‹ Le sacerdoce eternalChapitre 108 sur 110 · Os., iv · texte numérisé non relu

Os., iv

observance : le péché cela va de soi, et la stricte observance parce qu'elle conduit, dit-il, aux scrupules et entrave la liberté. De tels prêtres s'excusent de bien des choses en s'abritant derrière ce prétexte : « Je ne suis pas un religieux », ou : « je ne suis qu'un prêtre séculier ». Sur tous les cas qui les gênent, ils ont vite trouvé des docteurs <i aux sentiments probables », ou des « opinions variées » qui les tirent d'embarras. Ils ont toujours en toute rencontre une communis opinio,et sine periculo tenenda. On ne saura qu'au jour de la révélation du secret des cœurs quels ravages causent de tels prêtres dans la vie spirituelle de ceux qui sont soumis à leur direction, ou subissent leur influence ! L'effet direct d'un pareil relâchement dans les principes est de rebuter de toute aspiration à la vie parfaite les fidèles que leur vocation condamne à vivre au milieu du monde. Et cependant tous les chrétiens sont appelés à la perfection dans quelque condition qu'ils se trouvent. Que ces prêtres veuillent sérieusement détourner du péché les âmes dont ils ont la charge et qu'ils fassent des efforts dans ce but, nous n'en disconvenons pas, mais ils les laissent volontairement dans le terre-à-terre d'une vie vulgaire, irréprochable peutêtre, mais qui n'éprouve pas cette << faim et cette soif de justice » que Dieu a promis de rassasier. Une telle vie, fût-elle sans péché, ne se heurte que trop souvent à toutes les occasions du péché, au risque de trébucher dans la fange. Cette liberté qui se déploie au milieu du monde, se donnant libre carrière, et ne s'arrêtant qu'aux limites qu'elle ne peut franchir sans un péché formel, est un danger pour les âmes dans un monde où l'occasion du péché leur dresse ses pièges sur tous les

chemins et qui vont ainsi se faire prendre à ce réseau de tentations dont les mailles ourdies par Satan couvrent toute la terre. Si l'une échappe pour un temps, les autres restent prises aux mailles de ce filet fatal.

Et un prêtre qui forme ainsi les âmes ne manque pas assurément d'user avant tout pour lui-même de la liberté qu'il accorde aux autres d'un cœur si léger. Mais il est certain aussi qu'un prêtre sévère dans le devoir trouve en retour toute paix et toute suavité dans les restrictions mêmes qu'il impose à sa liberté, et qu'un prêtre relâché ne trouve guère cette paix et cette suavité dans la liberté qu'il s'octroie si facilement. Ses distinctions théologiques ne le défendront pas toujours contre sa conscience : tôt ou tard il finira par soupçonner et par s'apercevoir qu'il a perdu, avec sa ferveur, ses aspirations de la première heure et cette « abondance de suavité » que Dieu réserve à ceux qui le craignent. Il s'est fait de son sacerdoce un fardeau au lieu de s'en faire <( une loi de liberté », et, quand sa dernière heure sera venue, il cherchera en vain dans son cœur la sérénité, la joie ou la confiance et ne les y trouvera pas. Il ne s'est pas conduit généreusement avec son divin Maître et, à ses derniers moments, il reconnaîtra trop tard que ceux qui se sont reniés euxmêmes pour la cause de JÉSUS-CHRIST sont ceux-là seuls qui lui ressemblent ; et que ceux-là seuls sont vraiment libres qui, par le sacrifice quotidien des choses qu'ils pouvaient se permettre sans péché, lui ont consacré leur liberté sans partage. C'est là un triste regard sur le passé pour un prêtre dont la vie va finir: Erubescat aliquando l'eus videri qui semper fuerat judex.

Le Sacerdoce Éternel. io

IV. Après la mort du prêtre relâché, s'offre à nos regards la mort d'un prêtre mondain, vrai « séculier » celui-là, et de nom et d'esprit. Il s'aperçoit trop tard qu'en servant le monde il a servi un mauvais maître et qu'en s'efforçant de servir deux maîtres à la fois il a amassé, comme dit le prophète, « des gages qu'il a mis dans un panier troué (x) ». Le monde se retire le laissant les mains vides et pour le monde éternel qui s'ouvre devant lui, il ne s'est guère amassé de ces trésors que la « rouille ne peut atteindre;). Je ne parle pas ici des prêtres mondains des siècles passés, mais je parle de la mondanité qui peut, même encore aujourd'hui, dans le dix-neuvième siècle, infecter les rangs de notre clergé. Nous en avons fini sans doute avec les rivalités ambitieuses et les compétitions retentissantes qui désolaient l'Église à une autre époque, alors qu'on voyait des prêtres courtisans, alors que l'Eglise était riche et comblée d'honneurs. Mais le monde actuel tend au clergé d'autres pièges : la popularité, la flatterie, l'attrait des plaisirs peuvent corrompre plusieurs d'entre nous et causer plus d'une ruine. Dès qu'un prêtre se laisse prendre à ces appâts, il aime à se répandre dans les sociétés du monde, il devient partisan d'une vie facile et dissipée, il aime le confort, les plaisirs de la table, les conversations mondaines : c'est un vrai gourmet des plaisirs les plus raffinés de la littérature et de la musique, un vrai dilettante en matière d'art, un fashionable de haut ton. Mais l'effet direct que produit une vie ainsi conduite, c'est de faire trouver le séjour du presbytère fastidieux et monotone, les longues heures qu'il faut passer au confessionnal ennuyeuses à l'excès ;

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