TEMPS MARQUES OU DUREES DE BREVE I
OU
Si'gna dedi' | uenis'se deum'
l'égalité du nombre des temps marqués était plus frappante que l'inégalité du nombre des unités rythmiques, et la symétrie des membres se trouvait parfaitement assurée. Au contraire, le groupe
Si' qua tibi' nurus est' | si qua est' tibi fi'lia
produisait un effet de disparate : l'inégalité y prévalait sur l'égalité.
Ainsi, en observant les éléments qui constituent l'hexamètre, nous sommes conduits à penser, que la symétrie des membres était plus manifeste dans les groupes de la seconde classe (égalité quant aux temps marqués, inégalité quant aux unités de durée rythmique) que dans ceux de la troisième (égalité quant aux unités de durée rythmique, inégalité quant aux temps marqués). L'observation des hexamètres qui composent les Métamorphoses confirme cette conclusion. Dans toute composition littéraire, discours ou poème, on trouve un grand nombre d'antithèses; nous désignons par ce mot, en lui donnant un sens très étendu, toutes les notions qui, se complétant, supposant, présentent à l'esprit une symétrie évidente. Ces antithèses sont particulièrement nombreuses chez les Latins et les Grecs qui ont reçu la culture dite rhétorique, et par conséquent chez Ovide. Naturellement, la correspondance des idées se manifeste dans la forme, et plus précisément dans le rythme. Elle se traduit à l'oreille par l'égalité des membres correspondants. Cette harmonie du fond et de la forme existe chez les Français ; elle ne pouvait manquer de se présenter aussi chez les Latins. Ceci admis, revenons aux deux rythmes qu'il s'agit de comparer : celui où les membres ont le même nombre de temps marqués avec un nombre différent d'unités, et celui où les membres ont le même nombre d'unités avec un nombre différent de temps marqués. S'ils sont également propres à
Gaiii.n. ia
assurer la symétrie de forme qu'exigent les antithèses, celles-ci doivent être réparties à peu près également entre l'un et l'autre ; si la symétrie des membres est mieux marquée dans l'un que dans l'autre, c'est le premier qui recevra le plus d'antithèses, et, puisque les antithèses sont très nombreuses, c'est celui-là qui sera le plus usité. Or, si l'on compare les exemples de la seconde et de la troisième classe, tels qu'ils se trouvent dans les Métamorphoses, on découvre un résultat surprenant. Les premiers sont très fréquents : on en trouve 5/j8 pour un seul genre de groupes, ceux dont les membres comprennent ensemble un vers entier, et se rejoignent à la penthémimère ; signes, o'°, 13o, exemple :
Fri'gora dant' rami' | uarios' humus u'mida flo'rcs
Les autres sont très rares, une douzaine en tout. Puisqu'il faut à l'expression de la pensée des rythmes symétriques, et en grand nombre, nous pouvons conclure de cette rareté que l'égalité du nombre des unités de durée rythmique toute seule n'assurait point la symétrie, et même qu'elle n'était point agréable. Il suffisait au contraire que le nombre des temps marqués fût le même dans les deux membres, pour que leur symétrie se trouvât bien établie.
Ces membres sont donc les seuls qui, traduits en langage conventionnel, doivent recevoir le signe d'égalité =, et nous réglerons l'emploi de ce signe selon le nombre des temps marqués, non selon le nombre des durées de brève. Si les membres ont un nombre égal de temps marqués, ils seront séparés par le signe == ; si le premier en compte plus que le second, on emploiera le signe de l'inégalité descendante >> ; si le second en compte plus que le premier, on emploiera le signe de l'inégalité ascendante <\ Les membres
Fri'gora dant' rami' | uarios' humus u'mida flo'res seront traduits par la formule : o10 = 13o, les membres Si'gna dedi' | uenis'se deum'