‹ Le SacerdoceChapitre 4 sur 34 · MARIE MÈRE DU PRÊTRE · texte numérisé non relu

MARIE MÈRE DU PRÊTRE

lRie, Mère du Prêtre 1 Qu’il est doux à mon cœur, ô Marie, ce titre sous lequel je vous salue en commençant cette étude ! Mais aussi vous savez bien quelle confiance paisible et forte vous avez versée parfois dans mon âme lorsque, descendu de l’autel et me dépouillant des vêtements sacerdotaux, avant tout autre acte je vous demandais de me recueillir dans votre cœur maternel pour m’y tenir en plein courant des effluves divins. Alors je me voyais semblable à ce petit être humain qui n’a pas encore vu le jour et qui, dans le sein de la mère qui le porte, reçoit, par elle, goutte à goutte, tout ce qui fera de lui un homme ; et moi, j’aspirais en vous tout ce qui me faisait enfant de Dieu.

N’est-ce pas à la lettre, ô Marie, ce qui se passe pour moi lorsque je me loge ainsi dans votre cœur? N’est-ce pas là que je trouve, dans le Saint-Esprit, la communication de la vie du Divin Père, comme la trouva l’Humanité de votre Jésus, au jour de l’Incarnation? Eh! qui donc ferait de moi un enfant de Dieu, un frère de Jésus, si ce n’est vous, douce Goopératrice du Saint- Esprit? Oh ! oui, Mère toute aimable ! Pour que je sois héritier du Ciel, vous m’êtes aussi nécessaire que me le fut ma mère selon la nature, pour que j’eusse le droit de participer ici-bas aux biens de mon père. En un mot, vous êtes ma Mère ! Que je voudrais donc voir briller ce titre sur votre front, dans tout son éclat, envers et contre toutes les discussions des hommes ! C’est cette tâche que j’entreprends. Mais prenez en mains votre propre cause, ô Marie ; et en guidant mon esprit et ma plume, faites ce que je ne saurais faire tout seul : Monstra te esse Matrem.

Une chose est de foi : Marie est la Mère du Souverain Prêtre selon l’ordre de Melchisédech. De la contemplation de ce mystère, considéré successivement dans son principe en Dieu et dans sa réalisation dans le créé, des cœurs de Prêtres pourront tirer les déductions les plus touchantes sur le sujet que nous abordons.

Et d’abord essayons, avec les données de la foi, de faire humblement pénétrer nos regards dans la constitution même de l’Etre incréé, pour y chercher le principe de la vocation de Marie à la Maternité divine.

Au sein de l’auguste Trinité, un amour aux flammes ardentes embrase cette Essence infinie. Son nom, le voici : Amour d'immolation.

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L'amour constitue en effet le fond même de l’Etre divin, si bien que saint Jean n’a pas cru pouvoir mieux définir Dieu que par le mot d’amour : Deus chantas est. Mais en Dieu tout atteint l’infini. Si donc l’homme veut se faire une idée de ce qu’est l’amour en Dieu, il doit chercher le suprême degré auquel son esprit borné peut concevoir que s’élève l’amour. Eh bien, écoutons d’abord Jésus. Nul mieux que Lui ne peut nous instruire sur ce point : il connaît l’amour tel qu’il est en Dieu ; il le connaît tel qu’il peut exister dans le créé et dans ses ultimes rapports avec l’incréé. Que dit-il donc ? — « Majorera hac dilectionem nemo habet , ut animam suam ponat quis pro amicis suis. »' C’est bien du reste ce que le cœur humain découvre en lui-même quand il est pur. Il comprend que quand on se donne, c’est-à-dire quand on communique ce que l’on a à soi de plus intime, dût-on même ne pas le perdre pour cela, c’est aimer; mais quand on se sacrifie, quand on s’immole, quand on veut disparaître et n’être plus rien soi-même, pour voir tout possédé par l'être, aimé, oui voilà bien, au sentiment même des hommes, l’apogée de l’amour.

Alors, il faut le dire, cet amour d’immolation doit exister en Dieu ; et lorsque, dans Y Apocalypse, saint Jean nous montre l’Agneau se tenant à jamais comme immolé devant le trône de l’Ancien des jours, il nous fait simplement voir la manifestation, dans le siècle à venir, d’un fait qui a déjà sa réalité dans les profondeurs de l’éternité. En d’autres termes, l’immolation de l’Agneau dans le temps, n’est que la réalisation du brûlant et éternel désir du Verbe de se sacrifier pour la gloire de son Père.

Entre les trois Augustes Personnes, en effet, c’est en celle du Verbe qu’il faut voir la personnification de l’amour d’immolation. Nous allons le montrer.

L’acte essentiel de l’amour vrai est le don de soi-même. Mais ce don affecte trois formes ou modes distincts et corrélatifs.

L’amour se donne par communication. Ce qu’il a, ce qu’il est, il a besoin d’en faire part à un autre. C’est dans cette forme, et par cette forme, que l’Amour divin prend sa sublime qualité de Père. Se repliant en effet sur lui-même en une lumineuse contemplation de ses perfections infinies, i! produit en sa toute-puissante Intelligence une connaissance splendide de sa propre beauté Connaissance qui n’est pas cette beauté même, mais qui sous forme d’image en reproduit tous les traits, et dont l’éclatant rayonnement, égal à la puissance du regard qui l’a provoqué, manifeste et dit dans le sein même de l’Amour infini tout ce qu'est, tout ce que peut ce divin Amour.

Est-ce pourtant en cette seule production de splendeur au sein

même de l’Amour, que consiste la génération du Verbe? Non, car en définitive, l’Amour en cela n’a rien donné. Ce sont ses propres perfections qui rayonnent ad intrà, sans se multiplier pour cela, et en laissant toujours dans la simplicité de son unité l’Être incréé. Seulement par leur rayonnement, et dans ce rayonnement, elles fournissent un suppôt, distinct de la source d’où il émane, et sur lequel pourra s’exercer l’action communicative de l’amour, pour le don de soi-même. Celui-ci donc s’unissant à ce suppôt, lui communique en toute sa perfection, sa puissance d’accomplir des opérations incommunicables ; il l’investit par là du droit de rapporter à soi-même ses propres opérations, sans que personne autre puisse en revendiquer la propriété ; en un mot, il en fait une Personne divine. Il n’y a rien dans cet Etre souverain qu’est Dieu, de plus intime que son «moi ». Ce « moi » est l’apanage dont la possession exclusive fait de lui le Maître incontesté en toutes choses. Mais il y a aussi dans sa nature une force qui le pousse comme invinciblement à ne pas rester solitaire : c’est son impérieuse aspiration à se donner. Il lui faut pour cela un autre lui-même. C’est pourquoi, de toute éternité, par la communication qu’il fait de son « moi » à l’image rayonnante de ses perfections, en son propre sein, il fait de son Verbe une Personne divine, et c’est ainsi qu’il engendre ce Fils avec lequel s’échange sans fin ses amoureux colloques.

Or ce Fils est aussi « l’Amour », car il est Dieu même. Non moins que son Père il aspire donc à se donner; et à qui se donner sinon à son Père? Comment faire cependant? Les perfections qui sont en lui ne sont pas autres que celles de son Père ; il n’a rien à lui dont son Père ne jouisse déjà par lui-même. Que lui donner donc ? — Oh ! puissance de l’amour divin ! Le Fils s'anéantira! Et par là son Tout restera tout entier à Celui-là seul qui en est la source. Et voilà l’Amour d’immolation qui apparaît à nos yeux.

Mais quoi ! Dieu est, et ne peut pas ne pas être. Or le Fils est Dieu comme son Père ; comment s’anéantir? — Plus que cela : il est un seul Dieu avec son Père ; comment ne pas blesser ce Père en s’anéantissant ? — Mais les trésors de la divine Sagesse sont infinis. Le Fils saura trouver le moyen de surmonter ces difficultés. En dehors de l’Essence infinie, il donnera l’existence à un être de néant ; puis s’abaissant jusqu’à ce néant pour y faire son séjour personnel, il pourra alors satisfaire tous les désirs de son amour pour la gloire de son divin Père. Telle est la raison primordiale de la création.

Qui dira l’ardeur avec laquelle le Fils aspire à cet anéantissement? Quelles paroles brûlantes n’emploiera-t-il pas pour en demander l’accomplissement à son Père ? Amssi comme le Père

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l’écoute avec ravissement ! Gomme il aspire de son côté à recevoir de son Fils ce témoignage suprême d’amour! Oh! que la Sainte Écriture a bien raison d’appeler cette forme du Don de l’amour : « Pulchra dileclio ! »

Nous n’avons pas encore tout dit cependant sur ce sujet. Voici en effet qu’une troisième forme du don de l’amour se trouve réalisée par la commune aspiration du Père et du Fils à se donner : c’est celle du Don consommé !

De toute éternité l’Amour se donne par communication, et par là il est Père. De toute éternité il se donne par oblation, appelant l’immolation réelle, et en cela il opère en Fils. Ces deux formes du don sont éternellement en acte en l’Amour infini. Autant dire qu’en lui existe corrélativement une troisième forme, en vertu de laquelle le Père dans le Fils, et le Fils dans le Père, sont en un perpétuel état de Don. L'acte, en effet, appelle nécessairement Vétat; Dieu ne peut pas être se donnant sans être en même temps Dieu-donné. Or il saute aux yeux qu’il y a là un mode de subsistance de l’Essence divine, distinct des deux autres, en même temps qu’il leur est corrélatif ; et comme en ce mode, l’Essence divine est, aussi bien que dans les autres, sujet d’opérations incommunicables, c’est-à-dire qui ne peuvent être attribuables ni au Père, ni au Fils, de là résulte l’existence en Dieu d'une troisième Personne qui. n’étant ni le Père ni le Fils, est cependant par unité d’essence, le même Dieu que le Père et le Fils. Tout le monde connait son nom : le Saint Esprit.

Si l’on veut bien maintenant étudier la corrélation de ces trois formes du Don de l’amour en Dieu, plusieurs faits seront à constater. On voit tout d’abord que la troisième forme procède des deux autres : l'Être infini se trouve en l’état de don, parce qu’il s’y est mis en se donnant. C'est l’évidence même. — En second lieu : la troisième forme du Don de l’Amour est le lien qui unit les deux autres. C’est en tant que Dieu-donné, ou en raison de son état de Don, que le Père est uni au Fils, plus que cela, qu'il est dans le Fils, et réciproquement. C'est encore évident.

Enfin, voici un troisième fait qui n’est pas moins lumineux. En tant que Dieu-donné, l’Essence divine est comme le lieu incommensurable , si l’on peut allier ces deux mots, où s’accomplit l 'acte du Don de l’amour. Comment, en effet, concevoir l’amour se donnant à lui-même, soit par communication, soit par oblation, en dehors de sa propre Essence ? C’est pourquoi il faut dire que ce que l'on appelle en langage usuel « le sein du Père », n'est autre que le Saint-Esprit. Oui c’est bien vraiment dans ce mode de subsistance où il est Dieu-donné, que l’Amour divin est informé en la

Personne du Fils, par la communication de personnalité que fait l’Essence infinie à l’image rayonnante de ses propres perfections. En d’autres termes, c’est dans le Saint-Esprit que de toute éternité le Père engendre le Fils ; comme c’est dans le Saint-Esprit que le Fils fait son éternelle oblation au Père, et accomplira son immolation au Calvaire.

Aussi, voyez les symboles sous lesquels ce divin Esprit a voulu apparaître. Quand il se montre sous une forme sensible comme Esprit du Père , afin de signifier aux hommes la filiation divine de Jésus, il prend près du Jourdain la figure de la colombe, l’oiseau aux amoureux baisers, qui semble ouvrir ses ailes pour réchauffer son nid ; ou bien sur le Thabor, celle d’une nuée, enveloppante comme la tendresse d’une mère. Mais pour se montrer comme Esprit du Fils se répandant sur l’Église naissante, il devient le feu qui consume les holocaustes.

Tel est le fait éclatant qui va répandre un jour d’une incomparable clarté sur le mystère de la Maternité divine de Marie. Qui ne verrait, en effet, la similitude des fonctions que remplit la Vierge sans tache, dans la naissance du Verbe incarné, avec celles que remplit le Saint -Esprit dans la génération éternelle de ce même Verbe, au sein de l’Ètre incréé ? De même qu’en la Personne du Saint-Esprit, en tant que Dieu-donné, l’Essence infinie est à ellemême le sanctuaire, j’oserais presque dire le moule vivant et vivifiant où la Vie incréée est informée en la Personne du Fils ; de même le sein virginal de Marie est le moule matériel et créé, mais vivant et vivifiant aussi, où peut s’informer d’une manière naturelle la vie d’un Fils de l’Homme.

Rendez-vous spirituel des membres de l’Union Sacerdotale

Nous rappelons à tous nos chers Confrères associés qu’ils sont invités à s’unir, en esprit, dans une commune prière, deux fois par jour : le matin, à 9 heures, pour le Pape; le soir, à 5 heures, pour tous les membres de f Œuvre ;

Un Pater est conseillé, ainsi que la prière suivante : « Domine Jesu, f'ons totius Sacerdotii et charitatis, fac ut charitate fraternitatis invicem düigamus. »

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La charité de Jésus pour ses Prêtres

ils de Dieu, Jésus est également Fils de l’homme ; et à cause de cela il est capable d’aimer comme nous, avec cette différence qu'il ne peut se tromper sur l'objet, le mode et la mesure de ses affections. Jésus a aimé sa famille, sa patrie, ses amis de choix, son collège apostolique; et, pour ne parler que de ce dernier, n’est-il pas permis d’affirmer qu’il a élé l’objet de sa particulière, de sa constante dilection ?

Tout d'abord Jésus s’entoure de disciples privilégiés qu’il enseigne et forme lui-même dans des entretiens intimes où il les traite en amis, les associant à toutes ses pensées, à tous ses desseins, à toutes ses peines ; si bien que le mystère du royaume de Dieu, caché aux autres, se révélait à eux (1) graduellement. Puis, à l’heure venue, lorsque l’avenir était gros de nuages, Jésus, en habile capitaine, forma les cadres de son armée, en créant le collège apostolique. OEuvre sainte et considérable entre toutes ! Il s’agissait, en effet, de réaliser dans le temps la pensée éternelle de Dieu, en vertu de laquelle plusieurs de ses disciples allaient devenir d’autres lui-même, c’est-à-dire des Apôtres, des Prêtres.

Mais auparavant Jésus se recueille, il gagne les cimes d’une montagne où il passe la nuit en prière, en une sorte d’extase, « Et ercil pernoctam in oratione hei (2) », et le lendemain, dès l’aube du jour, il convoque ses disciples aurour de lui et il en désigne douze, parmi les plus anciens, auxquels il donne le nom d'Apôtres (3). Après les avoir ainsi choisis, Jésus leur adresse un admirable discours où il met tout particulièrement en lumière les relations d’intimité, établies désormais entre Lui et eux, au point de daigner les appeler ses amis, (4) ou, pour emprunter la tendre appellation dont il use lui-même, ses petits enfants (5), les premiers-nés de son intelligence et de son cœur.

Pour mieux juger encore de cette fusion des esprits et des cœurs, il faut méditer les épanchements de la dernière Cène où Jésus verse pour ainsi dire son àme dans celle de ses apôtres, les instruisant avec une tendresse toute maternelle et les préparant ainsi à l’accomplissement de ses desseins éternels. « Si quelqu’un

(1) Matth., XIII, 11.

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