NOTATION SIMULTANÉE DES DEUX RYTHMES
brèves, et encore peut-on négliger les longues, puisqu'elles se réduisent, si l'on veut, en brèves. Les nombres 10 et 19 ont donc un double sens. D'une part, ils représentent une certaine longueur de discours, c'est-à-dire une certaine durée du repos du discours. D'autre part, ils représentent une certaine longueur de vers, c'est-à-dire, puisque chaque longue et chaque brève du vers est suivie d'une coupe, l'espace compris dans le vers, entre deux coupes données. Voilà donc le contact établi entre les coupes et les nombres fournis par la mesure des membres.
Observons maintenant les enseignements que le nombre 10 nous donne par rapport au vers. Il ne permet pas de reconnaître que le membre Perpetuum uer est commence au début du vers et se termine à la penthémimère. En effet, on peut trouver d'autres groupes de 10 unités limités par d'autres coupes. Par exemple, les mots perpetuum uer est, au lieu d'être compris entre la première et la dixième durée de brève du vers : i — 2 — - 3 r * 5 6 1
W \J WW w ^ W W W\^ vj
Perpetuum uer est
peuvent être compris entre la quatrième et la quatorzième, c'est-à-dire entre la coupe après le premier dactyle et la coupe hephthémimère :
ri "I 2 3 4 r ,•; 6 î
I w^l ^ ^ w ^ ls> v \J *~i u
perpetuum uer est
Mais, grâce au nombre 10, nous sommes assurés que si le membre commence ou finit à telle coupe, il finit ou commence à telle autre. Si un membre de 10 unités commence au début du vers, il ne peut finir qu'à la penthémimère ; s'il commence après la quatrième durée de brève, il ne peut finir qu'à l'hephthémimère. Etant donnés le nombre 10, et une coupe, celle du début ou de la fin, on connaît l'autre coupe.
Mais cela ne suftit pas. Pour que la notation proposée ait la simplicité et les avantages prévus, il faut que le nombre
tout seul suffise à révéler la place exacte des coupes, en même temps que làlongueurdumembre.C'estlàmaintenantunecondition facile à remplir. Si, par l'effet de certaines conventions, le nombre des unités contient en lui-même la mention d'une des deux coupes, l'initiale ou la finale, il nous désigne en même temps l'autre, c'est-à-dire les deux, et nous apprend à lui seul tout ce qu'il nous faut savoir, soit pour le repos du discours, soit pour le repos du vers. Par exemple, je conviens que les membres sont toujours supposés commencer avec le vers, à moins d'indication contraire. Alors, le nombre 10 signifiera que le membre qu'il représente a une longueur de 10 unités, qu'il commence au début du vers, et finit à la penthémimère. De môme, le nombre 1 9 signifiera que le membre qu'il représente, par exemple
Silua coronat aquas cingens latus orane
commence au début du vers, et finit au cinquième trochée. En d'autres termes, l'avantage de cette convention est que le nombre qui indique la longueur du groupe d'unités dans le discours indique en même temps la place qu'il occupe parmi les unités du vers ; cette coïncidence serait naturellement impossible, si les unités rythmiques du discours n'étaient pas les mêmes que celles du vers.
Les conventions telles que la précédente ne peuvent d'ailleurs être contenues dans le nombre lui-même ; elles sont indiquées par des dispositions accessoires, qui s'ajoutent au nombre et le transforment en signe. Voici les dispositions qui nous ont paru les plus simples, pour représenter au moyen d'un seul signe la longueur d'un membre quelconque et en même temps la place qu'il occupe dans le vers. Le signe comprend deux chiffres ou groupes de chiffres : l'un écrit en grands caractères (grand chiffre), l'autre en petits caractères (petit chiffre ou exposant). En observant toutes les places qu'un membre quelconque peut occuper dans le vers ou dans la suite des