‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 37 sur 270 · MANQUE APPARENT DE PRÉCISION · texte numérisé non relu

MANQUE APPARENT DE PRÉCISION

si nous possédions la donnée qui nous manque, nous ne songerions pas à traduire par la représentation numérique la durée réelle ; nous la désignerions, non point par des nombres de syllabes, mais par des nombres de secondes. Pour désigner le repos a par exemple, nous ne dirions pas : C'est un repos dont les membres contiennent 12 syllabes, mais : C'est un repos dont les membres durent 12 secondes ou 12 demisecondes, etc.

La valeur exacte du nombre fourni par la représentation numérique pour désigner le repos est celle d'un indice de comparaison entre le repos et d'autres ; ainsi limitée, elle est réelle et durable. Observons par exemple le repos | du vers 22 par rapport à d'autres repos du même vers. Les mots qui suivent ce repos

[Vit fuir |] ceux devant qui l'univers j avait fui

se divisent en trois groupes logiques à peu près également importants et indépendants l'un de l'autre : le complément (qui comprend le pronom conjonctif et son antécédent), puis le sujet, enfin le verbe. Entre chaque groupe et le suivant prend place un repos ; il y a ainsi deux repos qui ont à peu près la même durée, l'un après qui, l'autre après l'univers. Ce dernier, que je désigne par le signe I, a pour premier membre le sujet V univers et pour second membre le verbe avait fui. Les deux membres réunis contiennent 6 syllabes et le nombre fourni par la représentation numérique pour représenter le repos j est 6. Comparons-le au repos |; celui-ci est représenté parle nombre 1 2 ; le rapprochement des deux nombres nous apprend que le repos | est double du repos [, à supposer bien entendu que le débit ne change point au cours du vers, que toutes les syllabes y soient déclamées et perçues comme équivalentes. Cette condition étant remplie, quand le débit se fait plus rapide (débit explicatif) ou plus lent (débit expressif), la durée de chacun des repos change, mais le rapport des deux durées

reste le môme ; le repos | est tantôt a, tantôt a -+- n, le repos

est tantôt b, tantôt b -f- n! , mais la relation — est la même que

la relation > soit—-- Ainsi, les nombres 12 et 6 ne nous

indiquent pas la durée réelle des repos | et I, mais ils nous indiquent le rapport des deux durées entre elles. Nous savons grâce à eux que le premier repos est double du second. Appelons durée comparée du repos la durée du repos prise en comparaison avec les repos voisins, nous dirons que la représentation numérique nous apprend, sinon la durée réelle du repos, du moins sa durée comparée.

Mais, pour parvenir au but que nous voulons atteindre, il nous suffît de connaître la durée comparée du repos, l'indice de comparaison qu'assigne à chaque repos la représentation numérique ; nous n'avons pas besoin de déterminer la durée réelle. Nous nous proposons, en effet, d'étudier le fait de versification, de comparer l'un à l'autre les deux éléments qui le composent: le repos du discours et le repos du vers. Gomment se fera cette comparaison? En appréciant l'importance du repos du discours et du repos du vers, c'est-à-dire leur longueur ou leur brièveté, en décidant s'il y a entre eux conformité ou disparate, et en justifiant l'une ou l'autre. Or l'importance d'un repos donné se détermine, non pas en observant le repos en lui-même, mais en le comparant avec d'autres. Prenons les repos du vers : l'importance de la coupe finale du vers lui vient de ce qu'elle est supérieure en durée à toutes les autres ; la brièveté de la coupe au premier dactyle lui vient de ce qu'elle est dépassée en durée par les coupes des trois premières classes ; dans un système rythmique où plusieurs vers seraient réunis, la coupe finale d'un vers donné paraîtrait moins importante, parce qu'il pourrait se trouver des coupes d'une durée plus grande ; dans un vers disparate, comprenant par exemple un dactyle suivi de trochées, la coupe après le premier dactyle gagnerait peut-être en importance,

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