I Cor., iv
l'éternité d'autre titre que celui de sa spirituelle paternité. Le monde a étouffé le titre de père sous les flots de ses adulations et de ses flatteries, et les prêtres ont prêté la main à leur amoindrissement en acceptant trop facilement les hommages du monde. Avec le titre, le sentiment intime de la paternité et de la filiation s'est d'abord obscurci, s'est peu à peu oublié et a fini par se perdre. L'étroit lien de mutuelle confiance et de mutuel amour entre le sacerdoce et les fidèles s'est dès lors relâché et n'a fait que trop souvent place à l'éloignement et à la défiance.
Les prêtres sont de plus juges des hommes. La loi juive interdisait l'accès des fonctions judiciaires à tout homme qui n'était pas père, car la justice doit être tempérée de miséricorde. Le juge spirituel a encore plus besoin de miséricorde que le juge séculier. Le juge des âmes a besoin d'être pénétré de la charité de Dieu dont émane toute paternité au ciel et sur la terre. Un juge doit être juste et la miséricorde est renfermée dans la justice. Saint Grégoire le Grand, en étudiant la hiérarchie céleste, dit que les « Trônes » sont les justes au sein desquels Dieu habite et règne, comme sur le siège de sa souveraineté. Notre divin Maître a dit: « Vous qui m'avez suivi, lorsque le Fils de l'Homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous serez assis sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël (J). » Ces paroles s'adressaient aux apôtres et à l'épiscopat qui, à leur place, est chargé aujourd'hui de juger spirituellement le monde. Chaque évêque assis sur son siège, entouré de ses prêtres, liant ou déliant judiciairement les âmes par le pouvoir des clefs est un juge, ou
i. Matt. xix, 28.
mieux, un arbitre entre Dieu et les hommes, dont la sentence prévient celle qui sera prononcée au jugement du dernier jour.
Enfin, les prêtres sont médecins. On apprenait aux prêtres dans l'Ancienne Loi à discerner entre lèpre et lèpre et on apprend aux prêtres de la Nouvelle Loi à distinguer entre péché et péché. Et pour cette fonction deux choses sont absolument nécessaires: la science et la charité, la science de Dieu, la science des saints, la science de soi-même, et la charité qui, sans achever de rompre le roseau brisé et sans éteindre tout à fait la mèche qui fume encore, ne se taira jamais lorsqu'elle rencontrera une maladie qui mène au trépas, ou un péché véniel près de devenir mortel, et une âme malade exposée à la mort.
Saint Paul a raison de demander : « Pour une pareille mission où trouver un homme capable ? » Se tenir dans une relation continuelle et étroite avec le Verbe fait chair ; être préposé à la garde des âmes pour lesquelles il a versé son précieux sang ; être chargé de leur salut à tel point que, si nous étions des mandataires infidèles, leur sang serait réclamé de nos mains, tout cela demande dans le prêtre une sainteté personnelle proportionnée à là charge de conduire les âmes du péché à la pénitence et de la pénitence à la perfection. Comment guideront-ils les autres dans la carrière ceux qui ne l'ont pas parcourue eux-mêmes? Des théologiens affirment qu'un homme peut exercere perfectionem.c 'està-dire apprendre aux autres à être parfaits, sans que lui-même ait encore atteint la perfection. Nombreuses même sont les imperfections de ceux qui sont parfaits, et le bon prêtre le sait mieux que tout autre par sa
propre expérience. Néanmoins, pour diriger les autres dans la perfection, il est nécessaire que le prêtre soit lui-même entré dans l'état de perfection, quoiqu'il puisse, nous le répétons, y conduire les autres et n'en être encore lui-même qu'aux extrêmes frontières. Mais aucun prêtre ne se contentera d'avoir au cœur si peu de générosité. Saint Paul était animé d'un tout autre esprit lorsqu'il disait : « Je ne crois pas avoir gagné le terme, mais mon unique soin c'est qu'en oubliant ce qui est derrière et faisant mes efforts pour atteindre ce qui est devant, je m'avance vers le terme, vers le prix auquel Dieu appelle d'en haut par JÉSUS-CHRIST (x). »
i. Philip., ni, 13, 14.
N prêtre se trouve engagé dans trois rapports dont chacun l'oblige à tendre à la perfection intérieure.
I. Le premier de ces rapports le lie au Grand-Prêtre dont il partage le sacerdoce. Il est la source de notre sainteté ; mais il est aussi la loi de nos devoirs. Aux prêtres de l'ancienne loi qui s'approchaient de lui, Dieu disait : Sanctiestote, quia ego sanctus sum (x). La sainteté incréée de Dieu exige la sainteté dans tous ceux qui l'approchent. Du milieu du buisson ardent de l'Horeb.Dieu commanda à Moïse de dépouiller sa chaussure, car le sol qu'il foulait était saint (2). Un homme qui n'est pas saint, s'il recherche la prêtrise, recherche son éternelle damnation ; <{ et qui peut se résoudre à demeurer dans les feux éternels (3) » ? La sainteté de Dieu, sa pureté, son zèle, sa justice sont comme les flammes d'une fournaise où les âmes pures qui s'y plongent deviennent plus pures encore, mais où les âmes impures sont consumées. Car « Dieu est un feu qui consume (4) ». Ceux-là seuls qui sont semblables au Grand-Prêtre, auteur de leur salut, et qui ont un vrai désir d'arriver à une sainteté parfaite de corps, de cœur et d'esprit, peuvent se tenir avec confiance devant lui. La sainteté de Dieu a sur eux un pouvoir d'assimilation qui achève le travail qu'il a commencé
i. Levit , xi, 44, 46.