ATTRIBUTION DE LA SYLLABE ÉIIDANTE
Ainsi, lorsque la division du groupe rythmique était incertaine, comme au vers IV, 3i(), si l'auditeur demeurait hésitant entre la penthémimère a?10 et la coupe après le second dactyle x8, il se laissait conduire par l'agrément et par l'habitude, et il choisissait la première. Cette décision paraît tout au moins la plus vraisemblable. Pour représenter par écrit les impressions auditives qu'éprouvait un Latin en entendant le vers IV, 3i9, il faut écrire ce vers en marquant la division principale à la penthémimère :
Et finxit uult et | meruit formosa uideri
et pour les traduire en langage conventionnel, c'est la formule o10 = 13o qui doit être choisie.
Au vers I, 759, l'auditeur avait également le choix entre deux impressions auditives différentes ; il pouvait accepter le repos principal à la penthémimère (a;10) :
Et dici potuiss | et non potuisse refelli
ou le reporter au troisième dactyle (a;12), en annexant le second et au premier membre :
Et dici potuiss et | non potuisse refelli
C'est encore ici la penthémimère qui lui paraissait préférable. Il est vrai, les deux coupes mises en concurrence assurent la même répartition des temps marqués en deux groupes égaux, et à ce titre, elles sont également agréables à l'oreille. Mais la penthémimère se place après un temps marqué, et par là, elle se prête beaucoup mieux à recevoir un repos du discours bien sensible, dont les membres contiennent 6 temps marqués ou 23 unités rythmiques. En fait, les repos entre propositions au troisième dactyle sont fort rares (v. Dictionnaire, n08 7^2 à 757) : si le poète les évitait, c'est que
sont les plus fréquents et les plus importants. En ce sens, il est permis de parler d'une coupe bucolique comme d'une coupe au premier trochée.
ses lecteurs ne les recevaient pas volontiers. Ainsi, l'interprétation la plus vraisemblable du vers par une oreille latine est la première :
Et dici potuis^ | et non potuisse refelli
Elle correspond à la formule o10=:,3o.
Dans les deux vers pris comme exemples, l'auditeur préférait la même coupe, la penthémimère, et pour les mêmes motifs. Mais cette préférence l'obligeait d'établir une répartition différente des mots entre les membres : au vers IV, 3 19, il annexait le mot élidant et au premier membre, pour compenser la syllabe élidée ; au vers I, 759, il ne cherchait pas à compenser l'élision, ni à allonger le premier membre en usurpant Yet initial du second. Quant à nous, notre objet est de reconnaître et de reproduire aussi exactement que possible les impressions auditives éprouvées par les lecteurs des Métamorphoses. 11 faut donc, lorsque le groupement des mots en membres est incertain, conformer notre jugement à celui du lecteur. Dans les vers semblables au vers Et Jînxit..., nous attribuerons la syllabe élidante au premier membre; dans les vers semblables au vers Et dici..., nous l'attribuerons au second.
Il reste maintenant à tirer des deux exemples qui précèdent une règle générale, pour distinguer les vers qui relèvent de l'un ou de l'autre, et pour appliquer à chaque cas particulier le traitement qui lui convient. La voici. On traitera la syllabe élidante comme une partie du premier membre, en d'autres termes, l'élision sera compensée, si la compensation est souhaitable et possible. Elle est souhaitable, si elle présente à l'oreille du lecteur un fait de versification plus familier, plus agréable ; elle est possible, si la syllabe élidante se laisse aisément détacher de la proposition à laquelle elle appartient.
On remarquera que nous employons le terme « fait de versification », et non le terme « coupe ». En effet, si on prend