SIGNES DES REPOS INDETERMINES I
parla formule o6 = o6-1\ C'est au contraire le signe >- qui doit prendre place dans les formules : o10 > o10-0
Si'qua tibi' nurus est' | siqua est' tibi fi'lia
et no6>17o
et' subit ip'se meum'que Ex'plet opus' | Naxo'que petit* diuer'sa relic'ta
On applique la même règle aux groupes très rares dont un membre comprend un seul temps marqué, et l'autre aucun :
Tur'n(e) | ait
(XIV, 54o.)
(formule : o2 > o2-\ en négligeant pour le moment l'élision)
ou :
sine | me [dare lumina terris]
(II, i4g.) (formule : o10"2 < o12-').
A considérer ensemble les exemples que nous venons de signaler, on voit qu'ils présentent une particularité remarquable : les membres y sont à la fois égaux et inégaux. Le conflit des temps marqués et des unités de durée produisait assurément à l'oreille une sorte de disparate. Cette disparate était-elle fortuite ou calculée, était-elle effacée parla voix, ou persistait-elle pour remplir dans le rythme du groupe une certaine fonction, ce sont là des questions dignes d'étude. Nous ne pouvons y donner attention maintenant, parce qu'elles sont hors de notre sujet, et parce quelles exigent une étude détaillée des exemples. Mais nous avons essayé de résoudre la première dans un travail distinct'.
e) Signes du repos indéterminé et de l'élision . Il faut maintenant signaler au lecteur les membres qui ne
1. La thèse complémentaire, présentée en môme temps que celle-ci, sous le titre : Mensura rythmiea cum melrica comparatur. Exempla petuntur ex Ouidi Metamorphoseon libris.
l8o PROJET D'UN DICTIONNAIRE
peuvent être traduits par les notations qu'il connaît, et pour lesquels nous avons besoin de signes nouveaux.
Tels sont par exemple les membres des repos que nous avons appelés tout à l'heure (p. io3) indéterminés . On trouve un repos de ce genre à la penthémimère du vers V, 3oi .
Perpetuum uer est | Quo dum Proserpina luco Ludit
La durée de ce repos est indéfinie, elle ne peut être mesurée. En effet, la mesure des repos dépend de la relation des membres ; elle s'obtient en ajoutant les deux groupes d'unités l'un à l'autre, ou en les comparant ensemble. Or le membre qui finit par les mots ...Perpetuum uer est et celui qui commence par les mots Quo dum Proserpina... sont, à cause de leur grande étendue, complètement indépendants ; l'oreille n'établit entre eux aucune relation ; elle n'en observe ni l'étendue totale, ni l'étendue relative, ni l'ordre. En tant qu'éléments de mesure du repos qui les sépare, ces deux membres sont indéterminés, et le repos lui-même est indéterminé comme eux.
Il est impossible de représenter les membres indéterminés par des nombres, qui ne conviennent qu'à des groupes d'unités définis : on ne peut donc trouver dans la formule des repos indéterminés ni grands chiffres ni exposants. Il faut renoncer au signe intermédiaire d'égalité ou d'inégalité : il indique une relation des membres qui dans le cas présent n'existe pas. Nous essaierons de trouver pour ces repos une formule, non seulement exacte, c'est-à-dire propre à reproduire les impressions recueillies par l'oreille, mais encore expressive, c'est-à-dire qui les figure, pour ainsi parler, à l'imagination. Aux membres indéterminés, il convient d'attribuer un signe qui n'a par lui-même aucun sens: ce sera le trait — . Quant au repos du vers, faute de pouvoir le désigner par les
SIGNE DE l'ÉLISION-APOCOPE l8l
exposants des membres, il est nécessaire de lui attribuer un des symboles proposés tout à l'heure (p. i63) pour représenter les coupes indépendamment du repos du discours, et qui contiennent la lettre x, majuscule ou minuscule, avec ou sans exposant à droite. Ce symbole sera intercalé entre les traits qui désignent les membres. Ainsi, la formule du repos indéterminé à la penthémimère, tel qu'on le trouve au vers 39 1, est — x10 — . Si le repos indéterminé était à la fin du vers, la formule serait — X — .
Les repos accompagnés d'élision exigent, comme les repos indéterminés, un examen particulier et des notations spéciales. Le nom d'élision, appliqué à la langue latine, désigne plusieurs faits différents : « L'élision [du latin] réunit en ses effets les quatre affections de la langue grecque : Synalèphe, Crase, Aphérèse et Apocope. Mais, en l'examinant de plus près, on voit s'accuser des différences analogues à celles du grec. » W. Christ, Metrik der Griechen und Rômer* ; Leipzig, Teubner, 1879; pp. 36-37) '• ^ ^au'; donc considérer successivement les différentes espèces d'élisions.
i° Élision-apocope.
« Quand la première des deux voyelles en contact appartenait à lune des particules que, uë, ne, il y avait, semble-t-il, apocope du premier mot » (Ib.).
Ainsi, dans le vers
Adspicio noscoque adeunt regcmque salutant
la voyelle e de que n'était ni prononcée, ni entendue ; elle n'existait pas. Nous avons à tenir compte de cette suppression
1. Voyez encore: Plessis, Métrique grecque et latine, ire éd., pp. i5, 16, 79.
l82 PROJET DUN DICTIONNAIRE
pour établir les deux éléments du fait de versification, le repos du discours et le repos du vers. Pour le repos du discours, il nous faut mesurer la longueur des deux membres. Le second membre n'est pas affecté par l'élision ; il comprend i3 unités rythmiques : 13o; le premier se trouve diminué par l'élision de la syllabe que ; celle-ci étant considérée comme inexistante, il reste 10 unités rythmiques: o10. Quant à la coupe du vers qui sépare les deux membres, c'est, sans hésitation possible, celle qui divise les 23 unités du vers en io-f-i3, c'est-à-dire la penthémimère. Ainsi, dans l'élision par apocope, le fait de versification se définit aisément : il suffit de supprimer par la pensée la syllabe élidée.
Reste à avertir le lecteur de cette suppression, par un signe qui complétera la formule, et dénoncera le caractère particulier de l'exemple. Nous choisissons, pour représenter la syllabe absente, le signe qui, en français, indique l'élision de ne, que, etc., c'est-à-dire l'apostrophe '. Elle se place après l'exposant du premier membre. La formule qui traduit le vers cidessus est donc :
2° ËlISION- APHÉRÈSE.
« Quand la deuxième voyelle appartenait aux petits mots est, es, iste, in, il y avait, au contraire, aphérèse du second mot » (Ib.).
Le nombre des mots qui subissaient l'aphérèse est d'ailleurs douteux (v. Stolz. Historische Grammatik der Lateinischen Sprache, Bd. 1, p. 202). Il paraît préférable de limiter cette affection aux formes est et es. D'ailleurs, nous ne la mentionnons ici que pour mémoire, pour accommoder ces remarques au plan d'une étude complète des élisions. En effet, Télisionaphérèse ne se rencontre pas dans les repos entre propositions
ELISIONSYNALEPHE
des Métamorphoses, du moins dans ceux auxquels nous limitons notre étude.
3° Elision-synalèphe.
« Dans tous les autres cas, il se produisait une confusion des voyelles analogues à la synalèphe grecque... Mais tout se passait toujours comme si la première des deux voyelles était purement et simplement éliminée » (Ib.)1.
Prenons comme exemples les vers :
Et finxit uultum et meruit formosa uideri
(IV, 3ig.) Et dici potuisse et non potuisse refelli
0, 75g-) Nous ignorons comment les groupes de lettres imprimés en italiques étaient prononcés par les Latins, et à la vérité nous n'avons pas besoin de le savoir. Pour déterminer le fait de versification soumis à notre étude, nous pouvons traiter ces vers comme s'ils renfermaient une élision-apocope, et les remplacer par les suivants :
Et finxit uult | et meruit formosa uideri Et dici potuiss | et non potuisse refelli
Cependant, la détermination qui nous importe est plus difficile que dans le cas de l'apocope, et ne se fait pas de même dans tous les exemples.
i. Cette atténuation ou quasi-disparition de la première des deux syllabes en contact, est affirmée aussi par L. Muller (De lie Metriccfi, p. 220) et par M. Plessis (Métrique, p. i5). Nous l'admettons sur leur autorité, et c'est sur ce principe que reposent tous les développements qui vont suivre. Mais il nous paraît possible qu'un examen nouveau des faits grammaticaux, prosodiques et métriques relatifs à l'élision conduise ;i modifier le principe admis : les conclusions que nous en avons tirées devraient être modifiées en conséquence. Nous n'oublions pas d'ailleurs, que les faits sur lesquels ces conclusions sont fondées sont peu nombreux (il n'y a que 11.") élisions entre propositions dans les Métamorphoses), et nous n'ignorons pas ce qu'elles ont de superficiel et de provisoire. Il nous a fallu prendre parti dans une question difficile sans pouvoir en faire l'étude complète.
l8/| PROJET DUN DICTIONNAIRE
La difficulté apparaît en considérant, non pas la syllabe élidée, mais la syllabe (ou, dans les vers cités, le mot) qui la suit. Ce mot a une tendance manifeste à se détacber du second membre, auquel il appartient parla syntaxe, et à se rattacher au premier. En effet, le premier et attire le second : dès que nous avons pris connaissance de Vet qui commence le premier membre, nous savons qu'un autre et figurera en têle du second. De plus, le mot élidé attire à lui le mot sur lequel il s'élide : quelle qu'ait été la prononciation exacte des syllabes tum de iialtum et se de potuisse, la voix avait en quelque sorte besoin de la syllabe suivante, et Fallait chercher, soit pour appuyer les consonnes devenues finales, si la voyelle élidée disparaissait entièrement, soit pour justifier l'altération de celle-ci, si elle subsistait sous une forme quelconque. La distraction du second et est d'autant plus facile, qu'elle ne nuit point au second membre, dont la construction et le sens demeurent irréprochables, une fois la conjonction disparue. Ainsi, dans les exemples qui précèdent, et dans tous les vers de même nature, le récitant pouvait sans absurdité adjoindre au premier membre la première syllabe du second, et la présenter au lecteur de telle façon, qu'elle parût faire réellement partie de ce premier membre. Cette attribution avait pour effet de remplacer la syllabe élidée par la suivante, nous dirons plus brièvement de compenser l'élision. Le point de séparation des membres était alors reporté après le second et : Et finxit uult et | meruit formosa uideri
La compensation par adjonction de la syllabe élidante se faisait-elle dans tous les cas, ou dans quels cas seulement, voilà ce que nous devons rechercher maintenant.
Il est évident, en effet, que la compensation modifie les caractères du fait de versification, c'est-à-dire la coupe du vers et la longueur des membres. Mettons en parallèle l'élision compensée
Et finxit uult et | meruit formosa uideri
DIFFICULTÉ QUELLE PRÉSENTE l85
et l'élision non compensée :
Et finxit uult | et mcruit formosa uideri
Dans le premier vers, la coupe oui divise les membres est séparée par 10 unités de durée du début du vers : c'est donc la penthémimère ; dans le second, elle n'en est séparée que par 8 unités : c'est la coupe après le deuxième dactyle. Voici maintenant pour le repos du discours : réunis, les membres comprennent dans les deux vers 23 unités, et 6 temps marqués ; mais la répartition de ces éléments n'est pas la même dans l'un et dans l'autre. Le premier vers comprend un membre de io unités et un de i3 ; chacun d'eux contient le même nombre de temps marqués, soit 3, et ils donnent à l'oreille une impression d'égalité. Le second comprend un membre de 8 unités et. un de i5 ; de plus, l'inégalité se manifeste dans la relation des temps marqués, car ils sont répartis en 2-1-4- Les deux vers nous présentent donc en réalité deux faits de versification différents. La notation de ces faits doit être différente comme leur nature. La formule du premier se compose des membres o10 et ,3o séparés par le signe d'égalité =., celle du second des membres o8 et 15o séparés par le signe de l'inégalité ascendante <\ Leur place dans le dictionnaire où sont réunies toutes les rencontres du d:«cours et du vers doit être différente aussi. Il est donc indispensable, d'établir si dans un exemple donné la syllabe élidante est attribuée au premier membre ou au second.
Les vers cités plus haut p. i83, c'est-à-dire IV, 3iq et I, 759, nous présentent les deux solutions différentes : l'élision doit être compensée dans le premier, et elle ne doit pas l'être dans le second. Comparons-les ensemble, et observons d'abord le premier.
Dans celui-ci (IV, 3 19), un Latin avait en quelque sorte le choix de percevoir l'un ou l'autre des deux faits de versification que voici :
Et fmxit uull j cl meruit fofmosa uideri Et finxil uull et | meruit formosa uideri
puisque le second et pouvait être rattaché à volonté au premier membre ou au second. Ces faits de versification se traduisent, comme nous venons de l'indiquer, parles formules o8 < 1bo et o10 — 13o. Or le premier était, pour une oreille latine, beaucoup plus insolite et plus surprenant que le second. Dans l'Introduction, en considérant les vers indépendamment des mots qui les composent, nous avons remarqué que la division normale d'un groupe de 23 unités ou de 6 temps marqués est au milieu du groupe, après les 3 premiers temps marqués : c'est en cet endroit que d'instinct l'esprit s'arrête. L'expérience confirme d'ailleurs la théorie : la division du groupe en deux parties égales, est non seulement la plus satisfaisante, mais encore la plus fréquente. Le lecteur en trouvera plus loin la preuve (comparer dans le Dictionnaire les nos ^28 et 937. Ainsi, la coupe penthémimère (a?10), qui se place au milieu du vers, et appartient à la seconde catégorie, paraissait plus convenable au repos du discours défini par le groupe d'unités Et jinxit... uideri, que la coupe au deuxième dactyle (a?8), qui se place entre les 2 premiers temps marqués et les l\ autres, et qui appartient à la troisième catégorie. Mais l'auditeur avait encore un autre motif de préférer la coupe penthémimère à la coupe au deuxième dactyle : c'est que la première est au milieu d'un pied, et la seconde à la fin. Or, les repos après le temps marqué sont de beaucoup les plus fréquents. Si l'on prend en particulier les coupes de la deuxième et de la troisième catégorie, on s'aperçoit que les coupes à la fin du pied ne reçoivent presque jamais un repos du discours de quelque importance ; seule la coupe bucolique ' fait exception à cet usage.
1. J'emploie le mot coupe pour designer toutes les places du vers où la voix ménage et où l'oreille perçoit un repos, et non pas seulement celles où les repos