ATTRIBUTION DU SIGNE D ÉGALITÉ I
Chaque membre comprend un des deux premiers hémistiches ternaires, c'est-à-dire 2 temps marqués. Le nombre des durées de brève diffère : 6 pour le premier, 8 pour le second. La formule se compose des signes o6 et o6~14. Même contradiction dans le groupe composé des deux derniers hémistiches ternaires :
3°) qua ter'ra patet' | fera re'gnat Eri'nys
(i, a4i.) traduits par les signes or>~u et 9o.
Au contraire, il y a égalité quant au nombre des durées de brève, et inégalité quant au nombre des temps marqués, dans
les groupes suivants :
[audiat istas] Si'qua tibi' nurus est' | siqua est' tibi fi'lia [uoees]
[te sciliect omnis in uno Nostra salus posita est ait] et' subit ip'se meum'que Ex'plet opus' | Naxo'quc petit' diucr'sa relic'ta
Dans le premier, le premier membre contient 10 durées de brève à partir du début du vers (o10), le second 10 durées de brève à partir de la penthémimère (o10-0) ; le premier 3 temps marqués, et le second 2. Les membres du second groupe s'étendent, le premier, de la coupe après le troisième dactyle à la fin du vers (11 durées de brève) et à la trihémimère du vers suivant (6 durées de brève): il se traduit par le signe no6 ; le second comprend la fin de ce dernier vers, soit 17 unités: il a pour signe 17o ; quant aux temps marqués, on en trouve 5 dans le premier membre et 4 dans le second.
Ce sont les exemples des deux dernières classes qui sont instructifs pour nous , et qu 'il faut observer pour décider lesquels donnaient aux auditeurs latins l'impression d'égalité la plus nette. A cet égard, l'instinct rythmique d'un Français ne lui fournit aucun enseignement : les vers français n'ont point de
temps marqués1, et nous sommes incapables d'éprouver par nous-mêmes comment les Latins percevaient à la fois les éléments métriques (temps marqués) et rythmiques (unités de durée), distinguaient entre eux, et au besoin préféraient l'un à l'autre. Faute d'expérience, il faut recourir au raisonnement: nous avons beaucoup de raisons de croire que les temps marqués avaient plus d'importance pour les Latins que les unités de durée, et qu'un nombre égal de temps marqués était par suite la condition nécessaire et suffisante de l'égalité des membres.
Les temps marqués, par leur nombre fixe et leurs intervalles réguliers, constituent le rythme du vers. Or, le rythme du vers est l'élément essentiel du discours en vers, qui, sans lui, se confondrait avec la prose. Toute personne qui aime les vers, qui apprécie et veut faire apprécier l'art du poète, les récite en mettant ce rythme bien en lumière. Sans doute, quand les Latins déclamaient leurs vers, ils dirigeaient leur voix de manière à signaler les temps marqués, qui se détachaient, en quelque sorte, sur le cours uniforme des syllabes. Ce sont ces appuis de la voix qui, chez l'auditeur, dominaient les autres impressions de l'oreille. A la vérité, il ne nous paraît pas permis d'affirmer, que le récitant signalait partout les temps marqués par des inflexions également frappantes du débit. On peut même croire qu'il ne le faisait pas, car le retour régulier des mêmes inflexions eût bientôt lassé l'oreille. Mais il n'est pas douteux que l'auditeur, accoutumé au rythme de l'hexamètre, n'en avait pas moins les temps marqués présents à l'esprit, qu'il les plaçait à l'endroit convenable, et leur attribuait une part prépondérante d'attention. C'est pourquoi, dans un groupe de deux hémistiches :
Fri'gora dant' rami' | uarios' humus u'mida flo'res
1 . Ou du moins, point de temps marqués d'une nature purement métrique et indépendants du discours, comme le sont ceux des vers latins (v. Introduction, p. a5, n. 1).