‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 47 sur 270 · LEUR PLACE VARIABLE 1 OO · texte numérisé non relu

LEUR PLACE VARIABLE 1 OO

déclamait, devait rendre sensible aux auditeurs, non seulement le détail, mais l'ensemble : il leur présentait alors des groupes d'impressions plus étendus, et leur ménageait les repos à de plus longs intervalles ; il prononçait nettement chaque mot, sans toutefois s'y attarder assez pour faire oublier la phrase ou le groupe. Les rhéteurs anciens ont appelé période l'espace qu'un auditeur pouvait ainsi embrasser sans fatigue, et auquel devait se borner l'orateur ; ils lui ont assigné en principe une durée de quatre hexamètres \ Mais cette mesure ne s'applique qu'à la déclamation en public. Un lecteur d'Ovide qui connaît déjà le passage en question, et le relit pour le remettre en mémoire à lui-même ou à d'autres, réunit en un seul des groupes que laisse distincts le rhéteur déclamant devant son auditoire, et les repos sont alors séparés par un plus grand nombre encore de mots ou de vers. Dans cette lecture, les mots ne sont plus guère distincts, et l'auditeur ne perçoit que les plus importants. Enfin, représentons-nous un savant, qui a étudié la composition des Métamorphoses, et parcourt une dernière fois les quinze livres pour vérifier les conclusions déjà obtenues : l'Enlèvement de Proserpine ne forme même pas pour lui un groupe logique distinct, mais seulement une partie du récit de Calliope (1. V, vv. 34i-66i), qui se développe sans aucun repos ; quant au sens qu'il perçoit au cours de cette lecture sommaire, ce sont quelques mots çà et là, les noms propres qui révèlent le sujet traité par le poète. En somme, si l'on prend un certain discours et dans ce discours un certain repos, jamais ce repos n'est indéterminé par nature, mais toujours il dépend du lecteur de le considérer comme tel.

Dans le cas présent, le lecteur n'est autre que nous-même, et le discours n'est autre que les Métamorphoses d'Ovide ; notre but est d'y mesurer et d'y noter la durée des repos entre

i. Voy. Ed. Norde.n. P. Vergilius Maro. tâneis, Buch VI. Leipzig, igo3, Teubner ; p. 369.

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propositions, sans excepter les repos dont la durée est indéterminée. Ces repos seront distribués dans le discours en question selon la connaissance que nous en avons acquise, et, pour ainsi dire, selon l'attitude que nous prenons à son égard. Pour apprécier les rapports des propositions, et les grouper en membres, il faut avoir lu les mêmes vers attentivement, et plusieurs fois ; mais il est inutile d'embrasser d'une même vue, toutes les Métamorphoses, ou môme tous les épisodes d'un seul livre. Notre champ d 'observation est beaucoup moins étroit que celui de l'enfant qui épèle les mots, et pour qui tous les repos sont indéterminés ; il l'est beaucoup plus que celui du savant, qui compare plusieurs chants entre eux, et pour qui il n'y a point de repos indéterminés. Quelle en est l'étendue moyenne, quelle longueur de discours notre attention peut considérer sans fatigue, ce sont là des questions auxquelles nous ne pouvons répondre par une formule, mais seulement par des exemples. Dans le récit que fait Ovide de l'Enlèvement de Proserpine, un lecteur qui connaît déjà ce passage, devra, semble-t-il, prendre repos en trois endroits : au milieu du vers 3g i , à la fin des vers 4oi et 4o8. Ces trois pauses complètes distinguent le récit lui-même de la suite, et dans l'intérieur du récit les trois parties principales : le lieu de la scène, l'enlèvement, la fuite du ravisseur. Dans le passage de V. Hugo pris comme objet de comparaison, nous considérons comme indéterminés les repos à l'intérieur du vers 2, à la fin des vers 10, 22 et 26. Des quatre parties ainsi séparées, la première contient une transition, la seconde l'apparition de la Déroute, la troisième la fuite de l'armée , la quatrième une courte méditation du poète, qui sert de conclusion au récit. Si l'on compare le groupe d'impressions logiques et rythmiques compris entre deux de nos repos indéterminés avec celui que les rhéteurs grecs et latins ont défini sous le nom de période, on voit que les deux mesures coïncident en certains points, et diffèrent en d'autres. Ainsi, les vers 385-3o,i forment

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