FORMULE
suffît à indiquer lequel représente le premier membre : il convient de donner à celui-ci toujours la première place, à gauche de l'autre. Ainsi; la disposition des signes reproduit celle des membres. Le lecteur aperçoit d'abord le signe du premier membre : de même, en lisant la période, il aperçoit d'abord ce premier membre lui-même ; par rapport au repos, le signe du premier membre est à gauche, et le signe du second à droite ; de même, dans la période, le premier membre est placé à gauche du repos, et le second membre à droite. Soit le groupe de signes i,o10 : nous sommes avertis par la place des signes que le membre o10 est le second ; la coupe qui entre dans la définition du fait de versification est la coupe finale du vers ; quant à la longueur des membres, elle est d'un vers entier ou 23 unités pour le premier, de 10 unités pour le second, au total de 33 unités. Les membres représentes par les signes en question se trouvent aux vers V, 390-391 :
Frigora dant rami uarios humus umida flores | Perpetuum uer est.
Pour obtenir une image complète du fait de versification , il ne reste plus qu'à intercaler entre les deux signes o10 et 13o10 un signe accessoire, propre à indiquer la relation qui les unit. En effet, le lecteur qui les considère tels qu'ils sont écrits plus haut : 1 ,o10, demeure hésitant : il croit voir les signes de deux membres indépendants, qui appartiennent à des repos différents, ou même les signes de deux parties d'un membre, qui ont été traduites l'une après l'autre, et qui doivent être par la suite réunies en un membre complet i10.
Pour faire disparaître cette incertitude, et pour faire reconnaître les membres appartenant au même repos, nous avons convenu de réunir les signes qui les représentent par le signe qui indique l'égalité ou l'inégalité : =, quand les deux membres sont égaux; <, quand le premier est plus petit ; et >, quand il est plus long. La durée du repos du discours
dépend, on l'a vu, de la longueur relative des membres, et de la place des membres inégaux ; les signes intermédiaires choisis ont donc un avantage précieux : à eux seuls, ils nous font connaître dans une certaine mesure le repos du discours : l'indication qu'ils contiennent est incomplète sans doute, mais nous l'obtenons très rapidement, avant même d'avoir aperçu les signes principaux qui traduisent la longueur des membres.
Le signé complet du fait de versification, composé des deux signes et du signe intermédiaire, nous l'appelons formule. Avec les signes o10, 13o10 et < (inégalité avec le plus petit membre en tête), on compose la formule o10 <C 13o10 ; avec les signes i, o10 et >, la formule i > o10.
Voici d'autres formules, où figure le signe de l'égalité •=. Prenons le repos à la lin du vers 4oo :
Tantaque simplicitas puerilibus adfuit annis | Haec quoque uirgineum mouit iactura dolorem
Chacun des deux membres occupe un vers entier ; ils se traduisent tous deux par le signe i, et la formule complète s'obtient en réunissant les deux signes par le signe accessoire = : i = i. Le vers VI, 43 contient aussi un groupe de deux membres égaux, mais tous deux très courts :
[Tum dea] uenit | ait [formamque remouit anilem]
ri 1 2 | 3 r— — 4 — s — « 1
Les deux membres appartiennent à la catégorie 3, et se traduisent selon les conventions propres à cette catégorie (p. 157). Le premier s'étend de la fin du premier dactyle, désignée par le nombre 4 dans le tableau p. 1 55, à la fin du deuxième trochée (nombre 7). Il est représenté par le signe o4-7. Le second membre, qui s'étend du même point à la penthémimère (nombre 10) a pour signe o7-10. Ces deux membres sont égaux, puisqu'ils contiennent le même nombre d'unités rythmiques ; le signe intermédiaire qui leur convient
SES AVANTAGES I 6g
est le signe =, et l'on obtient ainsi la formule o4-7 == o7 i0.
Tous les faits de versification peuvent être représentés par une formule, et dans le dictionnaire où ces faits sont réunis, les formules remplaceront les titres en langage ordinaire. Elles présentent, semble-t-il, tous les avantages que nous espérions trouver dans l'emploi d'une notation conventionnelle. Les mêmes signes font connaître à la fois le repos du discours et le repos du vers. Les différentes coupes sont désignées par des signes de même nature. Enfin, les membres qui définissent le repos du discours sont représentés de telle façon que l'on reconnaît à la fois le nombre de leurs unités rythmiques, et leur place dans le vers. Les signes qui les traduisent intéressent non seulement l'intelligence, mais l'imagination. En même temps que l'esprit enregistre la longueur du membre o10, les yeux voient le membre lui-même se développer entre le début et le milieu du vers. A l'aspect du signe i , sans exposant, nous imaginons un vers indépendant, occupant une ligne entière, et à l'aspect du signe l3o10, deux groupes de mots séparés par la fin du vers et répartis entre deux lignes différentes. Grâce au secours de l'imagination, l'effort de mesurer la longueur des membres, pour connaître un fait de versification ou le comparer à d'autres, est moins rebutant qu'il ne le serait si l'on combinait des données entièrement abstraites, comme les nombres 10, 23, etc.
Gomme les signes que nous proposons sont enregistrés par l'œil aussi bien que par l'esprit, ils deviendront rapidement familiers au lecteur ; il saura bientôt reconnaître le membre traduit par un signe donné, et attribuer à un membre donné le signe qui lui convient. Pour exposer les principes de la notation, il nous a fallu employer beaucoup de mots, parce que la définition d'un signe est toujours longue, et d'autant plus longue, que le signe a un contenu plus riche ; mais ces principes en eux-mêmes sont peu nombreux et simples.
L'unité et l'absence de disparates, par lesquelles le langage
conventionnel nous paraît l'emporter sur le langage ordinaire, en sont, en théorie, les avantages les plus précieux. L'économie de place, de mots, de symboles, d'opérations mathématiques, qu'il permet de faire, et qu'il faut signaler aussi, ne se manifeste que dans la pratique, dans l'usage quotidien. Prenons comme exemple les vers V, [\02-l\o3
Raptor agit currus | et nomine quemquc uocando Exhortatur equos
La définition du fait de versification au moyen de mots est longue ; la voici : le premier membre comprend le début du vers jusqu'à la penthémimère ; le second comprend la fin du vers et le début du suivant jusqu'à la penthémimère. La définition au moyen des figures usitées d'ordinaire est longue aussi :
La « formule » o10 < 13o10 est beaucoup plus courte ; de plus, une fois les principes de la notation bien connus, elle dispense de toute figure, de tout exemple. On peut concevoir d'ailleurs d'autres membres, pour lesquels la définition par mots ou par figures s'allonge encore, et de beaucoup ; la formule, au contraire, quel que soit le membre, ne change ni de composition, ni d'étendue. Supposons enfin que l'on veuille estimer le repos du discours, c'est-à-dire la longueur des membres. La définition par mots ne permet pas du tout de connaître cette donnée; il faut y suppléer au moyen des figures. Quand on possède celles-ci, quand on a écrit la succession des brèves et des longues, il faut, tout en observant la différence des unes et des autres, faire autant d'additions qu'il y a de syllabes. L'opération est beaucoup plus simple, si l'on part de la formule. Elle se fait en additionnant les exposants, qui ne sont jamais plus de quatre ; dans l'exemple cité : 10 -h(i3 -+- 10) = 33. Quand on rencontre un grand chiffre autre que o, on en ajoute la valeur aux exposants ; comme le vers contient 2 3 unités