TRIPLE NATURE DU REPOS
e) triple nature du repos : étendue totale, étendue relative, ordre des membres.
Nous avons déjà observé (p. 4^) que les repos du discours ne sont pas simples, mais contiennent chacun en lui-même plusieurs repos distincts. Soit par exemple le repos qui prend place après la première proposition de la période comprise dans les vers IX, 85-86 des Métamorphoses :
Nec satis hoc fuerat, |a rigidum fera dextera cornu Dum tenet infregit truncaque a fronte reuellit.
La durée du repos a est déterminée par la relation des membres qu'il sépare, le premier comprenant les mots Nec salis hoc fuerat, le second les mots rigidum fera... fronte reuellit. Mais il y a plusieurs relations possibles entre ces membres, et comme chacune d'elles détermine pour sa part, indépendamment des autres, une certaine appréciation de la durée du repos, le même repos a se trouve contenir plusieurs durées, qui ont chacune leur détermination et leur mesure propre, et qu'il faut traiter comme autant de repos distincts. Or, dans l'exposé qui précède, nous n'avons considéré qu'une seule des relations qui existent entre les membres : leur aptitude à se réunir pour composer par adhésion un groupe unique ; nous avons ajouté les unes aux autres les unités rythmiques comprises dans les membres, et nous les avons estimées en un seul nombre. Aussi n'avons-nous fait apparaître qu'une seule durée du repos, celle qui se manifeste quand on embrasse les deux membres d'une seule vue, et qui se mesure à la longueur totale de ces deux membres réunis. Mais le moment est venu de compléter notre observation du repos, en signalant deux nouvelles relations entre les membres, et deux nouvelles durées de repos, qui correspondent à ces relations.
Les perceptions que nous fait éprouver un groupe rythmique quelconque, comprenant un repos et deux membres, se présentent à nous en deux époques successives, qui ont été distinguées plus haut (p. 42). H y a une époque d'appréciation collective, pendant laquelle nous embrassons les deux membres réunis, et une époque d'appréciation comparative, pendant laquelle se fait la séparation et la comparaison des membres. Observons maintenant plus en détail la succession des faits rythmiques, et prêtons attention aux différents aspects du repos.
La période prise comme exemple, IX, 85-86
Nec satis hoc fuerat \a rigidum...
... reuellit
nous apparaît d'abord comme une partie d'un groupe plus étendu, qui comprend ces deux vers et les deux suivants, 87
et 88 :
Naides hoc pomis et odoro flore repletum Sacraruot, diuesque meo Bona Copia cornu est.
Après avoir pris connaissance du groupe dans son ensemble, notre premier soin est d'en distinguer les deux parties, et de les opposer l'une à l'autre ; à ce moment, les membres qui composent chacune de ces deux parties ne sont pas encore distincts : ils forment une seule unité logique et rythmique. Ensuite, la période comprise dans les vers 85 et 86, Nec satis... reuellit vient à occuper seule notre esprit ; alors se fait la distinction des deux membres Nec satis... fuerat et rigidum... reuellit, mais non pas encore leur séparation. L'attention se porte sur le repos qui se trouve placé entre eux, soit a. Il s'agit de définir et de mesurer ce repos ; pour le faire, nous avons déjà un moyen et un seul : c'est l'estimation précédemment faite, et qui persiste, des membres réunis ; c'est ainsi qu'apparaît le premier le repos qui correspond à l'étendue totale des membres, et dont la durée se mesure à