LE REPOS VARIE, NON LES MEMRRES (2* CAS
labes ou durées de brève). Dans les passages du second genre, ce nombre demeure immuable malgré la variation du repos. Ainsi, pour l'œil du lecteur qui observe dans les vers écrits les limites des membres, il y a changement dans le repos sans que les membres aient changé, c'est-à-dire que la loi de proportion proposée tout à l'heure paraît fausse. Mais, à l'audition, on reconnaît sans peine que les membres ont varié en même temps que le repos, et en quoi consiste leur variation.
Prenons comme exemple, dans le passage cité de l'Expiation, le repos à la seconde syllabe du vers 22. Si l'on observe les variations possibles du débit en ce point, on voit qu'il est permis d'attribuer à ce repos deux durées : l'une plus courte a
[Et cette plaine hélas, où l'on rêve aujourd'hui |j] Vit fuir ja ceux devant qui l'univers avait fui.
l'autre plus longue a-\- n
[Et cette plaine hélas, où l'on rêve aujourd'hui jj Vit fuir ja + n ceux devant qui l'univers avait fui.
On trouverait un exemple tout pareil dans le passage des Métamorphoses, au vers 4oi :
[Tantaque simplicitas puerilibus adfuit annis jj
Haec quoque ^C-'-") uirgineum mouit iactura dolorem.
Mais nous nous bornerons à observer l'exemple français, et à résoudre la difficulté qu'il contient ; tout ce que nous en dirons convient également à l'exemple latin. La difficulté est la suivante : les repos a et a-+-n ont une durée différente ; cependant leurs membres ont la même longueur, puisqu'ils comprennent, pour les deux repos, l'ensemble du vers 22, depuis le début Vit fuir... jusqu'à la fin ...avait fui ; la durée du repos n'est donc pas proportionnelle à la longueur des membres, puisque deux longueurs différentes peuvent corres-
Caiie.n. û
pondre à la même durée de repos. Quand on observe non point les vers écrits, mais les vers déclamés, les deux récitations successives que nous avons supposées, et non point les deux figures par lesquelles nous les avons traduites aux yeux, on constate que les membres ont en réalité changé de l'une à l'autre, tout comme les repos. Le premier récitant, qui s'est arrêté peu de temps en a, a déclamé plus rapidement l'ensemble du vers ; le second, quia allongé le repos a en a -+- n, a débité le vers d'un mouvement plus lent. Ainsi les membres du repos a -h n ont duré en réalité plus longtemps que ceux du repos a. Ils contiennent le même nombre d'unités de durée (syllabes), soit 12, mais leurs unités ont une durée plus longue. Telle est la variation des membres qui accompagne celle des repos, et la détermine. La loi de proportion des repos aux membres s'applique donc exactement dans le vers étudié, puisque les repos n'y peuvent être modifiés sans que les membres le soient aussi, et de la même manière. D'ailleurs, les deux aspects rythmiques des vers 21 et 22 ne diffèrent pas seulement par la rapidité du débit ; l'auditeur y remarque aussi des différences d'intonation, qui les lui rendent plus nettement distincts ; il nous suffit de signaler ces nuances du débit sans nous y arrêter ; elles n'appartiennent pas aux caractères rythmiques du discours, et nous ne pouvons les examiner sans nous éloigner beaucoup de notre sujet.
Représentons-nous maintenant, comme nous l'avons fait en étudiant les vers 9-10 (La Déroute... etc.), un lecteur qui compare plusieurs récitations des mêmes vers, produites soit par lui-même soit par d'autres, afin de distinguer et de retenir la plus convenable. C'est précisément la tâche que nous devons accomplir à propos des Métamorphoses, en y déterminant la durée des repos et la longueur des membres. La différence qu'il constate entre elles, aux vers 21 et 22, qui nous occupent en ce moment, ne réside pas dans la relation des repos aux membres : la durée des premiers est toujours