‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 40 sur 270 · STRUCTURE RINAIRE DU DISCOURS · texte numérisé non relu

STRUCTURE RINAIRE DU DISCOURS

alinéas ou chapitres qu'elle sert à composer. Aussi la division binaire semontre-t-elle, non seulement dans les périodes, mais dans les parties de périodes et les groupes de périodes. Par exemple, la proposition Comme s'envole au vent une paille enflammée se divise nettement en deux parties ; les deux périodes C'est alors... et Sauve qui peut, affront, horreur..., étant réunies, composent un alinéa ; de même les deux suivantes : En un clin d'œil..., et Quarante ans sont passés...; s'il y avait dans les vers cités de Hugo ou d'Ovide des groupes de trois périodes, on y saisirait probablement une division en une et deux, ou deux et une.

Le principe de l'organisation binaire n'est pas sans exception. On trouve parfois des groupes de trois éléments indépendants et équivalents, qu'il n'y a pas lieu de ramener à deux. Soit le vers

ïota frémit |a uocesque refert |° iteratque quod audit.

Ce serait méconnaître la volonté du poète, que de simplifier un ensemble qu'il a voulu faire complexe, en rattachant une des trois propositions à sa voisine. Elles sont équivalentes par le sens, car toutes trois contiennent des idées de même nature ; par la syntaxe, car la même conjonction les relie l'une à l'autre ; par l'étendue enfin, car elles renferment toutes trois deux temps marqués. Ici donc la division du groupe est assurément ternaire, et non binaire. Comme la proposition B est à égale distance de A et de C, distincte de l'une et de l'autre, nous pouvons l'associer successivement à l'une et à l'autre : ainsi les membres du repos a sont A et B, ceux du repos b sont B et C.

On trouve, soit en latin soit en français, peu de groupes où la division ternaire soit aussi manifeste. On en trouve un plus grand nombre, où il est permis d'hésiter entre la division ternaire et la division binaire, entre l'indépendance des trois

parties et leur réduction à deux. Suivant que l'on admet l'une ou l'autre, on attribue aux deux repos des membres de longueur différente, c'est-à-dire une durée différente. Soit le groupe Aa B " G ; les grandes lettres représentent, comme plus haut, les membres, et les petites les repos. La division adoptée est ternaire ; alors a a pour membres A et B, b a pour membres B et G. La division adoptée est binaire : alors ces deux estimations des repos deviennent inconciliables ; si les membres de a sont A et B, ceux de b sont AB et G ; si les membres de b sont B et G, ceux de a sont A et BG.

En essayant de déterminer la durée des repos entre propositions dans les Métamorphoses, c'est-à-dire la longueur des membres, nous avons dû assez souvent choisir entre le groupement binaire et le groupement ternaire. Nous avons alors décidé d'admettre presque toujours le premier, et très rarement le second ; nous n'avons reconnu légitime la division ternaire, que lorsque les trois parties présentent l'équivalence logique, syntactique et rythmique qui se rencontre dans le vers-type proposé plus haut. Maintenant, le calcul de tous les repos achevé, cette rigueur nous paraît trop grande. Prenons les vers

En un clin d'oeil |

Gomme s'envole au vent une paille enflammée |

S'évanouit ce bruit qui fut la Grande Armée |.

Nous les aurions auparavant réduits au binaire A -+- BG ; il nous semble maintenant que l'équivalence des membres est assez sensible pour autoriser la division ternaire A-t-B-t-C. Toutefois, même en donnant à la division ternaire toute la place qui lui revient, les exemples en sont assez peu nombreux, et il y aurait peu de corrections à faire, pour rendre exact à cet égard notre calcul des repos.

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