‹ Le sabot rouge (volume 2)Chapitre 13 sur 15 · XXXVIII · texte numérisé non relu

XXXVIII

Chaux {Ceci n*est pas un conté) ^ elle prendra les noms de personnes vivantes, elle s'emparerâ de leurs actes, même; mais la chaleur d'invention, le besoin de liberté, la curiosité de nouveau qui tourmentent Técrivain, transformeront entre ses doigts et les personnes et leurs actions et leurs sentiments, et là encore les individualités ne pourront prétendre à avoir été peintes et à reconnaître leurs portraits.

« Certes, a déjà dit à ce sujet M. Champfleury [Réalisme)^ je ne m'enthousiasme pas pour cette réalité poussée à ses dernières limites, ce qui ferait qu'en vue de la vérité mal comprise on poursuivrait sur la scène et dans le livre des citoyens qui doivent jouir du bénéfice de la vie privée.... Mais dans ce petit chef-d'œuvre, admis de tous, Diderot, esprit plein de feu, d'invention et d'enthousiasme, n'avait eu qu'à étaler la nature dans quelques

pages Diderot est un inventeur en écrivant

la passion de Mademoiselle de la Chaux

Diderot, en se servant de la nature et de faits positifs, nous donne l'analyse d'une passiott dévorante, telle qu'on n'en avait jamais peint de pareille avant lui. »

L'homme qui inventa la Religieuse^ par gageure et pour mystifier un de ses amis, inventa certainement aussi la Mademoiselle de la Chaux qu'il nous a donnée, et la réelle ne ressemblait pas à celle-ci.

Ces débats ont de tout temps, d'ailleurs, constitué la lutte des hommes d'observation et de fortes sensations contre le public troublé par la vigueur de réalité qu'ils imprimaient à leurs créations.

La Bruyère dut se défendre, harcelé d'attaques du même genre, et je citerai les paroles qu'il prononça dans son discours à l'Académie pour répondre aux gens qui se reconnaissaient dans ses Caractères : « J'ai peint à la vérité d'après nature, mais je n'ai pas toujours songé à peindre celui-ci ou celle-là, dans mon livre de mœurs : je ne me suis point loué au public pour faire des portraits qui ne fussent que vrais et ressemblants, de peur que quelquefois ils ne fussent pas croyables, et ne parussent feints ou imaginés. Me rendant plus difficile, je suis allé plus loin : j'ai pris un trait d'un côté et un trait d'un autre; et de ces mêmes traits, qui pouvaient convenir à une même

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