LEUR INDEPENDANCE
ou bien le plus long précède le plus petit, ou bien il le suit. Ainsi, des trois repos réunis en un point donné du discours, les deux premiers peuvent avoir un nombre infini de durées différentes, et le troisième deux durées sans plus. Mais dans sa simplicité, le repos de l'ordre des membres ne contient rien qui démente la loi de proportion : à la succession longue des membres correspond la durée longue des repos, à la succession courte la durée courte.
De la loi de proportion résulte, on l'a vu, une conséquence qui est pour nous plus précieuse que la loi elle-même : en effet, par suite de la relation qui existe entre les repos et les membres, les nombres qui mesurent les longueurs de membres peuvent aussi servir à mesurer les durées de repos, et ils nous permettent de définir et de classer ces durées. La représentation numérique, comme la loi de proportion, convient également aux trois sortes de repos. H y a plus, elle s'applique aux trois à la fois par une seule et même opération . Soit le groupe :
Spectat |a inorna tos collo pendere capillos
(cité p. 0,4). Les trois repos réunis en a, repos d'étendue totale, repos d'étendue relative, repos de l'ordre des membres, ont leur durée déterminée par les mêmes membres. Si j'écris les nombres qui mesurent la longueur de ces membres, ces nombres se trouvent donc représenter également la durée des trois repos. Ils sont, dans l'exemple choisi, 3 pour le premier membre, 20 pour le second. L'expression numérique 3 -h 20 fait connaître à la fois la durée du repos d'étendue totale, qui est de 23 unités, celle du repos d'étendue relative qui correspond à la relation des nombres 3 et 20 (la longueur des membres étant estimée en durées de brève) ou plutôt à la relation des nombres 1 et 5 (la longueur des membres étant estimée au nombre des temps marqués ; v. p. 89), enfin celle du repos de l'ordre des membres, qui est la plus courte des deux
Cahen. 7
durées possibles, puisque le membre le plus court précède le plus long. On pourrait, il est vrai, former pour le repos de l'étendue totale une notation distincte et plus simple : elle comprendrait un seul nombre au lieu de deux, le nombre 23 au lieu des nombres 3 et 20 ; mais il est plus simple en définitive, d'attribuer à ce repos la même représentation qu'aux autres, puisque nous en avons le pouvoir. Le choix delà notation la plus compliquée (en apparence) a déjà été justifié plus haut (p. 4i et suiv.).
Cette simplicité de la représentation numérique, qui est unique pour les trois sortes de repos du discours, rendra dans l'avenir notre travail plus simple. Nous aurons en effet à traduire par des signes convenables, et à réunir ensemble, tous les faits de versification compris dans notre étude, telle qu'elle a été délimitée précédemment. Comme il y a autant de faits de versification que de rencontres entre les repos du discours et les repos du vers, il semble que la réunion des deux éléments du rythme poétique doive être faite en trois listes distinctes, dans lesquelles les repos du vers seraient mis successivement en rapport avec les repos de l'étendue totale, puis avec les repos de l'étendue relative, enfin avec les repos de l'ordre des membres. En réalité, les trois faits de versification qui se manifestent dans chacun des repos entre propositions que nous avons à décrire se composent des mêmes données rythmiques différemment combinées : dune part, le repos du vers, qui se reproduit trois fois le même, d'autre part, les longueurs de membres, qui déterminent également et indifféremment les trois repos du discours. Les trois faits de versification peuvent donc être traduits par les mêmes signes, et réunis en une seule liste.
En étudiant le repos de l'étendue totale, nous avons énoncé (p. 56 et suiv.) les objections qui s'opposent en apparence à la loi de variation proportionnelle des repos et des membres, et celles qui s'élèvent contre la représentation des