente à l'observateur avant le vers, puisque c'est dans le discours que sont choisis les objets à étudier ; mais le travail à accomplir est précisément de mettre ces caractères du discours en rapport avec les éléments du vers.
Ainsi, alors même que nous parlons de caractères métri ques et logiques, nous désignons par ces mots des caractères métriques qui n'excluent point le discours et des caractères logiques qui n'excluent point le vers. En vertu de leur double nature, ces faits appartiennent à la fois à la grammaire (syntaxe, stylistique et rhétorique comprises) et à la métrique. Ils
n'appartiennent donc ni à l'une ni à l'autre, mais à un troisième objet d'étude, qui, ayant une existence distincte, a droit aussi à un nom distinct. Nous proposons d'appeler Versification ce domaine intermédiaire, qui comprend toutes les relations du vers et du discours. Le mot, ainsi employé, a un sens plus large que dans l'expression technique de « faits de versification », par laquelle nous avons désigné la rencontre des éléments rythmiques les plus généraux du discours et du vers; il a un sens plus précis que dans le langage courant, où le mot de « versification » s'applique à tout ce qui concerne la composition des vers, y compris la prosodie et la métrique.
A la vérité, pour embrasser le domaine entier de la Versification, il faudrait considérer, dans leurs rapports avec le vers, non seulement les mots et les syllabes, c'est-à-dire la logique et le rythme, mais les lettres mêmes qui composent les unes et les autres, c'est-à-dire Y harmonie du discours. Mais les faits harmoniques occupent une place séparée, vers laquelle il nous est interdit de jeter en ce moment les yeux; en effet, ils se distinguent bien nettement des faits rythmiques, les seuls que nous nous soyons proposé d'étudier. Les faits rythmiques contiennent tous, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut (p. 5o,5), l'idée d'une durée divisée en parties comparables, les unes remplies d'impressions perçues (membres), les autres vides (repos). Les faits harmoniques ont pour caractères, non pas les divisions de la durée, mais les modes d'émission des différentes voyelles et consonnes. D'ailleurs, les faits harmoniques ne prennent place dans l'étude que nous avons appelée Versification, que s'ils sont mis en rapport avec les éléments rythmiques du vers ; dès que cette condition précise cesse d'être remplie, ils font retour à la science générale du style, qui ne doit point considérer la poésie à part de la prose.
Dans les limites que nous venons de lui assigner, la « Versification » enferme un grand nombre de faits différents. Nous