‹ Le sacerdoce eternalChapitre 25 sur 110 · Ps. , xxvi · texte numérisé non relu

Ps. , xxvi

fois pour lui une joie et un reproche. Si nous sommes identifiés avec Xotre-Seigneur, il demeurera en nous et régnera en nous. « La charité du Christ nous presse» , dit l'apôtre, — c'est-à-dire, son amour pour nous nous presse de l'aimer, de le servir de toutes les puissances de notre âme, car il est mort pour nous dans ce but — «que nous ne vivions plus désormais pour nous-mêmes». — <<; Avec le Christ, dit saint Paul, je suis cloué à la croix ; et je vis, mais ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi (J). »

Si la présence de JÉSUS s'empare de toute notre âme; si elle pénètre notre intelligence, notre volonté,, nos affections, il vit en nous et nous, par lui, nous vivons d'une vie surnaturelle; notre liberté nous reste sans doute dans sa plénitude, mais son esprit et ses inspirations régnent absolument sur nous. Nos pensées sont les siennes, nos paroles sont les siennes, nos actions sont les siennes. Quelle abondance de suavité embaumera toute notre vie si, comme prêtres, nous pouvons dire : « Je vis, non ce n'est plus moi qui vis, c'est Jé- SUS-CHRIST qui vit en moi! » Le monde n'obtiendra plus rien de nous, nous ne le rechercherons plus et nous ne le craindrons plus. La conviction de notre prédestination, de notre vocation, de notre justification et de notre adoption, et celle de la seconde et plus haute vocation qui nous est échue, d'être, dans une mesure et un mode singuliers, «rendus conformes, comme dit l'Apôtre, à l'image du Fils de Dieu » par notre participation à son sacerdoce, nous sera un perpétuel stimulant pour nous élever à toute perfection.

i. Gai., il, 19, 20.

LES MOYENS PRAT. DE PERFECT. POUR LE PRÊTRE. 6l

III. Enfin l'office pastoral est aussi en lui-même pour le prêtre un stimulant à la perfection ; car il est avant tout une vie d'abnégation de soi-même. Un pasteur a autant d'actes de sujétion à accomplir qu'il a d'âmes à servir. Bons et méchants, malades et bien portants, jeunes et vieux, sages ou insensés, dignes et indignes (et ceux-ci n'ont pas toujours conscience de leur indignité), pénitents et impénitents, convertis et non convertis, pécheurs et relaps, endurcis et rebelles, tous sont confiés à sa vigilance pastorale. Pas un ne peut être négligé et encore moins rejeté par lui, jamais, en aucun temps, et dans aucune situation. Saint Philippe de Néri avait coutume de dire qu'un prêtre n'a pas de temps qui lui appartienne et que bon nombre des plus consolantes conversions qu'il opère se présentent à lui à des heures indues et en des moments inopportuns. S'il avait repoussé l'âme qui s'est présentée à lui à une heure indue, au moment du souper, par exemple, ou en tout autre temps peu convenable, cette âme était perdue. La patience qu'il faut au prêtre pour supporter le choc de tant de caractères disparates; l'abnégation dont il a besoin pour se plier à tant d'esprits excentriques et inconsidérés qui s'adressent à lui; les appels fatigants et parfois excessifs faits à son ministère, à toute heure du jour et de la nuit; son ministère auprès des malades et des moribonds au lit desquels il est souvent appelé coup sur coup au moment même où il se livre à un repos nécessaire; les importunités continuelles des gens qui viennent le trouver chez lui ou qui lui écrivent, à ce point que le bruit de la sonnette et les coups frappés à sa porte sont pour un pasteur un présage constant qui ne le trompe

jamais ; tout cela fait de la vie du prêtre une vie pleine d'ennuis et, chose étrange à dire, une vie aussi isolée que s'il habitait un désert. Aucun cilice ne mortifie le corps comme cette vie de perpétuelle abnégation de soi-même mortifie la volonté. Mais, quand la volonté est mortifiée, le serviteur ressemble à son Maître et son Maître est le type de toute perfection. « Si ergo dilectionis est testimonium cura pastionis \quisquis virtutibus pollens gregem Dei renuit pascere, pastorem summum convincitur non amare ('). »

Nous pouvons ajouter enfin que l'office pastoral est la plus haute école de charité; et la charité c'est la perfection de Dieu et de l'homme. C'est la charité qui l'a porté à devenir pasteur,et c'est la charité qui l'oblige à donner sa vie pour son troupeau. Du commencement à la fin de sa vie sacerdotale, la charité est le moteur puissant qui dirige, conduit et met en action toutes les facultés de son être. Il sait qu'il est vicarius cJiaritatis 'C/iristi. Chaque action d'un prêtre fidèle est inspirée habituellement, virtuellement et actuellement par la charité. Et comme dans chacune de ses actions, depuis la plus grande jusqu'à la plus petite, la charité se traduit en acte, elle reçoit un perpétuel accroissement dans son cœur.sous l'action de l'Esprit-Saint qui est la charité de Dieu. « Dieu est charité et ceux qui résident dans la charité résident en Dieu et Dieu en eux (2). » Mais où Dieu réside, réside la sainteté, car quoique la charité et la sainteté soient distinctes, elles sont inséparables, marchent ensemble, croissent ou diminuent

i. S. Greg. in Rtg. Past., p. i, c. v 2. I Joan. , iv, 16.

ensemble en intensité comme la lumière et la chaleur qui sont inséparables.

Nous pourrions allonger ce sujet en entrant dans des détails concernant, par exemple, l'humilité, la pureté, la piété, la générosité et les autres vertus qui sont en continuel exercice et en continuel accroissement dans la vie de prêtre et de pasteur. Quant à la mortification et à la charité, elles sont à elles seules les deux conditions indispensables de la perfection et il est inutile d'insister davantage pour montrer que les exigences de la vie sacerdotale et pastorale font un devoir au prêtre de les pratiquer dans toute leur étendue.

Il nous suffira d'énumérer pour le moment les autres moyens de perfection, parce qu'ils doivent appeler de nouveau notre attention plus tard.

Premièrement, c'est la loi de la chasteté, avec toutes ses sauvegardes et ses saintes prescriptions.

Secondement, c'est la vie et l'esprit de pauvreté qui trace une loi au prêtre, quant à l'usage de ses revenus ecclésiastiques, et lui donne des conseils qui équivalent à des ordres, quant à l'administration et à l'usage de son patrimoine, s'il en possède un.

Troisièmement, c'est l'obéissance à l'Eglise, à son évêque, à la loi, à la discipline, à la voix vivante de l'autorité, obéissance qui peut s'exercer dans les plus petits détails et s'étendre aussi loin que le peuvent désirer ceux qui ont la volonté d'obéir.

Ces trois obligations sont des moyens pratiques de perfection. On peut y ajouter:

Quatrièmement, l'habitude de la prière et de la méditation, qui est l'habitude de la contemplation.

Cinquièmement, la célébration quotidienne de la

sainte messe, avec sa préparation et son action de grâces, et les multiples relations du prêtre avec le Saint-Sacrement, soit lorsqu'il dispense le pain de vie à son troupeau, soit dans les bénédictions, processions et expositions, ainsi que dans les visites personnelles qu'il rend à son divin Maître présent au saint autel.

Sixièmement, le confessionnal. Le prêtre qui est fidèle et patient, comme père, comme médecin et comme juge des âmes, puise plus de vraie science dans les exemples vivants de chutes et d'épreuves, de contrition et de conversion, de sainteté et de perfection que lui offre le confessionnal que dans tous les livres de sa bibliothèque.

Septièmement, la prédication de la parole de Dieu pour laquelle la méditation quotidienne et l'étude de la Sainte Écriture sont d'une nécessité essentielle. Saint Augustin a dit: «qu'un homme prêchera d'autant mieux ou d'autant moins bien qu'il aura fait plus ou qu'il aura fait moins de progrès dans la Sainte Écriture (*). »

Huitièmement, les sept visites qu'il rend à la cour céleste par la récitation quotidienne de l'office divin.

Neuvièmement, le règlement de vie qui lui a été dicté et inculqué dans le séminaire, règlement qui, dans ses grandes lignes au moins, est devenu pour le prêtre une seconde nature et qui dirige, oblige, conseille et ordonne toute sa vie d'union avec Dieu.

Enfin, «la loi de liberté», la plus élevée et la plus assujettissante de toutes les obligations,dont nous parlerons plus tard avec plus de développements.

i . De Doc. Christ, lib. IV, 5.

Avec de tels et si abondants moyens de se fortifier dans la perfection intérieure qui était la sienne le jour de son ordination, et de s'approcher sans cesse chaque jour d'une plus parfaite conformité à l'esprit et à la vie de son divin Maître, aucun prêtre ne peut baisser d'un degré en humilité, en charité et en sainteté, si ce n'est de sa propre faute. Dieu a fait pour nous plus que nous ne pouvons demander ou imaginer et « les dons et les appels de Dieu sont sans repentance (x)>>, c'està-dire que son esprit et ses desseins ne changeront jamais à l'égard de ses prêtres, qu'il a choisis pour être ses représentants et pour être comme lui-même, « la lumière du monde » et « le sel de la terre ».

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