DÉBIT EXPLICATIF ET DEBIT EXPBESSIF
comparable b après les mots Paene simul, qui contiennent la notion de rapidité, et je distinguerai trois membres au lieu de deux. Dans les vers de V. Hugo et dans ceux d'Ovide, la difficulté qui nous rend hésitants est la même. Elle ne réside pas, nous le reconnaissons maintenant, dans la relation des repos aux membres, qui est toujours semblable à elle-même, mais dans la distribution des repos, dans la limitation des membres qui leur correspondent. Le problème peut être ('■nonce plus brièvement encore : il s'agit de choisir, dans chaque période, entre le débit explicatif et le débit expressif. C'est celui que nous aurons à résoudre toutes les fois qu'il se posera dans les Métamorphoses. Nous nous proposons, en effet, d'y classer les faits de versification : or chaque fait de versification contient un repos du discours, dont il nous faut mesurer la durée en mesurant la longueur de ses membres. Le problème ainsi posé est résolu par nous après une étude attentive et réfléchie ; mais toute personne qui lit ou déclame des vers, doit résoudre un problème semblable avec moins de temps et d'effort, en embrassant par une intuition rapide le caractère et les détails du récit. Il faut donc, — et cette condition est remplie par tous les bons écrivains, — que le doute puisse être résolu sans une trop longue incertitude. Quand le récit ne contient aucun détail particulièrement émouvant ou pittoresque, le récitant n'hésite même pas : il prend d'instinct le ton explicatif. Quand l'émotion devient plus intense, ou la description plus attachante, alors se produit presque toujours, dans l'esprit du récitant, un conflit entre le débit explicatif et le débit expressif: les détails tendent à faire oublier l'ensemble du récit, et les sentiments éprouvés à faire oublier les objets qui les produisent. Mais presque toujours aussi il se trouve de bonnes raisons pour préférer l'une des deux conceptions à l'autre ; c'est ainsi que dans les vers de V. Hugo et d'Ovide que nous avons cités, il nous paraît évident que l'explication logique du récit surpasse en importance le pittoresque des
détails ; dans d'autres passages, il aurait été nécessaire de préférer ceux-ci à celle-là. Le choix entre les deux conceptions et les deux débits est donc rarement impossible, ou même difficile. Quand cette anomalie se produit, il faut en accuser tantôt le récitant, tantôt l'auteur : le récitant, si, trop sensible ou trop indifférent au détail expressif, il néglige des motifs de décision qui existent vraiment; l'auteur, s'il n'a pas su exprimer avec netteté les sentiments et les objets qu'il voulait décrire ; quelquefois, ils ne sont coupables ni l'un ni l'autre: il y a des passages où l'incertitude dans la conception logique et rythmique a été préméditée par l'auteur, et doit être transmise telle quelle par le récitant : mais ces effets d'hésitation, de suspension, semblent être très rares. En mesurant les repos du discours dans les Métamorphoses d'Ovide, nous avons dû, pour notre part, attribuer à chaque repos une certaine longueur de membres, et une seule. Dans les périodes très fréquentes où la conception explicative et la conception expressive entrent en concurrence, nous avons déterminé les membres suivant la conception qui nous a paru la meilleure. Dans les passages où les deux conceptions sont équivalentes, il nous a fallu prendre parti pour l'une des deux, tout en reconnaissant que l'autre eût pu être préférée ; mais ces passages sont si peu nombreux, que si on les réunit avec les autres, ils se confondent parmi eux et disparaissent.
Quand on cherche dans un poème donné les repos dont la durée varie suivant les récitants, pour observer si les membres varient en même temps que les repos, c'est-à-dire pour éprouver la loi de proportion, suivant laquelle la durée des repos est dépendante de la longueur des membres, on trouve des exemples différents de ceux que nous venons d'étudier. Ils forment une classe nouvelle, dont nous avons à parler maintenant. Dans les passages du premier genre, le repos augmentant ou diminuant, nous voyons augmenter ou diminuer le nombre d'unités de durée contenues dans les membres (syl-