‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 34 sur 270 · RÉPONSE : VARIATION REELLE DES MEMRRES · texte numérisé non relu

RÉPONSE : VARIATION REELLE DES MEMRRES

rigoureusement proportionnelle à la longueur des seconds, et nous pouvons désormais considérer cette loi comme certaine. Les deux récitations diffèrent par la longueur des membres pris à part et par la durée des repos pris à part, et l'hésitation du lecteur vient de ce qu'il lui faut choisir entre l'une ou l'autre longueur, l'une ou l'autre durée. Pour se décider, il examinera, outre les deux récitations elles-mêmes, les états d'esprit qu'elles supposent, et il découvrira bientôt, d'une part la conception que nous avons nommée explicative, d'autre part la conception expressive.

La première se rencontre chez celui des deux récitants qui donne au repos qui suit les mots Vit fuir \ ... la plus courte durée a, et à chacune des 1 2 unités qui composent les membres Vit fuir... avait fui la plus courte durée x. C'est celui qui donne aux mots des vers 21-22 et aux idées qu'ils contiennent la moins grande quantité d'attention, et qui les tient le moins longtemps présents à la pensée de son auditeur. Il n'y trouve en effet d'intéressant, que le fait principal, l'idée de la fuite, avec l'indication du lieu où il se passe {celte plaine) : ainsi complété, ce fait contient le dénouement du récit qui remplit les vers précédents ; il est indispensable, mais il suffit à satisfaire l'esprit. L'ensemble de faits rythmiques et logiques que nous venons de décrire répond donc à la conception explicative. Si le second récitant augmente la durée du repos et celle des unités de durée contenues dans les membres, de telle façon que l'une devient a-\-n, et l'autre x-\-n, c'est qu'il veut retenir plus longtemps attentifs au contenu des vers 21 et 22 et lui-même et l'auditeur. Et ce surcroît d'attention vient de ce qu'il s'intéresse, non seulement à l'idée générale, mais au détail, non seulement à la valeur logique du fait, mais à sa valeur pathétique. Le pathétique du passage est contenu surtout dans la mention du sujet ceux devant qui l'univers avait fui, qui n'intéresse d ailleurs nullement notre intelligence, puisque nous savons depuis long-

temps quelles sont les personnes ainsi désignées : l'émotion résulte du contraste entre la gloire d'autrefois et la défaite d'aujourd'hui. Cette mise en lumière du détail, cette manifestation du pathétique, sont les caractères propres de la conception que nous avons appelée plus haut expressive. Aux vers 9-10 elle se traduisait dans le rythme par l'abrègement du repos après qui s'émeut |, soit a, en a — n ; aux vers 21-22 elle produit au contraire l'allongement du repos a, après Vit fuir | , en a — n .

En poursuivant la comparaison des deux passages, nous y remarquons une différence bien plus considérable que celle-là. C'est la suivante. Au vers 9, les repos a et a — n ayant une durée différente, leurs membres ont une longueur différente, et comprennent un nombre de syllabes différent. En effet, les membres du repos a s'étendent sur les vers 9 et 10 tout entiers, soit sur un espace de 2 4 syllabes :

La Déroute apparut au soldat qui s'émeut \a Et se tordant les bras cria : Sauve qui peut.

Les membres du repos a — n commencent à apparut... et finissent à ... qui s'émeut; ils ne mesurent que 21 syllabes :

[La Déroute] | apparut au soldat qui s'émeut |a n Et se tordant les bras cria : Sauve qui peut.

Au vers 22, les repos a et a -f- n ayant une durée différente, leurs membres ont une longueur différente, mais ils contiennent le même nombre de syllabes, soit les 12 syllabes du vers 22 :

[Et cette plaine hélas où l'on rêve aujourd'hui {{ Vit fuir \a> a + n ceux devant qui l'univers avait fui.

Or, après avoir mis en lumière la relation rigoureuse qui existe entre les repos et les membres, nous en avons conclu que la durée des repos pouvait être mesurée et représentée par le nombre d'unités rythmiques (c'est-à-dire dans le cas présent

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