EXEMPLES
par ordre d'importance des quatre classes qui contiennent toutes les coupes du vers. Quant aux repos du discours, ils doivent être mesurés selon le nombre des syllabes, car la langue française admet la syllabe comme unité de durée rythmique. Les membres du premier repos (vers 2) sont : C'est alors (premier membre) et Qu'élevant tout à coup sa voix désespérée (second membre). Ceux du second (vers 9) sont: La Déroute apparut au soldat qui s'émeut (premier membre) et Et se tordant les bras cria sauve qui peut (second membre). L'étendue totale, c'est-à-dire des deux membres réunis, est au vers 2, 3 -f- 1 2 = 1 5 unités , au vers 9, 12-1-12 = 24 unités . Elle est beaucoup plus longue, c'est-à-dire beaucoup plus conforme à la durée du repos du vers dans celui-ci que dans celui-là.
La différence des deux repos est d'ailleurs plus sensible encore à l'oreille, que ne le laisse supposer la relation mathématique du nombre 9(2/1-1 5) aux nombres i5et ik- Voici pourquoi. Nous percevons le rythme du vers indépendamment des mots qui le composent : c'est là un fait important, que nous avons déjà signalé. Abstraction faite de leur contenu, les vers alexandrins français nous présentent des groupes de 1 2 syllabes, tous compacts et tous à égale distance les uns des autres, car les mots et les rapports logiques une fois disparus, nous n'avons plus aucun motif de subdiviser ces groupes, ou de les associer ensemble. Si l'on désigne par les lettres A, B, G, etc. les repos qui les séparent, ces groupes sont représentés par la figure 12 \i 12 12... Mais ces vers abstraits, pour ainsi dire, ou vers en blanc, n'existent pas en réalité ; ils n'apparaissent que par un effort de notre esprit. L'arbitraire de cette création nous est connu au moment même où elle s'opère : nous avons conscience que ces syllabes de vers sont aussi des syllabes de discours; nous ignorons seulement de quel discours. Ainsi le vers abstrait est accompagné d'un discours idéal, dont les repos sont A, B, G, etc. La durée de ces
repos est déterminée par la longueur des membres, comme pour tous les repos du discours, quels qu'ils soient, et notre instinct rythmique ne manque pas de faire cette mesure. Chacun d'eux a une durée de 12-4-12 = 24 unités. Cette durée est celle que nous assignons à la pause finale du vers, une fois laissés à nous-mêmes, et libres de toute détermination étrangère : c'est celle que nous nous attendons à trouver à cette place. Comme le repos final du vers est le plus long de tous, les durées supérieures à i!\ unités, n'ayant pas d'autre place, y sont acceptées sans effort et sans surprise ; mais toutes les durées inférieures nous donnent l'impression d'une lacune, d'une disparate. Telles sont les raisons pour lesquelles l'étendue totale du repos du discours est en concordance avec le repos du vers au vers 9, et en discordance au vers 2.
Le mot de « raisons » est d'ailleurs équivoque. Nous avons prétendu, non pas faire une démonstration, mais décrire ce qu'éprouve réellement tout lecteur, tout faiseur de vers. De plus, nous décrivons des mouvements de l'instinct, et non des démarches de la pensée logique : une description des objets que les sens n'atteignent point paraît toujours arbitraire ; une description des mouvements de l'instinct paraît toujours inexacte. Pour justifier la nôtre, il nous faut faire appel à l'expérience du lecteur, et nous le faisons en toute confiance. Cette remarque trouve sa place en ce passage, mais elle s'applique à toutes les pages de ce livre.
La différence des deux passages en question devient plus manifeste, si l'on y mesure les repos du discours non par l'addition des membres (étendue totale), mais par leur comparaison (étendue relative). La durée des repos de l'étendue relative est d'autant plus grande, que les deux membres sont plus exactement égaux. La plus grande durée possible est donc celle qui résulte de leur parfaite égalité, et ces repos très longs du discours entre membres égaux ont leur place marquée à la fin du vers, car la coupe finale du vers est la plus longue
de toutes ; il y a alors un accord complet entre le vers et le discours. C'est ce que nous trouvons au vers 9 : les deux membres qui définissent la durée du repos contiennent chacun 12 syllabes ; l'un d'eux occupe tout le vers 9, et l'autre tout le vers io. Aussi la versification nous paraît-elle, en cet endroit, régulière, attendue. L'impression est toute différente au vers 2, parce qu'il y a là contraste entre le discours et le vers. Le repos du vers est, comme au vers 9, la coupe finale. Mais le repos du discours est de très faible durée, parce que les membres sont très inégaux. Le premier (C'est alors) contient 3 syllabes, le second (Qu'élevant tout à coup sa voix désespérée), 12. Ainsi, pour l'étendue relative des membres comme pour l'étendue totale, les vers 2 et 9 ont un caractère différent, le premier de discordance, d'anomalie, le second de concordance, de régularité. Cette différence apparaît à première vue : mais après examen elle se précise, et peut même être traduite par des nombres. La différence des étendues totales est mesurée par celle des nombres i5 à i(\, celle des étendues relatives par celle des rapports 1 : (\ et 1:1.
Le passage d'Ovide nous offre une comparaison semblable à la précédente, entre les coupes finales des vers 3go et /jo/J. Le repos du vers dans les deux cas est important, il appartient à la première classe. Au vers 4o/j, la versification est normale, parce que le repos du discours est, lui aussi, de longue durée. Le premier membre comprend les vers ^02, 4o3, 4o4, le second, les vers !\oh, /jo6, ^07, 4o8. En additionnant ces deux membres, nous leur trouvons une étendue totale de 23 X 7 = 161 unités de durée; l'unité de durée est en effet la syllabe brève, et chaque vers en contient 23, si l'on compte comme brève la dernière syllabe. Quant à l'étendue relative, les deux membres sont à peu près égaux, car les 7 vers se répartissent ainsi : 3 au premier, 4 au second. Ce vers l\o!\ correspond au vers 9 de l'Expiation : le repos du discours, mesuré soit par l'étendue totale soit par l'étendue relative, y
Cahen. 9
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est très long, et il s'accorde avec le repos du vers. Au contraire, le vers 390 doit être rapproché du vers 2, car il contient la même discordance. L'étendue totale des deux membres n'est que de 33 durées de brève, 23 pour le premier, soit un hexamètre complet (Frigora dantrami, uarios humus umida flores), 10 pour le second (Perpetuum uer est), qui contient deux dactyles complets (A -t- 4) et la première moitié du troisième (2 durées de brève). Or, nous avons estimé à 2 vers complets la durée normale ou typique du repos du discours placé en fin du vers, la durée au-dessous de laquelle le versificateur ne peut descendre sans produire un contraste, une surprise : cette estimation s'applique à l'hexamètre dactylique latin aussi bien qu'à l'alexandrin français, et en général à tous les vers qui ont leur pleine indépendance, et ne s'associent pas en groupes ou systèmes. Le repos du vers 3qo est donc très court, si l'on considère l'étendue totale; il l'est aussi, si l'on considère l'étendue relative, c'est-à-dire l'inégalité sensible des deux membres. Cette brièveté fait contraste avec la longueur du repos du vers, et de ce contraste résulte la surprise.
L'impression de surprise n'est d'ailleurs pas la seule que fassent éprouver à notre sens rythmique les faits de versification anormaux tels que ceux des vers 2 (français) et 390 (latin). Elle est de beaucoup la plus importante pour nous, car elle nous est inspirée par la comparaison du discours et du vers, au moment où ces deux objets ont pour nous la même valeur, et s'imposent également à notre attention ; or c'est là le caractère propre de notre étude, d'observer le rythme du discours et le rythme du vers en même temps, et non pas l'un des deux à l'exclusion ou au détriment de l'autre. Les autres impressions rythmiques qui accompagnent celle de surprise sont pour nous accessoires, parce qu'elles se rapportent plutôt à l'un des deux rythmes pris à part. Il faut pourtant les signaler, ne fût-ce que pour les distinguer et les rejeter au second plan. Notre attention compare donc le repos du discours et le repos du
SURPRISE, ACCÉLÉRATION, RALENTISSEMENT l3l
vers, et recueille, le cas échéant, l'impression de surprise. Mais si elle se détourne vers l'un des deux termes comparés, l'effet de versification est alors apprécié pour ainsi dire d'une façon partiale, soit au point de vue du discours, soit au point de vue du vers. Nous ne faisons plus l'observation de deux rythmes combinés qui nous paraissent en désaccord (surprise) ou en accord (non surprise), mais celle d'un seul mouvement qui nous paraît accéléré ou ralenti. Par exemple, au vers 2 de V. Hugo, le repos du vers se rencontre avec un très faible repos du discours : il paraît raccourci d'autant, et le rythme du vers plus rapide ; par contre, cette courte pause du discours s'allonge grâce à la longue pause du vers qui l'accompagne, et le rythme du discours paraît ralenti. D'ailleurs, ces impressions sont des illusions ; le rythme du discours et le rythme du vers sont réellement indépendants : la durée réelle des repos du vers ne dépend que de leur place dans levers, et la durée réelle des repos du discours ne dépend que de la longueur des membres. Surprise, accélération ou ralentissement des rythmes, tel est en somme le contenu du fait de versification. Quant aux moyens par lesquels la voix du récitant traduit ces impressions complexes, ils varient suivant les idiomes et suivant les personnes ; il ne nous appartient d'ailleurs pas de les exposer (Sur tout ceci, v. encore la note p. 124).
Nous avons maintenant à comparer des faits de même nature, soit deux faits anormaux, soit deux faits normaux. Ces comparaisons auront le même résultat que la précédente. Elles démontreront que les ressemblances ou les différences perçues par nous dès le premier coup d'œil sont précisées et mesurées exactement grâce à l'estimation numérique des repos.
Les vers 11 et 18 de V. Hugo ont des repos entre propositions après la huitième syllabe. La coupe qui se trouve à cette place divise l'alexandrin en deux parties inégales : 8 syllabes ou les deux tiers pour la première, !\ syllabes ou un tiers pour la seconde. Elle correspond exactement à la coupe hephthémi-
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mère qui divise les unités rythmiques de l'hexamètre, c'est-à-dire les temps marqués, en deux groupes, dont le premier est double du second (4 H- 2). Par suite de cette analogie, et sans nous risquera l'analyse rythmique de l'alexandrin, nous adopterons le classement établi pour l'hexamètre, et nous classerons cette coupe à la huitième syllabe parmi les coupes du troisième degré. Le repos du vers en cette place est donc de faible durée. Or, dans les deux vers en question, il se rencontre avec un repos très sensible du discours ; dans l'un et dans l'autre, le lecteur perçoit une discordance et éprouve de la surprise. Mais en lisant ce passage, même pour la première fois, il fait une différence entre les deux vers : sa surprise est beaucoup plus grande dans le second que dans le premier. Cette différence se vérifie par l'étude réfléchie et le calcul. Il suffît de mesurer les deux repos du discours. Celui du vers 11 a pour premier membre Sauve qui peut ! affront, horreur ! et pour second membre toutes les bouches Criaient. Réunis, ces deux membres nous donnent une durée de 8 -+- 6 = i4 unités rythmiques. Un tel repos, dont les membres dépassent en longueur le vers alexandrin, est trop long pour un repos du vers du troisième degré : c'est ce désaccord qui produit la surprise. Mais il est bien plus accusé au vers 18. Celui-ci contient, entre couraient et En un clin d'œil le repos principal du paragraphe qui s'étend du vers 1 1 au vers 22. Les deux membres du repos du discours situé à cette place comprennent : le premier, les vers 11 à 17, plus le début du vers 18, c'est-à-dire (12 X7)-)-8 — 92 unités ; le second , la fin du vers 1 8 et les 4 suivants, soit 4 -f- (1 2 X 4) = 52, ensemble 92 — f- 5a = 1 44 unités, ou 12 fois la longueur de l'alexandrin. La différence d'anomalie ou de surprise des deux vers est donc mesurée par la différence des nombres i4 et i44; l'instinct nous avertit qu'elle existe et qu'elle est très forte, le calcul nous en apprend l'exacte mesure : si nous désignons par le nombre 1 la surprise du vers 1 1 , celle du vers 1 8 sera désignée par le nombre
10. Nous ne prétendons pas d'ailleurs qu'il y ait entre les deux impressions — et comment les mesurer? — la même proportion rigoureuse qu'entre les nombres (v. p. ^9, n. i).
Quant aux impressions secondaires d'accélération ou de ralentissement qui se manifestent dans les cas de discordance, qui modifient en apparence le rythme du discours par l'inlliKiicedu rythme du vers, et le rythme du vers par l'influence du rythme du discours, nous les rencontrons aux vers 1 1 et 18, et elles sont de même nature, puisqu'ils ont tous deux la même discordance. Mais en comparant l'un de ces vers au vers 2 signalé tout à l'heure, on voit qu'elles agissent cette fois en sens inverse. Au vers 2, le repos du vers est long : c'est la coupe finale, et le repos du discours est faible ; le repos du vers paraît donc abrégé, etle repos du discours paraît allongé ; (en d'autres termes, le rythme du vers paraît accéléré, et le rythme du discours ralenti). Au vers 18, le repos du vers est faible, et le repos du discours est long; c'est le repos du vers qui paraît allongé, et le repos du discours qui paraît raccourci. Pour terminer la comparaison des vers 11 et 18, nous remarquerons que la durée des repos du discours doit y être estimée uniquement par l'étendue totale des membres. Il n'y a pas à tenir compte de leur étendue relative ou de leur place, car ces deux éléments de mesure donnent à peu près le même résultat pour les deux repos. La relation des membres est 8 : [\ au vers
1 1, 92 : 52 au vers 18, environ 2 : 1 dans l'un et dans l'autre ; en outre, le plus long membre précède chaque fois le plus petit.
Les vers 392 et Sq^ d'Ovide peuvent être rapprochés des vers 11 et 18 de Hugo. Ils contiennent deux effets de versification qui se trouvent à la même place dans le vers, après le premier trochée. Cette coupe est de très faible durée, elle appartient à la dernière ou quatrième classe. Cependant on y rencontre dans les deux vers un repos du discours assez important. La surprise qu'ils font éprouver à l'auditeur a donc la même cause. Mais de plus, elle a presque la même intensité
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et l'on ne perçoit entre les deux exemples qu'une faible différence. Cette ressemblance apparaît plus clairement si on les mesure tous les deux par des nombres. Le repos du vers a été estimé tout à l'heure. Quant au repos du discours, sa durée est représentée au vers 392 par les membres quo dum Proserpina luco Ludit (premier) et et aut uiolas aut candida lilia carpit (second). Nous avons convenu de compter comme brève la dernière syllabe de l'hexamètre. Ces membres contiennent donc, le premier, 16 durées de brève, le second, 20. La durée du repos est mesurée, quant à l'étendue totale des membres, par le nombre 36. Si on cherche à la déterminer par l'étendue relative des membres et par leur place, on observe que les membres sont presque égaux (ils ne diffèrent que de A unités) et que le plus petit vient le premier. Au vers 3g/i, la durée du repos se traduit par des nombres voisins de ceux-ci. Les deux membres sont Dumque puellari studio calatliosque sinumque Implet (26 unités) et et aequales certat superare legendo (20 unités). Leur étendue totale est de ^6 unités, et leur égalité presque aussi parfaite qu'au vers 3q2. La seule différence notable des deux repos vient de la place des membres : le plus petit précède l'autre au vers 3û2, il le suit au vers 3g4- On sait que l'ordre ascendant diminue la durée du repos, et que l'ordre descendant l'augmente. Le repos du vers 3o/i est donc à cet égard plus long que celui du vers 3q 2, et comme le repos du discours le plus faible est ici le mieux d'accord avec le repos du vers, la discordance nous apparaît, grâce à l'estimation numérique, plus grande au vers 3g/i qu'au vers 392. A la différence dans l'ordre des membres s'ajoute d'ailleurs la différence, même très légère, des étendues totales, car l'étendue totale du repos du vers 39/i est supérieure de 10 unités. Si maintenant, avertis par cet examen détaillé, nous relisons attentivement les deux vers, nous observons qu'à la lecture même, le rythme du second est le plus surprenant. Il serait d'ailleurs facile de justifier cette différence par la nature des idées qu'il contient. Rapprochés
l'un de l'autre, ces deux vers prouvent, comme les précédents, que pour apprécier des nuances délicates, la mesure par nombres est d'accord avec le jugement de notre oreille, et en outre qu'elle lui donne plus de finesse et de précision.
Le progrès de l'instinct grâce au calcul, l'accord de l'un et de l'autre, nous l'éprouvons aussi en comparant deux faits de versification normaux, où le vers et le discours sont en harmonie, et qui n'éveillent en nous aucune surprise.
Tels sont les repos à la lin des alexandrins 20 et ai. Ils donnent à notre oreille la môme impression, et cette impression est celle d'un accord parfait entre le vers et le discours. Ils contribuent ainsi à composer le rythme de cette fin de période, rythme régulier et soutenu qui fait contraste avec celui des vers précédents. En calculant exactement leur durée, on voit se confirmer la ressemblance de ces deux repos, et leur caractère commun. Au vers 20, le premier membre s'étend des mots En un clin d'œil... aux mots ...la Grande Armée ; il comprend les vers 19 et 20, plus les 4 dernières syllabes du vers 18, soit 28 syllabes; le second membre comprend les vers 21 et 22 en entier, soit il\ syllabes, ensemble 52. Au vers 21, le premier membre est formé du vers 21 , le second du vers 22. soit chacun 12 syllabes, ensemble il\. L'étendue totale est donc au vers 21 juste suffisante, au vers 20 plusque suffisante, pour s'accorder avec le repos du vers ; quant à la différence des deux étendues, ou des nombres 52 et 24, nous n'y prêtons aucune attention, car seule nous intéresse en ce moment la relation du discours et du vers : or, cette relation est la même pour les étendues 2 4 et 52, c'est-à-dire celle d'une parfaite concordance. Le même accord s'observe si l'on considère la répartition de ces étendues entre les deux membres. Le repos du discours est le plus long possible, c'est-à-dire le plus convenable à la fin du vers, lorsque les deux membres sont égaux. Or, cette égalité est parfaite au vers 2 1 , et presque parfaite au vers 20. Quant à la place des membres, il n'y a pas de compa-
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raison possible à cet égard, puisque le repos du vers 21 n'a ni membre plus long ni membre plus court. Après estimation numérique, les deux faits de versification nous apparaissent donc presque semblables ; il n'y a naturellement d'identité parfaite que lorsque les nombres qui mesurent les deux repos à comparer sont exactement les mêmes. L'barmonie du discours et du vers est sensible au vers 20 aussi bien qu'au vers ai. Elle est toutefois atténuée très légèrement au vers 20 par l'inégalité des deux membres, qui raccourcit le repos du discours et le met ainsi en contraste avec le repos du vers. Ce détail est digne d'intérêt : il montre qu'un fait normal dans l'ensemble peut contenir une nuance d'anomalie.
Les faits que nous avons choisis dans le passage d'Ovide pour les adjoindre aux précédents sont aussi des faits normaux, en ce sens qu'ils ne retiennent pas par une violente surprise l'attention du lecteur. Cependant l'accord du discours et du vers y est beaucoup moins sensible. Ce sont les repos à la penthémimère des vers 386 et A02. Dès l'abord, on observe une différence entre eux : l'impression de surprise est plus marquée dans le premier que dans le second. Examinons-les de plus près, pour confirmer ce jugement sommaire. La penthémimère divise les temps marqués du vers en deux groupes égaux : elle appartient à la classe II. Quant aux repos du vers, celui du vers 386 a pour premier membre le vers 385 et une partie du vers 386 (Haud procul Hennaeis laças est a moenibus altae Nomine Pergus aqaae), pour second membre la fin du vers 386 et le vers 387 (non Mo plara Caystros Carmina cycnorum labentibus audit in undis) : d'une part 23-1- 10 = 33 durées de brève, d'autre part i3 -+- 23 = 36, ensemble 69, soit la durée de 3 hexamètres. Le repos du vers [102 a pour premier membre Raptor agit carras (10 unités) et pour second : et nomine qaemqae uocando Exhortatur eqaos (i3-h-io=23 unités), au total 33 unités. Ces deux durées dépassent celle que l'oreille s'attend à percevoir dans un repos intérieur au