‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 36 sur 270 · CRITIQUE DE LA REPRESENTATION NUMÉRIQUE 7I · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE LA REPRESENTATION NUMÉRIQUE 7I

La représentation numérique des repos paraît présenter tantôt

suite d'autres observateurs, leur appréciation s'est trouvée d'accord avec la mienne. Si dans cette expérience souvent répétée il y a toujours une illusion, cette illusion tenace devient, pour le lecteur et pour le poète, la vérité même. Quant aux pas- Mgea qui paraissent, à un examen superficiel et pour un instant, faire exception à la loi, ils appartiennent tous à l'un des deux types que nous avons signalés, et ils se ramènent tous aisément à la règle commune. Aussi m'a-t-il semblé que la loi de proportion pouvait être donnée comme certaine même sans avoir recouru à une expérience automatique, je veux dire dans laquelle les faits à étudier seraient produits et enregistrés sans que l'expérimentateur intervînt. De plus, l'objet principal de mon étude est la langue latine, et non la langue française, Ovide et non V. Hugo ; si, dans l'examen de la loi de proportion, j'ai donné plus de place aux exemples français qu'aux exemples latins, c'est qu'ayant les uns et les autres la même structure rythmique, les premiers nous paraissent à nous Français plus simples et plus convaincants. Or l'épreuve mécanique de la loi de proportion est possible pour le français, mais non pour le latin ; une des conditions de cette épreuve, serait de réunir un nombre assez grand de récitants bien préparés à leur tâche : on ne trouverait sans doute pas assez de récitants pénétrés du rythme et du sens des hexamètres pour donner à l'expérience toute sa valeur. Puisqu'elle ne pouvait être entièrement satisfaisante, elle ne valait plus, croyons-nous, la peine d'être tentée.

Quand on essaye de préjuger, même en songeant à la langue française, les bénéfices que procurerait l'emploi d'un instrument, on les trouve médiocres. Sur la loi de proportion même, la variation simultanée et de même sens des repos et des membres, le témoignage de l'instrument s'ajoutera à celui de l'oreille ; à parler précisément, il ne saurait lui apporter aucune confirmation, ni, en cas de désaccord, prévaloir contre lui : car la poésie est faite pour être perçue par l'oreille, et non par instrument. Ce que l'instrument nous donnera, et lui seul, c'est le moyen de comparer nos perceptions avec la réalité ; mais la réalité ne compte, ni pour le poète qui dispose le rythme poétique, ni pour le lecteur qui en apprécie l'arrangement. Grâce à l'appareil, le savant qui s'occupe de la science du langage apprendra, par exemple, si la différence des repos est toujours exactement proportionnelle (il s'agit ici d'une exactitude mathématique) à la différence des membres, dans quelle mesure la durée d'un certain repos et la longueur de ses membres peut varier suivant les récitants, quelles sont les différences des repos ou des membres trop faibles pour que notre oreille les perçoive. Mais aucune de ces questions n'intéresse celui qui veut seulement apprécier l'art du poète et distinguer les lois du rythme.

En résumé, si je me suis dispensé d'étudier le repos du discours au moyen d'instruments enregistreurs, c'est moins parce que cette étude m'éloignait de mon sujet, en me faisant passer du latin au français, et de la philologie à la phonétique expérimentale, que parce qu'elle m'était inutile. Les instruments nous donnent la réalité telle qu'elle est, les sens la réalité telle que nous la percevons. Or je ne m'occupe que de cette réalité intérieurs, la seule que connaissent le poète et son auditoire. D'ailleurs, je no nie pas qu'un linguiste ou un psychologue ne puisse être curieux des précisions que j'ai signalées tout à l'heure. J'essayerai peut-être de les obtenir, mais plus tard, en leur temps et lieu.

un manque, tantôt un excès d'exactitude. Nous observerons successivement l'un et l'autre défaut.

Le manque de précision se manifeste dans le second des deux passages cités plus haut, et dans tous les exemples du même genre.

Et cette plaine hélas! où l'on rêve aujourd'hui

Vit fuir \a> a + n ceux devant qui l'univers avait fui

Le repos | peut avoir deux durées différentes : lune a si l'on emploie dans ce vers le débit explicatif, l'autre a -+- n si l'on emploie le débit expressif, qui a pour effet de ralentir la prononciation des mots contenus dans les membres. Mais, pour l'un et l'autre repos, ces membres sont les mêmes : ils comprennent toute l'étendue du vers 22, car le passage du débit explicatif au débit expressif se fait sans modifier la répartition des mots entre les groupes logiques qui composent les vers 2 1 et 22. Si l'on représente les repos a et a -+- n par le nombre des syllabes contenues dans les membres, ces repos, ayant les mêmes membres, seront représentés par le même nombre 12. Voilà le manque de précision que l'on peut signaler dans la représentation numérique des repos ; il consiste à traduire par le même indice deux repos dont la durée réelle n'est pas la même. Cette inexactitude se constate dans tous les passages où le récitant peut hésiter entre deux déclamations, deux rapidités de débit différentes.

A la vérité, il était facile de la prévoir. Par sa nature même, la représentation numérique ne prétend ni ne se prête à indiquer la durée réelle du repos. Elle annonce le nombre d'unités de durée contenues dans les membres ou — ce qui pour l'instant revient au même — dans les repos. Mais, nous l'avons déjà remarqué (p. 53), elle ne détermine pas la valeur de chacune de ces unités. Or, cette dernière donnée est indispensable pour apprécier la durée réelle du repos, c'est-à-dire sa durée en secondes ou fractions de secondes. D'autre part,

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