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sant, le bonheur de la courtiser; la femnie méchante et malade qui envenime par son fiel toutes les plaies ; la femme intelligente et atteinte d'une grande douleur que personne ne console et qui console toutes les autres; rhomme poli , celui qui ne songe qu'aux moyens de prolonger l'existence; le petit peintre heureux; lés bons Ravier; les jeus galants ; tous ces personnages, ^us c^ dé; tails ont été reproduits avec une netteté et surtout une vivacité comique singulièrement franche qui gène beaucoup de personnes i
Lorsqu'une science psychologique très-élaborée se complaît ainsi à éclater en incidents comiques, très-vifs, en faits pleins de brutalité, surtout à propos des femmes, les gens aimables ne se demandent pas quelles sont les raisons d'irréprochable réalité et de forte et originale curiosité qui ont déterminé cette science à choisir de la sorte ses scènes démonstratives, mafs ils se fâchent et accusent l'auteur de manquer de galanterie, de respect. Le médecin aussi qui regarde une épaule nue ou un sein pourrait être accusé de manquer de respect.
Les Amoureuœ de SairUe-Périne font partie de la grande série de groupes entreprise par M. Champfleury seientiàquement et philosophiquementy pour célébrer de plus en plus le culte de la mérité ; ils sont un pas de plus en avant, en ce que le romancier y a donné à son arc une raideur, une force qu'il n'avait pas obtenu encore à ce d^ré.
Depuis qu'il a commencé son œuvre, M. Champfleury ne s'est donc pas ralenti. Chaque livre a été une conquête emportée de haute lutte, un agrandissement de son domaine, un perfectionnement de ses qualités. De plus en plus il est maître de l'observation, défriche ici un champ, allume là un phare, ouvre une éclaircie, accumule des récoltes dans ses granges, et nourrit les affamés de nouveau, de savoir et de curieux.
Greffés sur le tronc de ces grands travaux créés par le vouloir, #t les complétant, il en est d'autres qui sortent de la plume de M. Champfleury comme par surabondance de sève et pour ainsi dire sans qu'il le prémédite. Tantôt c'est une physionomie étrange qui s'est emparée de sa pensée, s'y est logée toute viv®
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et le tourmente sans relâche pour être mise dehors. Tantôt ce sont des discussions folies, des idées inouïes, des prétentions bouflfonnes, qui ont retenti à son oreille, bourdonnent autour de lui , et ne lui laissent point de repos jusqu'à ce qu'il les ait entortillées dans l'hahit comique et dénoncées au bon sens public. Quelques souvenirs attachés au cerveau ou au cœur, et représentés aussi par de petites figures souriantes ou tristes, agitent et gênent par leur danse l'esprit du romancier qui, pour retrouver le calme indistrait nécessaire à l'observation, est obligé de prendre ces petites figures et de les piquer sur les pages d'un livre, d'un livre qui s'appelle les Sensations de Josquin .
Telle est cette oeuvre joyeuse, sereine et hardie, à laquelle personne, aujourd'hui, de la nouvelle génération de 1 850, ne peut opposer un ensemble aièssi imposant par le nombre, la variété, l'étendue intellectuelle, la netteté de la volonté qui l'a créée, l'inflexible poursuite d'un but défini et le rôle rempli pour l'éclaircissement de la vie contempo-^ raine.
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J'arrive en dernier lieu à ces discussions soulevées contre M. Ghampfleury^ à propos d'une prétendue tendance à crucifier dans ces livres des personnages vivants, et à se renfermer dans les limites d'une copie absolue de ces mêmes ètreip, soit à leur détriment, soit à leur avantage.
11 y a cinquante ans, les romanciers , au^ dessous du titre de leurs romans, ne manquaient jamais d'ajouter : histoire vraie. Aujourd'hui, les écrivains entrés dans la voie dite du réalisme seront-*ils donc obligés d'écrire en tâte de leurs œuvoes : histoire qui n'est pus vraie! Auront -ils un autre moyen de se dé-barrasser des accusations que leur suscite la faculté qu'ils ont de rendre parfaite l'illusion de la i^ité ?
 l'époque où il étudiait les eioentriques.
M. Champfleupy, afin de se rendre compte de la manière dont il sentait le réel, imagina de créer un excentrique de pied en cap. Il voulait \oir si les lecteurs reconnaîtraient une différence entre le personnage imaginaire et ceux qui avaient été étudiés sur nature. Il inventa Jupille le thalysien et Tentoiura si rigoureusement- de toutes les conditions absolues de la réalité qu'on y fut trompé. Si bien trompé, qu'un critique très^gourmand, séduit par la description feinte de certaines sauces dorées et exquises dont le romancier s'était régalé chez le prétendu Jupille, supplia l'auteur des Excentriques de le m"ener chez ce Jupille goûter de ces sauces nouvelles et si bonnes. Le romancier avait indiqué dans son livre la rue et le numéro de la maison où demeurait Jupille. Egayé et embarrassé à la fois, car il ne tenait point à démentir l'existence du faux excentrique , il se laissa mettre en voiture par le critique impatient. Arrivés à la prétendue demeure de Jupille, il fallut cependant trouver une explication : — Ah mon Dieu 1 s'écria le romancier, Jupille a déménagé I Et il ramena le critique gourmand qui,
dans sa désolation de n'avoir point goûté des sauces, ne pouvait se consoler.
Dans son rotnan de la Vieille Fille^ qui se passe à Alençon, Balzac décrivit strictement la ville, donna des adresses, prit des noms du pays, reproduisit des enseignes. Par là, beaucoup de gens furent portés à croire qu'avec des indications si précises de lieu, de domicile, de nom, les personnages du livre ne pouvaient être que des portraits copiés sur place. Cependant tout le monde à Alençon sait que jamais ces personnages n'existèrent en cette ville.
Qui donc maintenant pourra venir dire en face des œuvres de l'écrivain dit réaliste : Tel personnage est copié, je connais celui qui a servi de modèle, celui-ci est réel , celui-ci est imaginaire. Qui pourra venir dire : Voici qui est d'invention et voilà qui est du daguerréotype.
D'ailleurs que fait une seule individualité au romancier, à quoi lui servirait-elle, que lui donnerait-elle de complet, en quoi peut-elle se vanter d'être un type? Il a besoin de mille individualités de même classe pour en extraire
cette figure typique qui est le but de son art. Chacune d'elle lui fournit un trait saillant, et par la réunion de ces traits saillants, il obtient une physionomie accentuée vivement, en re^ lief) qui est l'expression de toute une classe d'étreS) la résume et la fait ressortir. Mais croira*t-on qu'une seule personnalité contiendra tant d'accent et de vivacité , et que la pas^ sion, le vice , le ridicule, l'intérêt qui l'animent et que le romancier cherche à mettre en lumière ne sont pas effacés chez elle par les mille détails de l'individualité, par d'autres traits de tempérament qui la spécialisent , ^e croisent pour ainsi dire, s'embrouillent. Ces détails, ces traits spéciaux lui donnent sa vie particulière et dès lors la rendent impropre à figurer une expression générale. Dès loi^s aussi elle n'est utile au romancier que par un côté restreint, et s'il lui prend quelque chose pour l'ajouter au type qu'il crée, elle aurait mauvaise grâce et grande prétention à se croire peinte et portraite.
Pense- t-on qu'un seul avare, par exemple, qu'on daguerréoty perait , qui serait fixé juste dans toute sa personnalité, tel qu'il devrait
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l'être si Ton en faisait le portrait^ rendrait le tableau de l'avarice. Non, l'amas de ses sen-* sations, de ses idées, de ses mouvements lorsqu'il est aux prises avec tout ce qui ne touche pas son vice, cet amas reproduit fidèlement étoufferait, effacerait par sa dimension les traits de l'avarice, et Ton verrait un personnage complexe et divers, chez qui celte avarice n'apparaîtrait pas beaucoup plus qu'une pierre de taille dans tout l'appareil d'une construction.
Cela est si vrai, que jamais un homme qui écrit ses mémoires ou ses confessions ne ressemble à un autre homme.
On ne sait donc pourquoi, je le répète, telle ou telle individualité viendrait revendiquer le bénéfice ou se plaindre du désagrément d'être peinte par le romancier, alors qu'en passant il lui a emprunté peut-être une verrue seulement ou une grimace, qu'il a mise sur une tète tout-à-fait autre. Ce sont-là des griefs ou des joies bien impalpables.
Bien plus, qu'on admette une réalité acharnée, elle prendra, comme le fit Diderot dans son immortelle histoire de Mademoiselle de la