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LA DÉVOTION AU PAPE

I^e Saint Père

œiEU aurait pu décréter qu’il n’y aurait aucun intermédiaire entre lui-même et chacune des âmes humaines ; que le salut éternel serait affaire individuelle non seulement en soi, mais aussi dans les moyens imposés pour

l’obtenir.

Ce n’est point ce plan qui a eu les préférences de la sagesse et de la bonté divines. « Hors de l’Eglise, point de salut. » Le Tout- Puissant aurait pu sauver du déluge Noé et les membres de sa famille individuellement; il a voulu que leur salut ne s’opérâtque dans l’arche et par l’arche. Ainsi en est-il pour le salut éternel.

Par là Dieu assurait un nouveau triomphe à la charité, un ample champ d’action à son Esprit d’amour Les hommes seront redevables les uns aux autres non seulement de la vie du corps, mais de la vie de la grâce, de la vie éternelle. Car Dieu se servira des hommes dans l’Eglise, comme d’instruments choisis pour être les canaux de ses grâces. Des hommes seront les ministres de Dieu. Et la reconnaissance envers le Sauveur ne sera point complète, si elle ne s’adresse en même temps à l’Eglise et à ses membres qui sont les intermédiaires du salut.

La reconnaissance est une des sources et des formes les plus puissantes de l’amour. Dieu voulait faire pratiquer à l’humanité le grand précepte : Aimez-vous les uns les autres. Il voulait identifierjce précepte au premier de tous : Aimez Dieu par-dessus tout. Il a poussé sa bonté jusqu’à créer une vraie similitude entre ces deux préceptes : la mesure de l’amour pour Dieu serait celle de l’amour pour le prochain.

En appelant les hommes à collaborer avec lui à l’œuvre de la paternité, il créait entre eux les formes les plus ardentes et les plus pures de cet amour, au sein de la famille naturelle. Des parents aux enfants, la conscience des relations réciproques et des bienfaits échangés produit spontanément cet amour que Dieu veut voir régner entre les hommes : animée par sa grâce, cette charité mutuelle devient déjà d’un prix inestimable.

L’Eglise est une famille d’un ordre infiniment supérieur, mais analogue à la famille naturelle. C’est au sein de la famille que l’enfant reçoit l’existence, puis les aliments nécessaires au

développement de son corps et de son âme, le secours dans la maladie, en un mot tout ce qui contribuera à en faire un homme.

De même c’est au sein de la grande famille catholique, que l’être humain reçoit d’abord le principe de la vie supérieure à laquelle il est appelé, puis les aliments supersubstantiels nécessaires au développement de cette vie, les secours urgents pour la recouvrer s’il l’a perdue, pour l’enrichir sans cesse par de nouveaux développements, pour la transmettre à d’autres dans son intégrité.

Ce qui assure l’existence de la famille naturelle, c’est le Père. C’est de lui que tout vient, que tout dérive. Point de famille, sans un Père à l’origine. La famille vaudra ce que vaut le Père. C’est pourquoi le premier devoir de tout homme, celui dont la méconnaissance est un des plus grands crimes, c’est la piété filiale. Un fils qui n’a point pour son père les sentiments qu’il lui doit, est un monstre auquel il manque quelque chose dans l’esprit ou dans le cœur, un être qui se ravale au-dessOus des animaux euxmêmes.

Dans l’Eglise, il y a un Père dont le rôle est analogue à celui du père de famille. Elle tient de lui son existence, sa prospérité, son développement. C’est le Pape, ou le Père par excellence, le Souverain Pontife, le successeur de Pierre à qui Dieu confia ses agneaux et ses brebis. Les devoirs des enfants envers leur père, il faut les transposer dans l’Eglise, pour comprendre tout ce que les fidèles doivent au Pape.

Puisque Dieu a voulu que le salut des hommes s’opère dans une société afin d’augmenter entre eux les relations de charité, c’est avant tout envers le Pape, envers le Père que doivent monter de tous les cœurs ces flammes d’amour où Dieu veut bien trouver lui-même des satisfactions pour son Cœur divin.

Les enfants sentent croître leur amour pour leur Père, à mesure qu’ils comprennent mieux tout ce qu’ils en ont reçu.

Il en est de même dans l'Eglise.

L’étude, la méditation des services insondables que rend le Pape à l’humanité, la pensée des préoccupations angoissantes, des sacrifices et des douleurs qui, pour le Pape comme pour tous les hommes, sont la rançon du bien que Dieu opère par lui, ne peuvent qu’augmenter dans tous les cœurs bien nés la dévotion au Pape, l’amour du Pape, la reconnaissance pour ses bienfaits, l’admiration devant ses prérogatives.

C’est pourquoi nous passerons successivement en revue chacune de ses prérogatives, afin de mieux comprendre nos devoirs envers sa personne : docilité et soumission de l’esprit à son Magistère infaillible, obéissance de la volonté aux directions du Pasteur suprême, amour du cœur pour le Vicaire du Christ, — amour

BULLETIN DE L’UNION SACERDOTALE

enthousiaste, et aussi compatissant, car il est le Vicaire du Christ parce qu’il tient sa place non seulement sur la chaire de vérité, mais aussi sur la croix ; la chaire de vérité du Christ, la plus éloquente, la plus sublime, la plus efficace n’est-elle pas sa croix ? Le disciple à ce point de vue n’est pas différent du Maître ; c’est parce qu’il est sur la croix que le Pape est Vicaire du Christ. Cette pensée doit imprimer un caractère de tendresse et de ferveur plus intimes aux devoirs que les fidèles, et les prêtres fidèles en tout premier lieu, doivent et veulent rendre au Pape.

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Le Caractère Sacerdotal

Outre la grâce sacramentelle, le Sacrement de l’Ordre imprime dans l’âme un caractère auguste, ineffaçable, éternel : le Caractère sacerdotal. Quoiqu’invisible aux yeux du corps, il est une réalité ineffable qui réjouit les regards des anges.

Cette vue surnaturelle fut plusieurs fois communiquée à saint Philippe de Néri, la merveille de Home au xvie siècle.

Un jour, un jeune étranger, âgé de seize ans seulement, mais déjà ordonné Prêtre, se présente à lui en habits séculiers. A peine le Saint l’eut-il regardé qu’il lui dit :

— Mon enfant, malgré votre déguisement je vois que vous êtes Prêtre.

— Hélas! oui, mon Père, fit le jeune homme, je suis Prêtre, mais mes parents m’ont forcé de recevoir les Ordres afin de me dépouiller d’un riche héritage. Ne me sentant ni la science ni les vertus d’un si redoutable état, j’ai repris mes habits laïques et je cherche à gagner ma vie.

Le grand cœur de saint Philippe s’émut à cette confidence. Il accueillit le jeune transfuge dans sa maison de l’Oratoire, le fit instruire dans les sciences ecclésiastiques et prit un soin tout particulier de sa formation spirituelle. Quand il en eut fait un Prêtre vertueux et capable, il le recommanda à son Evêque et le renvoya tout heureux dans son pays.

Un des disciples du Saint, nommé Taurusio, avait assisté à la scène de cette admission, et singulièrement intrigué du discernement extraordinaire de saint Philippe, l’interrogea.

— J'ai vu rayonner sur le visage de cet enfant, répondit Philippe, la splendeur de son Caractère sacerdotal. C’est une grâce que Dieu m’a accordée quelquefois.

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