‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 8 sur 270 · ÉNONCÉ DU PROBLÈME · texte numérisé non relu

ÉNONCÉ DU PROBLÈME

Excutit obscura tinctas ferrugine habenas, | 4o5 Perque lacus allos et olentia sulphure fertur Stagna Palicorum rupta f'cruenlia terra, | Et qua Bacchiadae, bimari gens orta Corintbo, Inter inaequales posuerunt moenia portus.

(Metam., V, 385-4o8).

Dans ces vers, les repos entre propositions se rencontrent tantôt à la fin du vers (vv. 387, 38g, 3oo, etc.), tantôt à la coupe penthémimère (vv. 386, 3gi, 4o2, etc.), tantôt à l'hcplithémimère (v. 3q6), tantôt après le premier trochée (vv. 3q2, 30,4, etc.), tantôt après le cinquième (v. 388). Le but que nous nous proposons est de découvrir la loi qui règle la répartition des repos entre propositions parmi les coupes du vers. Il s'agit, non seulement d'observer ces repos tous ensemble, mais d'en distinguer les différentes espèces ; il ne suffit pas de déterminer la règle et de signaler les exceptions, il faut encore justifier l'une et les autres.

La place qui appartient dans la poésie latine à l'hexamètre dactylique est occupée dans la poésie française par l'alexandrin. L'alexandrin pour les Français, comme l'hexamètre pour les Latins, est le vers le plus usité ; il est surtout le plus complet, le plus riche en combinaisons rythmiques, et celui qui se laisse le moins aisément associer à des rythmes étrangers (nous voulons désigner par ces mots l'addition de la musique à la poésie). A cause de cette ressemblance, nous avons songé dès le premier moment à rapprocher les deux vers, à observer si le problème posé à propos de l'hexamètre se présentait aussi à propos de l'alexandrin. On remarque sans peine dans l'alexandrin la distribution variée des repos que nous avons signalée dans l'hexamètre, et il y aurait assurément lieu de rechercher là aussi si cette variété est produite par le caprice du poète ou réglée par une loi. Voici, en parallèle avec les hexamètres cités tout à l'heure, un nombre à peu près égal d'alexandrins. Nous y avons distingué les repos entre propo-

l\ INTRODUCTION

sitions par le même signe | ; nous laissons au lecteur le soin de comparer les repos des deux passages et la variété de leur distribution dans le vers.

Le reste de l'armée hésitait sur leurs corps, | Et regardait mourir la garde. — | C'est alors, | Qu'élevant tout à coup sa voix désespérée, La Déroute, géante à la face effarée, | 5 Qui pâle, épouvantant les plus fiers bataillons, Changeant subitement les drapeaux en haillons, A de certains moments, spectre fait de fumée, Se lève grandissante au milieu des armées ; | La Déroule apparut au soldat | qui s'émeut, |

10 Et se tordant les bras, cria | Sauve qui peut! |

Sauve qui peut! | affront, horreur! | toutes les bouches Criaient ; j à travers champs, fous, éperdus, farouches, | Comme si quelque souffle avait passé sur eux, | Parmi les lourds caissons et les fourgons poudreux,

i5 Roulant dans les forêts, se cachant dans les seigles, Jetant shakos, manteaux, fusils, jetant les aigles, Sous les sabres prussiens ces vétérans, ô deuil ! Tremblaient, | hurlaient, | pleuraient, | couraient. — | En un

[clin d'oeil, | Comme s'envole au vent une paille enflammée, |

20 S'évanouit ce bruit | qui fut la Grande Armée, |

Et cette plaine, hélas! | où l'on rêve aujourd'hui, | Vit fuir | ceux devant qui l'univers avait fui. | Quarante ans sont passés, | et ce coin de la terre, Waterloo, ce plateau funèbre et solitaire,

25 Ce champ sinistre, | où Dieu mêla tant de néants, | Tremble encor d'avoir vu la fuite des Géants. |

(V. Hugo. Châtiments. V, XIII [L'Expiation], H [à la fin]).

Bien que l'objet de notre enquête soit l'hexamètre, et l'hexamètre seul, la ressemblance que nous venons de reconnaître entre ce vers et l'alexandrin nous sera par la suite très précieuse. Parmi les faits que nous aurons à observer, il y en a beaucoup qui ne dépendent en rien des caractères propres au

385 Haud procul Hennaeis lacus est a moenibus altae Nomine Pergus aquae ; j non illo plura Gaystros Garmina cycnorum labentibus audit in undis. | Silua coronat aquas cingens latus omne, | suisque Frondibus ut uelo Phoebeos submouet ignés ; |

Sqo Frigo ra dant rami, uarios humus umida flores : Perpetuum uer est. | Quo dum Proserpina luco Ludit, | et aut uiolas aut candida lilia carpit, | Durnque puellari studio calathosque sinumque Implet, | et aequales certat superare legendo, |

3q5 Paene simul uisa est dilectaque raptaque Diti,, |

Usque adeo est properatus amor. | Dea territa maesto Et matrem et comités sed matrem saepius ore Clamât ; | et ut summa uestem laniarat ab ora, | Collecti flores tunicis cecidere remissis, |

/joo Tantaque simplicitas puerilibus adfuit annis, j Haec quoque uirgineum mouit iactura dolorem. | Raptor agit currus, | et nomine quemque uocando Exhorta tur equos, | quorum per colla iubasque Excutit obscura tinctas fenugine habenas, |

/io5 Perque lacus altos et olentia sulphure fertur Stagna Palicorum rupta feruentia terra, | Et qua Bacchiadae, bimari gens orta Corintho, Inter inaequales posuerunt moenia portus. |

Le reste de l'armée hésitait sur leurs corps, | Et regardait mourir la garde. — | C'est alors, | Qu'élevant tout à coup sa voix désespérée, La Déroute, géante a la face effarée, | 5 Qui pâle, épouvantant les plus fiers bataillons, Changeant subitement les drapeaux en haillons, A de certains moments, spectre fait de fumée, Se lève grandissante au milieu des armées ; | La Déroute apparut au soldat | qui s'émeut, |

10 Et se tordant les bras, cria | Sauve qui peut! |

Sauve qui peut! | affront, horreur! j toutes les bouches Criaient; | à travers champs, fous, éperdus, farouches, | Comme si quelque souffle avait passé sur eux, | Parmi les lourds caissons et les fourgons poudreux,

i5 Roulant dans les forêts, se cachant dans les seigles, Jetant shakos, manteaux, fusils, jetant les aigles, Sous les sabres prussiens ces vétérans, ô deuil! •Tremblaient, | hurlaient, | pleuraient, | couraient. —

| En un clin d'œil, | Comme s'envole au vent une paille enflammée, |

20 S'évanouit ce bruit | qui fut la Grande Armée, | Et cette plaine, hélas! | où l'on rêve aujourd'hui, | Vit fuir | ceux devant qui l'univers avait fui. | Quarante ans sont passés, | et ce coin de la terre, Waterloo, ce plateau funèbre et solitaire,

25 Ce champ sinistre, | où Dieu mêla tant de néants, | Tremble encor d'avoir vu la fuite des Géants. I

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