‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 45 sur 270 · LEUR RESSEMBLANCE · texte numérisé non relu

LEUR RESSEMBLANCE

repos par des nombres. Nous avons écarté les unes et les autres. Il serait possible de les reproduire ici, car elles se présentent également quand on observe en détail le repos de l'étendue relative, et le repos de l'ordre des membres. Mais une discussion nouvelle serait inutile, car elle n'ajouterait rien à la précédente ; il nous faudrait y répéter les mêmes arguments et la même conclusion, qui est que les objections proposées sont, ou bien fausses, ou bien faciles à éviter.

La loi de proportion, en particulier, est corroborée par toutes les observations que nous pouvons faire dans un poème donné. La coïncidence des trois repos en chaque point du discours ne rend notre observation ni moins facile ni moins certaine. 11 ne nous faut nulle part un grand effort pour isoler un des repos des deux autres, et comparer sa variation propre à celle des membres. Cette comparaison se fait en observant à la fois deux groupes de membres et deux pauses (nous désignons ici par pause le repos du discours admis sans l'analyse qui y distingue les trois sortes de repos), pour constater si la variation des uns correspond à celle des autres. Comme termes de comparaison, nous pouvons prendre ou bien la même pause et le même groupe de membres prononcés dans un mouvement tantôt plus tantôt moins rapide (c'est ainsi que sont choisis les faits observés pages 5^ et 65), ou bien deux groupes de membres et deux pauses différentes (exemple pp.gS-g^)- Dans le premier cas, la mise à part de celui des trois repos dont nous voulons comparer la variation avec celle des membres (par exemple le repos de l'étendue totale) se fait spontanément, par l'exercice même de notre faculté d'analyse : au moment où notre attention se porte sur le repos choisi, les deux autres repos et les caractères des membres qui sont en rapport avec eux cessent d'exister pour nous. Dans la comparaison de deux passages différents, l'exclusion des deux repos à négliger est obtenue par un moyen si simple qu'il s'offre à nous presque de lui-même : il consiste à

ÎOO INTRODUCTION

choisir deux groupes de membres dont toute la différence réside dans les caractères qui déterminent la durée du repos à étudier, les autres caractères, et par suite les autres repos, étant de tout point semblables. Si l'on veut observer par exemple la variation du repos de l'étendue relative, on rapprochera deux groupes où l'étendue totale et l'ordre des membres sont les mêmes. Il est évident que dans des exemples ainsi choisis, toute la différence que l'oreille perçoit entre les deux pauses doit être attribuée au repos qui fait l'objet de l'expérience, à celui qui est défini par la relation des membres d'où résulte la différence des passages. Quant aux deux autres repos, ils se détruisent par leur identité même, qui les dérobe à l'attention.

La comparaison que nous venons de faire entre les trois repos du discours nous apprend qu'ils sont à la fois semblables et indépendants : semblables, puisqu'ils sont déterminés par les mêmes membres, et qu'ils ont avec leurs membres la même relation ; indépendants, puisque l'on peut observer et étudier complètement l'un d'entre eux en négligeant les autres. Il faut tenir compte de ces deux caractères pour assigner aux trois sortes de repos la place qui leur revient dans l'examen des faits de versification que nous entreprendrons par la suite.

Tant qu'il s'agira de décrire les faits de versification, de constater et de noter les repos du discours en même temps que les repos du vers avec lesquels ils entrent en contact, la distinction des trois sortes de repos du discours ne se fera pas sentir : ils peuvent en effet, nous l'avons indiqué plus haut (p. 98), être représentés tous trois par les mêmes signes, et consignés sur une liste unique.

Mais quand nous aurons à expliquer les faits de versification après les avoir décrits, alors l'indépendance des trois repos se fera sentir plus que leur ressemblance, et nous devrons assigner à chacun d'eux une place distincte. L'explication que nous cherchons s'obtient en résolvant la question suivante :

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