SON IMPORTANCE ET SON OPPORTUNITÉ
a question du Sacerdoce de Jésus domine toute la théologie dogmatique. Elle touche, par son origine, au traité de la Trinité et embrasse, dans son ampleur, tout celui de ITncarnation. Elle occupe une large part dans ceux de l’Eucharistie et de l’Ordre, ainsi que dans celui des Sacrements in genere.
On peut dire que le temps et l’éternité, la terre et le ciel sont remplies du Sacerdoce de Jésus. Il est la gloire de Dieu et le salut du monde. Il vient de l’éternité, il y retourne, il nous y mène. Pas une âme qui soit sauvée en dehors du Sacerdoce de Jésus ; pas un saint qui atteigne les sommets de la perfection en dehors de ses divines influences ; l’auréole du bienheureux dans la gloire tire tout son éclat de la couronne du Souverain Prêtre.
L’histoire du monde et l’histoire de l’Église se déroulent autour du Sacerdoce de Jésus. L’âme de l’Église, c’est Jésus Prêtre.
C’est Lui qui fait du Pape le foyer de la vie surnaturelle, l’organe de la vérité indéfectible, le principe de la juridiction, le lien vivant et visible de la terre et du ciel, parce qu’il le constitue le grand prêtre de la religion catholique, le Pontife suprême, son propre Vicaire.
C’est Lui qui fait de l’Évêque, uni au Pape, le pasteur et le père d’une église particulière, la source du Sacerdoce et de la vie chrétienne dans un diocèse.
C’est Lui qui nous identifie, nous Prêtres, à son éternel Sacerdoce, nous couronne de son auréole, nous arme de sa puissance, nous couvre de sa sainteté, nous communique toutes ses prérogatives, nous livre tous ses trésors et nous constitue vis-à-vis des âmes les agents de Dieu, les ministres de l’Église, les sanctificateurs du monde.
C'est Lui qui rayonne sur tous les chrétiens marqués de quelque caractère sacramentel et les fait entrer, en une mesure plus ou moins large, dans la gloire, dans la puissance et dans la fécondité de son divin et unique Sacerdoce. Saint Pierre le rappelait aux fidèles de l'Église naissante et nous devons l’enseigner aux chrétiens de nos jours : « Vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal,
la nation sainte , le 'peuple de l’acquisition ; afin que vous publiiez les grandeurs de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière (1). »
L’Église triomphante n’a pas d’autre Pontife que Jésus Prêtre ni d’autre sacrifice que le sien. « Toujours vivant pour interpeller pour nous (2) », Il offre sans cesse « l’Agneau immolé dès l’origine de toutes choses (3) », et le cantique qui retentit, et le jour et la nuit, autour de P « autel sublime » du Paradis n’est que l’écho du cantique qui s’élève ici-bas au pied de nos autels eucharistiques : « Vous êtes digne , Seigneur, de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux , parce que vous avez été mis à mort, et que par votre sang vous nous avez rachetés pour Dieu, de toute tribu, de toute langue , de tout peuple et de toute nation : et vous nous avez faits rois et prêtres pour notre Dieu (4). »
En sorte que la première parole prononcée sur Jésus, avant l’aurore des mondes, a été pour proclamer, par un serment solennel, son éternel Sacerdoce : « Juravit Dominus et non penitœbit eum : Tu es sacerdos in æternum (3) » ; et cette parole toujours efficace ayant traversé tous les siècles et toutes les générations humaines, s'accomplira infailliblement dans les siècles sans nombre de l’éternité : « Hic autem eo quod maneat in æternum, sempiternum habet sacerdotium (6) ».
D’où l’on peut déjà conclure, avec le P. Giraud, que « cette qualité de Prêtre est en Notre-Seigneur le plus sublime, le plus complet, le plus grand de tous les titres (7). »
Jésus est Prêtre avant tout. 11 l’est par nature, par vocation, par élection, par mission. Son état de Verbe Incarné est son état sacerdotal lui-même. Ravi par cette pensée, saint Cyprien l’adorait dans la beauté sans mesure de son Sacerdoce quand il s’écriait : « Ah ! qui donc est autant Prêtre du Dieu très-haut que Jésus-Christ (8)! » Il est en vérité l’unique Prêtre, le Prêtre idéal, le Prêtre adorable. Et voilà pourquoi tout en Jésus repose sur son Sacerdoce et tout en découle. Bossuet le remarquait avec l’autorité de son génie et le prestige de sa science : « Il n’y a rien de plus grand dans le monde que Jésus-Christ; et il n’y arien de plus grand en Jésus-Christ que son sacrifice (9). » Oui, mais « son sacrifice » exige son Sacerdoce. Jésus ne s’immole, ne répare surabondamment le péché, ne glorifie parfaitement son Père, ne réconcilie définitivement l'homme avec Dieu, que parce qu’il est Prêtre.
(1) « Vos autem genus elcctnm, regale sacerdotium, gens sancta, populus acquisitionis; ut virtutes annuntietis ejus qui de tenebris vos voeavit in admirabile lumen suum. » (I Petr.. n, 9.) — (2) Hebr., vit, 25. — (3) Apoc., XIII, 8. — (4) Id., V, 10. — (5) Ps. crx, 4 et Hebr., vn,21. — (6) Hebr., vn, 24. — (7) Prêtre et Hostie, p. 29. — (8) « Quis magis Sacerdos Dei summi quam Dominus noster Jésus Ohristus ? Lib. Il, Epist. 3. — (S) Réflexions sur l’Agonie de N. -S. J.-C.
« Le chef-d’œuvre de Dieu, c’est Jésus-Christ, dit à son tour le célèbre P. de Condren, et le chef-d’œuvre de Jésus-Christ, c’est son Église et sa religion. Mais ce qu’il y a de plus grand, de plus auguste dans Jésus-Christ, dans l’Église et dans la religion chrétienne, c’est le Sacerdoce et le sacrifice de Jésus-Christ. Son Sacerdoce est la fin de son Incarnation, comme son Incarnation est la fin de son Sacerdoce. Car le Fils de Dieu ne s’est fait homme qu’afin d'être le Prêtre de son Père et le Pontife de la vraie religion, et il n’est Prêtre, comme saint Paul nous l’enseigne, que parce qu'il est Fils de Dieu. Or, la fin du Sacerdoce de Jésus- Christ, c’est son sacrifice : Tout pontife qui est pris d'entre les hommes, étant établi pour les hommes en ce qui regarde le culte de Dieu, afin d'offrir des dons et des sacrifices pour le péché ; et la Victime que Jésus-Christ a offerte en sacrifice n’est autre que luimême, toute créature étant indigne d’être offerte à Dieu et incapable de satisfaire à sa justice pour les péchés des hommes.
« Il paraît de là que la science de la religion chrétienne consiste dans la connaissance de l’Incarnation, du Sacerdoce et du Sacrifice de Jésus-Christ, et que ces trois mystères sont tellement liés, qu’il est impossible de les séparer et d’en connaître un parfaitement, si on n’a une connaissance parfaite des deux autres (1). »
C’est la même pensée que met en une lumière plus complète encore le docte M. Sauvé : « En Noire-Seigneur où tout est si beau, si aimable et si touchant, il n’est rien après les attributs du Verbe et de la Divinité, de plus beau, de plus aimable et de plus touchant que son sacrifice et son sacerdoce. Son sacrifice est, en effet, le signe et l’hommage suprême de son amour, et son sacerdoce en est la fonction la plus élevée... Le sacrifice, voilà dans l’état présent la forme suprême de l’Incarnation. Dans l’état présent, l’Incarnation est avant tout et par-dessus tout sacerdotale. Jésus vient parmi nous pour adorer, prier, aimer en notre nom ; mais il veut adorer, prier, aimer par l’immolation ; son sacrifice et son sacerdoce priment et dominent en lui tout autre rôle créé, C’est par le sacrifice et le sacerdoce, en fait, qu’il veut être Médialeur, Roi, Ami, Epoux des âmes (2). » Tous ces titres, et d’autres encore, comme ceux de Sauveur, de Rédempteur, de Docteur et de Juge, Jésus ne les réalise dans toute leur perfection que parce qu’il est Prêtre. Nous aurons à le prouver.
En voilà plus qu’il n’en faut pour nous permettre d’affirmer que Yétude du Sacerdoce de Jésus est d’une singulière importance en elle-même, qu’elle est remplie d’attraits pour un Prêtre et ne peut manquer de produire en son âme des fruits abondants d’édification et de sanctification.
(1) L'Idée du Sacerdoce et du Sacrifice de Jésus-Christ, prérace, p. xt.. — (2) Jésus Intime * t. II, 323, 324.
BULLETIN DE L’UNION SACERDOTALE
Considérations générales sur le Prêtre
Comment le Prêtre est un être mystérieux.
ous avouons que de dire du Prêtre qu’il est « un mystère », cela pourra surprendre. Mais que l’on veuille bien nous suivre et l’on conviendra peut-être que le mot n’est pas déplacé. Nous allons plus loin : appeler Prêtre « un être mystérieux », c’est le terme qui traduit, sinon le plus théologiquement, au moins le plus expressivement, ce qu’est le Prêtre en lui-même et en quelle manière il apparaît et passe dans notre société.
Tout mystère, parce que mystère, se dérobe à notre intelligence. Or le Prêtre est une sorte d'énigme que les hommes démêlent difficilement. Nous allons l’étudier, en considérant, dans ce premier article, le caractère qu’il porte, puis, dans les suivants, la vie qu’il doit mener et les sentiments qn’il provoque partout.
Le caractère que nous portons, nous Prêtres, est une réalité, et non pas une pure dénomination extérieure et honorifique. L’avancement d’un officier, la nomination d’un magistrat, l’élection d'un maire, etc : il n’y a là rien de commun avec l’élévation d’un Prêtre. Pour les autres, ce sont de simples titres rendus sensibles par un uniforme, une robe ou une écharpe, sans que, de ce chef, le fond de l’âme ait subi quelque empreinte. Aussi les peut-on perdre et recouvrer facilement. — Mais, pour le Prêtre, sa qualité le modifie en lui-même, et, à l’heure de son Sacerdoce, il sent, dans son âme qui frissonne, le doigt de Dieu poser une mystérieuse réalité.
Réalité, réalité sacerdotale, qu’est-ce donc que cela ? Sans doute rien de matériel qui puisse tomber sous la main ou le regard, puisque cette réalité atteint l’âme en elle-même et que rien de matériel ne peut directement modifier une puissance spirituelle. Mais, à côté des réalités matérielles, il y a les spirituelles, et ce sont les plus hautes; Dieu en est la première, et notre âme en est une autre. C’est dans cet ordre que se place le caractère sacerdotal. Nous ne pouvons concevoir cette réalité comme séparée de l'âme du Prêtre ; elle en est inséparable et la pénètre tout entière; elle lui donne sa qualité distinctive et dominante. Les Pères de l'Eglise ont, ici, des comparaisons audacieuses ; lorsque le Sacerdoce passe, disent-ils, l’âme est touchée comme une toile où passe le pinceau d’un artiste. Saint Cyprien écrit que l'âme reçoit alors l'impression d’un sceau mystique et lé
Concile de Trente, reprenant les expressions anciennes, déclare que le Prêtre est marqué d’un signe divin. On le voit : c’est, par allusion, la comparaison du cachet qui donne à un document sa caractéristique et sa valeur.
Or ce qui rend ce signe à la fois précieux et redoutable, c’est qu’il est inamissible. Marque du Seigneur, s’écrie S. Grégoire de Nazianze, dans une sorte d’enthousiasme, marque du Seigneur que l’on ne peut plus perdre, quand on l’a reçue une fois, ni par les fautes les plus graves qui se montreront plus graves encore par le contraste avec cette prise de possession par Dieu, ni par la mort qui, pouvant chasser l’âme du corps, ne peut pas effacer le nom de Prêtre du fond d’un homme, ni par la longueur de l’éternité qui conservera ineffaçable et nette la divine écriture, ou dans les splendeurs du ciel pour les augmenter, ou dans les ténèbres de l’enfer pour les épaissir encore.
Prêtres, nous avons le sentiment et la conviction de cette grande vérité. En effet, quelque dégradé que soit un Prêtre, il sent bien qu’il n’est pas dégradé comme « un autre », mais qu’il est descendu plus bas ; cette impression de déchéance plus profonde, c’est le sentiment de la survivance de son caractère sacerdotal.
Parfois, il se ressouvient de ce signe, à l'heure même où il le nie davantage, tant la pérennité et le sentiment de se signe s’imposent à lui. Il y a quelques années, à Paris, un malheureux Prêtre apostat menait un cortège de carnaval en compagnie de gens éhontés. Un accident d’omnibus se produit et on transporte dans une pharmacie un homme à demi mort. Sa femme est là, tout en larmes. Un instant auparavant, elle avait aperçu, avec un déchirement de cœur, le triste Prêtre que tout le monde se montrait du doigt. Mais à ce moment où son mari va mourir, elle ne suit plus que l’inspiration de sa foi : « M. l’abbé, venez vite, je vous en supplie, dounez une dernière absolution à mon mari. » — « Mais je ne suis plus prêtre, madame. Adressez-vous à d’autres. » — « Ah! Monsieur, ce sont vos livres, vos livres à vous qui ont perverti mon mari et qui vont le jeter en enfer. De grâce sauvez-le. » Le Prêtre baisse la tête ; une larme brille dans ses yeux. Il lève la main, donne respectueusement l’absolution et disparaît... 11 venait de se ressouvenir que l’étoile du Sacerdoce peut pâlir et se voiler, mais jamais disparaître. Il en est du Sacerdoce comme d’une perle qui peut tomber dans la boue et se salir, mais jamais changer sa nature et perdre sa valeur.
Quelques-uns avaient pensé qu’il y avait, sur ce point de l’inamissiblité du caractère sacerdotal, une divergence entre l’Église romaine et l'Église orthodoxe. Or un fait récent a prouvé l’identité de la doctrine. Deux Prêtres bulgares s’étant rendus gravement coupables, on prononça leur dégradation et ils entré-
rent dans des professions laïques d’avocats. Après un certain laps de temps et pour je ne sais quelle raison, ils furent réintégrés dans l’ordre sacerdotal, bien entendu sans ordination nouvelle, preuve évidente de la foi de leur Église en la persistance du caractère.
Mais en quoi consiste ce caractère? Pour mieux pénétrer dans l'intime du mystère, établissons une comparaison. Les simples chrétiens peuvent nous dire qu’ils portent, eux aussi, un caractère surnaturel, et cela en se fondant sur les assurances de S. Paul, puisque voici comment il écrit aux Corinthiens : « Fidèles, Dieu vous a marqués de son signe, il vous a donné une onction et le gage de l’Esprit au fond de vos cœurs. Qui unxit nos Deus, qui et signavit nos, et dédit pignus Spiritus in cordibus noslris. S. Paul parle de même aux Ephésiens et à tous ceux qu’il rencontre. Qnelle différence donc entre le chrétien et le prêtre? Une très grande.
Si le chrétien, par son baptême, a l ame frappée, en quelque sorte, à l’effigie de Jésus, Fils de Dieu, ce qui fait de lui, en face de Dieu, un vrai fils; si par la confirmation, il reçoit une empreinte nouvelle du Saint-Esprit qui le fait un soldat du Christ, le Prêtre, lui, en plus de tout cela, porte une âme surnaturellement transfigurée en l’image de Jésus, Souverain Prêtre. Et quand je regarde le sommet du Calvaire, avec, comme Pontife, le Christ qui s’immole lui-même, offrant son propre sang à Dieu le Père pour le salut de ceux qui le répandent, aussitôt j’ai, dans l’esprit et sous les yeux, le modèle dont Dieu s’est servi, comme un sculpteur, pour modifier dans son fond l’âme du Prêtre, à l’heure de son Sacerdoce. Voilà pourquoi un Prêtre, c’est tout le Golgotha qui reparaît. Et si tout fidèle est dans une mesure déterminée, une ressemblance de Jésus, le Prêtre en reste l’image la plus complète, puisqu’il est la figure vénérable de Jésus s’immolant pour le monde, c’est-à-dire, consommant ici-bas sa mission.
Cette qualité surhumaine qu’est le caractère sacerdotal, confère une puissance et c’est de cette puissance que découle à la fois, pour le Prêtre, toute sa grandeur et toute sa responsabilité : ce qui fait qu’elle lui inspire en même temps et de la joie et de la crainte. Saint Paul prêche cette puissance en se servant d’une comparaison empruntée à la Sainte Ecriture : Filioli quos ilerum parlurio donec Chrislus formelur in vobis. Vous êtes mes petits enfants que j’enfante de nouveau jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous.
La puissance sacerdotale est donc une fécondité, c’est-à-dire, ce qu'il y a de plus mystérieux, de plus inimitable, de plus divin dans la nature. Et cette fécondité toute surnaturelle a pour terme la
personne même de Jésus-Christ notre Sauveur. Oui, reproduire Jésus, faire renaître Jésus, redonner au monde Jésus, et cela en vertu d'une force dont il porte la marque dans son cœur, c’est la puissance du Prêtre!
Jésus peut renaître en deux façons, ou physiquement ou moralement, dans son corps réel ou dans son corps mystique, sur l’autel ou dans les âmes. Cette nouvelle naissance physique, le Prêtre la donne à Jésus quand il monte à l’autel. D’un mot il enfante Jésus, un Jésus très réel, un Jésus couché dans de nouveaux langes, un Jésus prêt à recevoir, comme autrefois, les riches et les pauvres, les justes et les pécheurs. Tous les matins, le Prêtre peut réitérer son bienheureux enfantement spirituel, sans que Jésus, descendant d’un ciel qu’il ne quitte pas, se plaigne de la multiplication de ses naissances, sans que la fécondité du Prêtre s'épuise ni que son cœur se lasse. Et ce qu’il y a d’humainement déconcertant ici, c'est que, s’il arrive au Prêtre de trahir et de poursuivre même de sa haine Celui qu’il doit enfanter, il peut le produire encore et mettre là, sous ses yeux, ce Corps sacré qu’il crucifiera de nouveau, et ce Cœur où tout à l'heure, peut-être, vaincu par l’amour, il pourra aller boire, de sa lèvre tremblante, le pardon et la paix !
Mais ce Jésus, mystiquement enfanté sur l’autel, est autant pour les autres que pour le Prêtre lui-même : Sacerdos propter alios. Les fidèles le réclament ils dans sa chair et dans son sang? Le Prêtre prend alors Jésus, et Celui qu’il a enfanté sur l’autel, il l’enfante de nouveau dans les cœurs. — Les hommes veulent-ils Jésus dans sa doctrine, c’est le Prêtre encore qui l'enfante dans les esprits par la foi, la foi qui est, pour ainsi dire, l’être intellectuel de Jésus vivant en nous. — Et ceux qui ont perdu, par le péché, l’amitié de Dieu, font-ils appel à la miséricorde, c’est encore aux pieds du Prêtre qu’ils vont se jeter, du Prêtre qu’ils appellent avec si juste raison, un père; et ce sera le pouvoir de cette paternité sublime de faire renaître en eux l’amour de Jésus, de l’y faire croître et resplendir Qui donc ne serait pas ravi d’admiration en face de cette paternité qui, en produisant au milieu de nous et en nous-mêmes Jésus, nous transforme en Lui et fait de la terre d’aujourd’hui la meilleure préparation du ciel futur?
C’est en vertu de cette fécondité mystérieuse que le Prêtre, presque identifié avec Jésus dont il devient comme le père, est supérieur à tous les chrétiens ; aussi, quand il marche au milieu d’eux, doivent-ils le considérer avec un respect filial et une reconnaissance attendrie. Oh ! ne perdons jamais de vue notre caractère sacré et habituons les fidèles à le respecter, même chez les indignes. Ne nous oublions jamais jusqu’à humilier et mépriser un Confrère coupable; si c’est son malheur de demeurer très grand dans l’abîme même de son péché, c’est notre devoir de couvrir sa misère de
BULLETIN DE L UNION SACERDOTALE
noire vénération, et nous arriverons plus sûrement par là à le ramener. Un Prêtre indigne soutient effrontément l’injure ; le respect? il ne le peut pas. Le respect des autres se change en confusion dans son cœur; et cette confusion fait monter des larmes à ses yeux. Respecter un Prêtre déchu, c’est le relever.
La puissance sacerdotale est immense; mais, à cause de cela même, elle crée de grandes responsabilités. Il n’y a pas d’hommes au monde plus surchargés de devoirs redoutables que le Prêtre. Et je me demande, avec le Bienheureux Curé d’Ars, comment, tous, nous n'avons pas fui notre Sacerdoce. Ah ! c’est qu'il y a ici une vérité rassurante. Saint Ambroise écrit : {De Spi. 5., I) Spiritu signamur f ut splendorem et graliam tenere possimus. Nous sommes marqués de l’Esprit, afin que, par là, nous puissions disposer de la grâce. Être le maître de la grâce, même pour soi, pouvoir disposer de la grâce, même pour soi, voilà qui rassure le Prêtre. Aussi il nous semble voir, dans la personne du Pontife qui sacre un Prêtre, Jésus lui-même qui interpelle ce pieux jeune homme de 25 ans, tremblant de crainte et incertain : « Viens, viens, je redoublerai d’amour pour toi, quand je t'aurai enlacé dans les liens de mon Sacerdoce. Par-dessus tous les autres, tu seras mon fils et mon privilégié, le gâté de la famille humaine. Viens, viens, et ne crois pas que je t'abandonne ensuite sur les routes ardues de ton Sacerdoce. Je serai à tes côtés, avec ma Mère et la foule de mes Anges, pour t’éclairer si tu doutes, te consoler quand tu souffriras, te fortifier au milieu de tes travaux, et te relever avec tendresse, si jamais la débilité humaine te fait faillir. »
Ces grâces qui sont des forces dérivant du caractère sacerdotal, s’échelonneront durant toute la vie du Prêtre, si bien qu’à chaque pas où il rencontrera une responsabilité, il trouvera, pour la porter, un appui divin. Moins qu’un autre, le Prêtre est seul dans ses voies : à ses côtés Jésus chemine, avec les mains surchargées des secours promis dans l’Ordination, dont la source est son Cœur, mais dont le droit formel découle de ce caractère mystérieux qui resplendit dans les secrets de l’âme sacerdotale.
Retraite du mois d’Atfril
La retraite du mois, au centre de Y Union Sacerdotale , à Paris, est fixée au jeudi, 2 avril. L’exercice du matin aura lieu à 10 heures et celui du soir à 4 heures.
Les Confrères de Paris et des environs, ainsi que tous ceux dé passage à Paris ce jour-là, sont fraternellement invités à y assister. Ceux qui désireraient partager avec nous le repas de midi — et ils seront les bienvenus — sont priés de nous avertir à l’avance.