‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 43 sur 270 · RAPPORTS DES TROIS ORDRES DE REPOS · texte numérisé non relu

RAPPORTS DES TROIS ORDRES DE REPOS

Après avoir défini les trois ordres de repos : étendue totale, étendue relative, ordre des membres, il reste à en indiquer les rapports, l'opposition apparente et la ressemblance réelle, et à annoncer la place qu'ils occuperont dans notre étude.

Il y a, semble-t-il, ou du moins il peut y avoir dans certains cas, une contradiction entre les trois repos qui se présentent à l'auditeur en chaque point du discours. Soit le repos a, à l'hémistiche du vers 23 de V. Hugo :

Quarante ans sont passés |a et ce coin de la terre, Waterloo, ce plateau funèbre et solitaire, Ce champ sinistre, où Dieu mêla tant de néants, Tremble encor d'avoir vu la fuite des Géants.

Le repos a est long quant à l'étendue totale, puisque les deux membres réunis remplissent les quatre vers 23, 24, 25, 26, et mesurent 48 unités de durée. Mais le même repos est court quant à l'étendue relative, car il y a une grande différence d'étendue entre les deux membres : la relation du premier au second est celle des nombres 6 et 42, soit 1:7. La contradiction existe dans l'exposé logique des faits, mais non dans leur perception. En réalité, quand nous considérons l'étendue totale, notre esprit ne contient point la notion d'étendue relative, et inversement ; l'une des deux exclut l'autre,

[entre l'impression produite par le trochée et l'impression produite par l'iambe| tritl nichl bloss in der poelischen Verwendung, sondern auch beim reincn Taktireii mit gleichgiiltigen Eindriicken deutlich hervor ; [la différence est que l'iambe est die errcgendc, le trochée die beruhigende melrische Grundform] ; und eine Bestàtigung Uegt, wie man sich besonders im letzteren Fall leiclit experimentell iiberzeugen kann, darin, dass in der Regel die Zeitwerte iambischer Takte kleiner sind, weil wir unwillkùrlich die Pausen zwischen den einzelnen Takten im Vergleich mit dem trochâischcn Metrum verkiïrzen. » Et en note à cet endroit : « Letzteres ist auch von den Metrikern gelegentlich beobachtet worden, vgl. Mixor, Neultochdeutsclie Metrik2, igo2, S. i43 f.y>- — Weil traite des parties du discours, qui relèvent non de la métrique, mais de la logique. Les éléments dont il observe la succession sont le substantif et l'adjectif, le premier plus important que le second : « Il résulte de tous ces faits que la construction ascendante [dans laquelle l'adjectif précède le substantif] lie plus étroitement les idées mises en rapport, et que la construction descendante les détache davantage les unes des autres. »

car dans le cas de l'étendue totale notre attention se porte sur les longueurs des membres, et sur les nombres 6 et ^2 qui mesurent ces longueurs ; dans le cas de l'étendue relative, elle néglige les longueurs et les nombres eux-mêmes pour en observer le rapport. D'autres exemples révèlent la même contradiction apparente, et la même indépendance réelle, entre l'étendue relative et l'ordre des membres. Soit le vers de Racine cité plus haut (p. 0,4) :

Je vous ai demandé des oreilles, |a des yeux.

Si nous considérons le rapport des nombres 10 et 2, qui mesurent la longueur des membres (étendue relative), en négligeant l'ordre de leur succession, le repos a nous paraît court ; si nous considérons l'ordre de succession des nombres (ordre des membres), en négligeant leur rapport, le repos a nous paraît long. Mais nous ne pouvons considérer l'un et l'autre caractère en même temps, car ils sont de nature différente. L'étendue totale, l'étendue relative et l'ordre des membres sont trois aspects distincts du même objet, dont nous ne pouvons saisir qu'un seul à la fois. Aussi ne se contrarientils jamais.

Après avoir constaté la différence de nature entre les trois ordres de repos et l'indépendance qui en résulte, on reconnaît que les mêmes lois du rythme s'appliquent à l'un et à l'autre. Le repos d'étendue relative a une durée exactement proportionnelle à la relation des membres : la durée de l'un et la relation des autres varient en même temps et dans la même mesure : il est donc soumis à la même loi de proportion qui fait dépendre le repos d'étendue totale de la longueur des membres réunis. Quant au repos de l'ordre des membres, sa structure rythmique est plus simple que celle des deux autres. Etant donnés deux membres de longueur non définie, on peut leur attribuer une infinité de longueurs et de proportions différentes, mais deux ordres de succession seulement :

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