DUREE RÉELLE ET DUREE COMPAREE
parce qu'il pourrait se trouver des coupes de durée moindre. Il en est de même pour les repos du discours ; un repos dont les membres mesurent 12 syllabes, ou un repos qui dure l\ secondes, ne sont par eux-mêmes ni importants ni médiocres, ni longs ni courts. Un repos de 4 secondes paraîtra très long dans un passage où le débit est très rapide, et très court dans un passage où le débit est très lent ; un repos correspondant à des membres de 12 syllabes paraîtra court si on le compare à un repos de il\, et long si on le compare à un repos de 6. La longueur ou la brièveté d'un repos résulte donc de sa relation avec d'autres repos ; or cette relation nous est indiquée par le rapprochement des nombres de syllabes qui traduisent la durée comparée, sans recourir aux nombres de secondes qui traduisent la durée réelle.
Essayons, en effet, de nous représenter par avance comment pourra se faire l'appréciation comparative des repos du discours, comment nous déterminerons, parla suite, la longueur ou la brièveté d'un repos donné. Nous pouvons le comparer soit à l'ensemble des repos du discours contenus dans le poème, soit à un certain repos en particulier. Voici pour la première comparaison. Elle a pour objet de décider si le repos est long ou court, c'est-à-dire ou relativement long, ou relativement court. Or, après une lecture attentive du poème étudié, nous savons quelle est la longueur moyenne des groupes de mots, périodes et parties de période; grâce à cette appréciation instinctive, et grâce à la relation qui existe entre la longueur des membres et la durée des repos, nous pouvons reconnaître, en observant le nombre des syllabes contenues dans les membres du repos, si le repos est parmi les repos moyens, ou les plus longs, ou les plus courts, du passage où il se trouve. Quelle que soit la rapidité du débit, c'est -à-dire la durée réelle des repos dans le passage considéré, un repos dont les membres mesurent 5 unités sera toujours parmi les plus courts, un repos de 5o unités toujours parmi les plus longs, un repos de
2/1 toujours parmi les moyens. S'il nous paraît utile de distinguer par des limites précises les différentes catégories de repos, longs, moyens, ou courts, et les subdivisions de ces ^catégories, de manière à attribuer sans hésitation le repos observé à l'une ou à l'autre, nous y parviendrons en définissant par rapport au vers, qui contient un nombre fixe de syllabes, le type du repos long, moyen, ou court ; le repos long sera, par exemple, celui dont les membres contiennent tant de vers ou de parties de vers. Comme la durée des repos, une fois représentée par la longueur des membres, se trouve avoir la. même mesure d'évaluation que le vers, c'est-à-dire le nombre des syllabes composantes, il est facile de reconnaître à quelle catégorie appartient le repos observé.
Supposons maintenant que l'on veuille apprécier la durée d'un repos par rapport à un autre repos déterminé. L'indice numérique qui représente chacun d'eux par la longueur de ses membres permet cette appréciation. Les repos qui ont le même indice ont certainement, dans le passage où ils se trouvent et par rapport aux repos voisins, la même longueur ou la même brièveté, et les repos différents ont entre eux la même différence que les nombres qui leur correspondent. D'ailleurs, étant libres de choisir les repos à comparer, nous pourrons les chercher dans des passages où toutes les circonstances logiques et rythmiques, et par suite, autant qu'on peut le supposer, la rapidité du débit, sont aussi semblables que possible. Nous reconnaîtrions alors à la fois par la durée réelle et par la durée comparée l'égalité ou la différence des repos. Mais cette parfaite ressemblance, et cette considération de la durée réelle, ne sont nullement nécessaires. La longueur ou la brièveté du repos se détermine en effet par un appréciation comparative, et cette appréciation peut et doit être faite au moyen de la durée comparée toute seule, c'est-à-dire des nombres qui traduisent la durée des repos par l'intermédiaire des longueurs de membres.