‹ Le sacerdoce eternalChapitre 24 sur 110 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

|AIXT Paul dit : « Nous savons que toutes choses concourent à l'avantage de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui, selon le dessein qu'il a formé, sont appelés à être saints. Car ceux qu'il a vus par sa prescience, il les a aussi prédestinés pour être conformes à l'image de son Fils, afin qu'il soit lui-même le premier entre plusieurs frères. Et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés, et ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés, et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés (*) : » c'est-à-dire, il les a revêtus de la gloire de l'adoption de fils de Dieu. Tel est le but de notre prédestination comme chrétiens, et les moyens pour atteindre ce but sont la vocation, la justification et l'adoption. Et ces moyens, avec les grâces du Saint-Esprit qui y sont attachées, sont proportionnés et adéquats à la fin qu'il s'agit d'atteindre : notre conformité au Fils de Dieu, et dans cette vie et dans l'éternité. Les œuvres de Dieu ne manquent jamais leur but par la faute de Dieu. S'ils le manquent, c'est que notre concours leur a fait défaut. Une grâce suffisante est donnée pour arriver à la sainteté à tout homme régénéré par le baptême. Tous les chrétiens sont appelés à être saints, non sans doute dans la même mesure et au même degré, car « l'étoile diffère de l'étoile en éclat ». Les voies et les vocations des hommes sont innombrables dans leur

i. Rom., vin, 28-50.

étendue et dans leur diversité, mais à chaque homme est donnée une grâce adéquate à la fin à laquelle il est appelé et qu'il doit atteindre, et aux particularités de la route qu'il doit suivre pour l'atteindre.

Cette loi souveraine du Saint-Esprit est énoncée par saint Bernardin de Sienne en des termes bien connus (J).

De tous ceux qui, selon le langage de l'Apôtre, sont prédestinés à être conformes à l'image de JÉSUS-CHRIST, les premiers sans conteste sont ceux qui partagent son sacerdoce et son caractère. Ils sont appelés à lui ressembler afin qu'ils puissent être les représentants de sa personne devant les hommes et le calque fidèle de son esprit. A eux, par conséquent, sont accordés tous les moyens proportionnés et suffisants pour arriver à la fin sublime qui leur est propre : celle d'une très étroite conformité avec le Fils de Dieu.

Les moyens donnés aux prêtres pour atteindre cette fin sont de deux espèces : la première espèce se compose des moyens que nous appellerons généraux, et la deuxième de ceux que nous nommerons spéciaux. Nous nous occuperons pour le moment des moyens généraux et nous laisserons les moyens spéciaux pour un autre chapitre, nous bornant aujourd'hui à les indiquer.

Les moyens généraux sont au nombre de trois : c'est d'abord la grâce sacramentelle de la prêtrise ; c'est

1. « Omnium singularium gratiarum alicui rationabili creaturse communicatarum generalis régula est quod quandocumque divina gratia eligit aliquem ad aliquam gratiam singularem, seu ad aliquem sublimem statum, omnia charismata donet quas illi personne sic electae et ejus officio necessaria sunt, atque illam copiose décorant. »

— Serm. de S. Joseph, tom. IV, p. 231.

en second lieu l'exercice de la prêtrise ; c'est en troisième lieu l'exercice de la charge pastorale.

I. Le premier moyen de perfection sacerdotale, c'est la grâce sacramentelle que l'on reçoit dans la prêtrise. Cette grâce, disent les uns, est attachée au caractère qu'imprime l'ordination ; elle découle simplement, disent les autres,du caractère sacerdotal. Chaque sacrement confère la grâce sanctifiante ; mais, comme chacun est institué pour une fin distincte, une grâce spéciale est donnée par chacun pour la fin distincte qui lui est propre. Voici la description qu'en fait saint Thomas : « Comme les vertus et les dons, dit-il, ajoutent à la grâce ordinaire une perfection déterminée qui est donnée en vue des actes propres des puissances de l'âme, la grâce sacramentelle ajoute à la grâce ordinaire, ainsi qu'aux vertus et aux dons, un secours divin, aiixilium divinum, destiné à conduire à la fin assignée aux sacrements ('). » Ce secours divin n'est pas donné une fois pour toutes, mais comme grâce initiale ; il ouvre comme une source divine d'où s'échappe un torrent de grâce qui coule, grossit et se répand en multiples secours (auxilia) nécessaires au moment du besoin, du combat, du danger ou de la tentation.

Il est en outre de foi que non seulement une grâce sanctifiante proportionnée à l'état sacerdotal est accordée dans l'ordination — pourvu toutefois que l'indignité du sujet n'y mette pas d'obstacle ; — mais en outre un secours divink distinct et tout spécial, adéquat, continu, multiple, mettant le prêtre à même d'accomplir toutes les obligations de son sacerdoce. Un prêtre est revêtu

i. Summa theol., p. m, q. LXII, a.

de trois caractères et il reçoit par là même une triple grâce sacramentelle en sa qualité de fils, de soldat et de prêtre. Ces divins secours ne font jamais défaut de la part de Dieu. S'ils font défaut, c'est le prêtre luimême qui fait défaut. C'est son propre péché ou son propre relâchement, ou sa propre paresse qui en sont cause ; c'est son indifférence à saisir la main que Dieu lui offre et qui le pousserait en avant pour l'accomplissement des devoirs qu'il décline et ouvrirait son cœur aux aspirations auxquelles il le ferme. Saint Paul à cette question : « Qui sera capable d'accomplir de telles choses ? » répond en disant : «Je puis tout en Celui qui me fortifie ».

Il est de foi divine que Dieu ne commande pas l'impossible ; il est aussi de foi qu'un accroissement de grâce est accordé à celui qui répond à la grâce qui lui est offerte. Le sacerdoce est véritablement un état élevé et une tâche ardue. Bien des hommes reculent et, à juste titre, par humilité, par défiance d'eux-mêmes et par une sainte frayeur, devant ce fardeau redoutable. Mais lorsque l'indélébile caractère a été une fois imprimé sur un cœur d'homme, trembler, pour lui, ou hésiter c'est imiter saint Pierre sur la mer lorsque les vents et les vagues mugissaient. Xotre-Seigneur lui reproche sa lâcheté : « Homme de peu de foi, pourquoi hésitestu ? » Ces paroles doivent retentir à jamais à nos oreilles. Si nous commençons à nous enfoncer comme saint Pierre,c'est que, comme lui, nous avons commencé à douter. Et alors nous nous mettons à regarder à droite et à gauche, en avant et en arrière, et à nous imaginer que le salut, le repos et la sainteté peuvent se rencontrer dans tel état et dans tel autre, et partout

excepté dans le nôtre. C'est là manquer de cette humilité et de cette foi qui sauve. Si nous savions user de la grâce que nous avons reçue, nous ne tomberions jamais; cette grâce serait augmentée, doublée, décuplée, en récompense de notre humilité, de notre fidélité et de notre confiance aveugle en notre divin Maître. Aucun homme n'a autant de talents à faire fructifier en attendant le retour de son Maître que le prêtre et aucun homme, par conséquent, ne peut se préparer une telle moisson de récompenses. De notre bénie Mère seule on peut dire qu'elle a correspondu à chaque lumière, à chaque inspiration et à chaque grâce du Saint- Esprit, et cela promptement et d'une manière adéquate, de sorte que l'accroissement de la grâce en elle ne peut être mesuré, et qu'on appelle à juste titre cet accroissement une immensité, un océan de grâces. Mais tout prêtre, quoiqu'il soit bien au-dessous de Marie, à cause de la souillure originelle, à cause de ses fautes, de ses chutes et de sa correspondance tardive et insuffisante aux grâces immenses et innombrables qu'il a reçues, tout prêtre peut gagner et amasser en lui-même des trésors de sanctification qui s'accroîtront durant toute sa vie et qui s'accumuleront chaque jour davantage jusqu'à la fin.

S'il arrivait qu'un prêtre, même au début de sa vie sacerdotale, mit par le péché ou par négligence un obstacle à la grâce de son ordination, cette grâce, s'il se convertit sincèrement à Dieu, peut rompre les chaînes dans lesquelles le péché la retenait captive et revivre encore en lui. Si, dans le cours de sa vie, il venait à perdre sa ferveur première et même la vie spirituelle de la grâce, le sacrement de pénitence lui

rendra cette vie, et par la contrition, la grâce de l'ordination pourra revivre encore. Qui alors est en droit de désespérer ? L'espérance honore notre divin Maître. Espérons donc grandement, fortement et avec une persévérance inébranlable jusqu'à la mort.

II. Mais, en second lieu, le sacerdoce lui-même, indépendamment de la grâce qu'il confère, est une source de sanctification pour le prêtre. Il est une retraite, une sauvegarde et un abri contre le monde. Il stimule et il élève les aspirations du cœur. Il imprime au prêtre un mouvement d'ascension à un degré supérieur d'union avec Dieu. Un prêtre est séparé de la foule pour travailler à la plus grande gloire de Dieu et à toute vie sacerdotale on peut appliquer ce qui était écrit sur les vases sacrés du temple : Sanctificatiis Domino (I). C'est à cela que tous les actes de sa personne doivent se rapporter. Ces paroles du Psalmiste doivent trouver leur expression vraie sur les lèvres d'un prêtre : « Je n'ai demandé au Seigneur qu'une seule chose, et je ne rechercherai qu'une seule chose, c'est que je puisse habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie ; c'est que je puisse goûter les délices du Seigneur et que je puisse visiter son temple, car il m'a caché dans les profondeurs de son tabernacle (2). » La « seule chose » de la vie d'un prêtre, c'est de rester auprès du Seigneur au saint autel, de p-arder la clef du tabernacle et d'être comme un disci-

pie ad lattis Domini, — au côté droit de son Maître. Le titre d' « Alter Christus » qui est le sien est à la

Page 1