MESURE ET TRADUCTION EN NOMBRES
nombres les repos du discours et les repos du vers, nous avons ainsi le moyen de traduire en nombres les faits de versification : en mesurant les composants, nous avons mesuré le composé. Cette conclusion est évidente ; il faut cependant l'appuyer de quelques exemples, et faire l'expérience des principes de mesure proposés tout à l'heure. S'ils sont exacts, ils nous permettront de distinguer avec plus de clarté les impressions différentes que les faits de versification apportent à notre sens rythmique.
Parmi eux, les uns nous surprennent, nous émeuvent, nous tiennent attentifs ; les autres nous laissent calmes, et ne nous attirent point. Les premiers sont les faits anormaux ou effets, les autres les faits normaux (v. p. i3). Ces nuances d'émo-
A supposer que ces vers aient été récités comme il convient, c'est-à-diro autrement que de la prose, nous faisons sans peine, en observant les impressions recueillies par notre oreille, les deux remarques que voici : i° Les repos du discours a et a ont eu une durée plus longue que celle qu'ils auraient eue, soit en prose, soit en contact avec un repos plus court du vers. 2° Les mots qui composent les membres ont été prononcés plus lentement ; cet allongement paraît surtout sensible dans les seconds membres, qui sont les plus courts, et qui comprennent les mots les plus importants, les verbes Ludit, Criaient.
Ainsi, un repos long du vers allonge un repos court du discours, mais il ne modifie pas la relation que nous avons établie entre la durée des repos et la longueur des membres. En même temps que la durée a devient a -+- n, que la durée a devient a' -+- n, la longueur A + B devient A + B -+- N et la longueur A' -+- B' devient A' + B' H- N'. Alors même qu'il y a contraste entre le repos du discours et le repos du vers, le premier est modifié dans sa durée, mais non dans sa nature ; et encore, pour saisir la modification qu'il subit, faut-il l'opposer à un autre repos que nous créons par la pensée, mais que la réalité ne nous présente pas : le repos a ou a supposé en prose ou à une autre place du vers. En somme, le repos du discours se modifie sans s'altérer, pour recevoir le repos du vers et s'accorder avec lui ; ainsi se forme le fait de versification.
De même, un repos court du vers abrégerait en même temps et le repos long du discours et ses membres.
Lorsqu'un repos court du discours rencontre un repos court du vers, ou un repos long du discours un repos long du vers, la durée du repos du discours n'est pas modifiée, pas plus que la longueur des membres.
Quant au repos du vers, il ne peut être question d'un changement dans sa durée; il a, dans le vers isolé par abstraction des mots qui le composent, une durée, une existence toute idéale ; il ne prend de réalité qu'au moment où il entre en contact et en fusion avec le repos du discours, quand nous restituons au vers son contenu de mots.
tion, tout lecteur sensible au rythme les perçoit, bien avant d'analyser le repos du discours et le repos du vers. Après un premier examen, nous avons reconnu qu'elles s'expliquaient par la convenance ou le contraste entre la durée de l'un et celle de l'autre. Mais quant à apprécier la différence des deux durées dans un effet donné, quant à déterminer de combien le contraste contenu dans ce premier effet l'emporte sur celui d'un second, c'était là, à ce moment, une entreprise impossible. Elle nous est permise maintenant, car nous possédons la mesure exacte des repos du vers et des repos du discours ; elle est même nécessaire pour éprouver la justesse de cette mesure. Gomme les faits de versification se laissent mieux observer si on les compare ensemble, nous réunirons d'abord un fait anormal et un fait normal, puis deux faits de même nature, tous deux anormaux ou tous deux normaux ; chacune de ces comparaisons doit contenir deux parties, l'une pour les exemples français, l'autre pour les exemples latins.
Les repos entre propositions qui se trouvent à la fin des vers 2 et 9 de V. Hugo présentent un contraste très apparent : notre émotion rythmique est vive dans le premier cas. et nulle dans le second. Cette différence s'explique, si l'on compare dans l'un et dans l'autre la durée du repos du discours et la durée du repos du vers. Celui-ci est le repos final, c'est-à-dire le plus important, ou le plus long, de tous. Ce repos du vers rencontre au vers 2 un repos du discours de faible durée : il y a donc là contraste et surprise ; il rencontre au vers 9 un repos prolongé : le fait de versification est ici normal, et ne provoque, pour ainsi dire, aucune réaction de notre sens rythmique.
Voyons maintenant comment la différence des deux vers se précise par la notation numérique des repos. Le repos du vers appartient à la classe I ; nous convenons en effet de désigner par le chiffre I la plus longue des quatre durées que peut présenter une coupe quelconque, en d'autres termes, la première