‹ Le sacerdoce eternalChapitre 31 sur 110 · Phil., 11, 2i · texte numérisé non relu

Phil., 11, 2i

ou le presbytère, mais ce n'est pas sa maison. Sa maison est où est son cœur et son cœur est dans le monde. Il est toujours prêt s'il s'agit de se mêler aux fêtes dés mondains et à la société des personnes du sexe, mais il n'est jamais prêt pour se rendre au lit d'un malade, pour entendre le récit d'une infortune et pour la récitation de l'Office divin. Dans la joie, il manque de retenue, et dans l'affliction, il manque de courage. De prudence et de circonspection, point. Ses yeux sont fermés à tout ce que les autres remarquent autour de lui et dont lui seul ne sait ou ne veut pas s'apercevoir. Il aime l'argent et il est avide d'oblations et de présents (T). Quand il s'agit du monde et des choses qui lui plaisent, il a toujours du temps et des loisirs. C'est un parleur facile et un esprit quelque peu porté à la satire; il voit vite le ridicule des hommes et des choses et c'est un joyeux compagnon dont on recherche la société. L'état de ce prêtre confine à la tiédeur qui consiste, selon la définition de saint Bernard, « en courte et rare componction, en pensées sensuelles, en obéissance sans dévotion et en paroles sans circonspection ». Et saint Bernard ajoute à propos des péchés de ce genre : € Que personne n'ose dire dans son cœur que ces choses sont légères. Que personne n'ose dire : qu'importe que je me permette ces péchés véniels et ces vétilles ? Ce langage est celui de Timpénitence, c'est un blasphème contre le Saint-Esprit, un péché sans rémission (2) ».

1. « Quis est in vobis, qui claudat ostia, et incendat altare m eu m gratuito?» — Mal., 1, 10.

2. Xemo dicat in corde suo : levia sunt ista, non euro corrigere, non est magnum si in his maneam venialibus minimisque peccatis. Hoc est enim, dilectissimi, impœnitentia, haec blasphemia in Spiritum Sanctum, blasphemia irremissibilis ». — Serm. 1. De sa?ictis, tom. nr, p. 2066.

Et il ajoute encore : « Xe méprisez pas ces choses sous le prétexte qu'elles sont légères, mais craignez-les parce qu'elles sont fréquentes. » Et le concile de Trente dit : « Que les prêtres évitent les fautes légères qui en eux sont grandes. » Une tache sur l'habit d'un laïc est à peine visible, mais une tache sur l'aube d'un prêtre est visible à tous les yeux.

Il serait utile pour nous de nous retremper chaque jour, et partout où nous sommes, dans la conviction que nous sommes prédestinés et consacrés à réaliser la plus grande gloire de Dieu. La manière de vivre et le terre-à-terre qui suffisent à la rigueur pour les laïcs ne sont pas admissibles pour les prêtres.A tous les hommes saint Paul dit : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quelque chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. » Si telle est la loi du devoir pour les laïcs, quelles seront les obligations du prêtre ?

ES considérations que nous avons présentées jusqu'ici ont élevé le prêtre à nos yeux à un degré si sublime que la première pensée qui se présente naturellement à notre esprit c'est celle des dangers qui l'entourent S'il vient à tomber, de quelle profondeur sera sa chute! Se tenir debout sur le pinacle du temple demande une sorte d'équilibre surnaturel et une grande attention à prévenir une chute mortelle. Il est bon, il est même nécessaire que nous entrions dans le détail des dangers qui nous menacent et que nous en mesurions l'étendue. Nous pouvons tous nous rappeler avec quelle sainte frayeur nous nous sommes préparés à l'ordination, avec quelle joie et avec quelles espérances nous avons reçu l'indélébile caractère du sacerdoce, mais aussi avec quel désappointement intérieur nous avons dû constater, en nous réveillant le lendemain matin ou peu de jours après, que nous étions les mêmes hommes qu'autrefois. Ce contraste entre nos aspirations ardentes et pleines d'espérances de la première heure et la froide et âpre réalité de notre état intérieur fît sur nous l'effet que produit un vent vif et desséchant sur un arbre chargé des premières fleurs d'avril. Mais l'effet de cette constatation fut pour nous salutaire. Elle excita en nous une sainte frayeur et nous avertit de nous tenir sur nos gardes. Nous comprîmes mieux alors le sens de ces paroles de la sainte Écriture: « Fils de l'homme, je vous ai donné pour sentinelle à la maison d'Israël ; vous

écouterez la parole de ma bouche et vous leur annoncerez ce que vous aurez appris de moi. Si, lorsque je dirai à l'impie : Vous serez puni de mort, vous ne lui annoncez pas, et si vous ne lui parlez pas, afin qu'il se détourne de la voie de son impiété et qu'il vive, l'impie mourra dans son iniquité ; mais je vous redemanderai son sang. Que si vous annoncez la vérité à l'impie et qu'il ne se corrige point de son impiété, et qu'il ne quitte pas sa voie perverse, il mourra dans son iniquité, mais pour vous vous aurez délivré votre âme (T) ». C'est avec cette mission divine imposée à sa faiblesse que le prêtre, dès le lendemain de son ordination, commence son œuvre pastorale. Alors aussi commencent pour lui ses dangers. Saint Jean Chrysostome, après avoir parlé des épreuves des évêques et des prêtres, après avoir montré à quel point ils sont exposés aux traits des langues enfiellées et à la malignité publique qui les accuse souvent de choses contradictoires et qui, quoi qu'ils fassent, prend offense de leurs actes, ajoute : « Le sacerdoce demande une grande âme, car le prêtre trouve en lui-même de pesants motifs d'inquiétude et il a besoin d'avoir les yeux ouverts de tous côtés (2). » Ces paroles retentissent à nos oreilles comme un avertissement. Qu'il nous soit donc permis d'approfondir ce sujet.

I. Pour un prêtre au début de sa carrière sacerdotale, le premier danger qu'il court, c'est la perte des appuis qui l'avaient si longtemps soutenu pendant ses années de séminaire. Un vaisseau lancé du chantier dans la

i. Ezech. , ni, 1-19.

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