‹ Le sacerdoce eternalChapitre 32 sur 110 · Hom. III, in acia Ap. tom. ix, p · texte numérisé non relu

Hom. III, in acia Ap. tom. ix, p

mer, après avoir été débarrassé de tous ses étais, vogue désormais en liberté sur les vagues et n'a plus d'autre sauvegarde contre le naufrage que sa propre solidité ; de même un prêtre lancé du séminaire dans le champ confié à son activité, ne dépend plus désormais que de Dieu et n'a plus de salut que dans la fermeté inébranlable de sa volonté. Au séminaire, le règlement, l'ordre et la division du temps et du travail, le son de la cloche qui le rappelle au devoir durant toute la journée depuis le premier tintement du matin jusqu'au dernier signal du soir : l'exemple et la salutaire influence qu'exerce sur lui la société des compagnons de sa vie sainte ; et, mieux que tout cela, les grands conseils et la sollicitude éclairée de ses supérieurs, tout cet ensemble d'appuis précieux soutient le zèle et assure la persévérance des élèves du séminaire jusqu'au jour où, investis du sacerdoce, ils abandonnent les vieux murs qui leur sont chers et que la porte de cette sainte maison se referme derrière eux. Ils sont lancés au milieu du monde, destinés à la vie séculière qui était celle des apôtres, c'est-à-dire à vivre dans le monde pour le salut du monde, et toutefois à n'être pas du monde, mais à être en guerre avec lui : de tous les hommes du monde les moins séculiers à moins que le monde ne finisse par déteindre sur eux et que le sel de la terre ne s'affadisse. En ce cas ils méritent le titre de séculiers dans toute son extension et ils le sont en réalité.

Le premier danger donc d'un prêtre envoyé du séminaire dans le monde est la perte de toutes les influences bénies qui s'exerçaient autour de lui et lui servaient de support. Pour la première fois il est à sa propre charge, et cette charge pèse de tout son poids sur son inexpé-

8o CHAPITRE SEPTIÈME.

rience. Il éprouve un sentiment pénible de sa solitude et de la liberté illimitée qui est désormais la sienne. Tout désormais dépend pour lui de sa volonté et de son choix. Son temps, ses occupations, ses devoirs et jusqu'à l'heure de sa messe et son jour de confession ; ses visites, ses amis, ses récréations,tout est réglé désormais par sa propre volonté. C'est une liberté précieuse qui. employée avec générosité, change en or tous les actes et tous les jours de sa vie, mais qui, gaspillée et trop prodiguée, amène la pauvreté spirituelle, la honte et le danger. En échange d'une liberté illimitée, il est assailli d'une foule de tentations. Il respire dans une atmosphère chargée de périls. Peu d'esprits se suffisent assez à eux-mêmes pour ne pas rechercher la fréquentation des hommes et les sympathies humaines. Un prêtre qui sort du séminaire a besoin de société, et cette société il la recherche souvent parmi les gens du monde. Il est encore trop peu expérimenté pour connaître le caractère des personnes avec lesquelles il est en rapport, et la réputation des familles où il est invité. Avant qu'il ait acquis cette expérience, il est souvent engagé dans des relations qu'il voudrait n'avoir point choisies et dans des invitations qu'il déclinerait s'il en avait le courage. Le peuple est très hospitalier pour le prêtre ; il prend en pitié sa solitude et aime de le recevoir à sa table. Il arrive parfois que ce sont les meilleures familles qui sont le moins circonspectes à son égard et qui l'importunent le plus par leurs invitations. Comment un jeune homme inexpérimenté résistera-t-il à ces avances séduisantes et à ces appâts au relâchement, à la vie sans règle, au laisser-aller et à la dissipation ? Toute la vie sacerdotale peut dépendre de son début,

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et le jeune prêtre y est placé depuis trop peu de temps pour y avoir acquis quelque expérience.

II. Un autre danger dans la vie du prêtre provient de la longueur du temps qu'il a déjà passé dans le saint ministère. Il y entra dans tout l'éclat du caractère imprimé en lui le jour de son ordination. Le sacerdoce, s'il est exercé avec fidélité et ferveur, ajoute au caractère et à la vie sacerdotale un éclat qui augmente chaque jour d'intensité. Mais rapidement aussi « l'or pur se change en un vil plonb (x) ». Le jeune prêtre subit vite l'impression de son entourage et il peut être placé parmi des prêtres plus âgés qui, quoique bons prêtres, ont pris des habitudes de vie large et facile. Sa première ferveur baisse et le vieil homme renaît. Il redevient le même homme qu'il était autrefois et ses anciennes habitudes le reprennent avec une énergie accrue par la force de réaction. Il avait commencé par former la ferme résolution de suivre la voie des conseils et de tendre à la vie parfaite, et il s'abaisse au niveau de la pratique ordinaire des commandements. Il ne rétracte pas ses bonnes résolutions d'autrefois, mais il •omet souvent de les accomplir. Elles survivent aux ruines de sa ferveur première comme de simples projets ou de simples promesses conditionnelles faites par lui-même à lui-même avec la latitude pleine et entière et la clause facile de ne les observer qu'autant que ce sera possible. Il ne ravale pas son objectif, ni ne renie son drapeau par une désertion formelle sur le terrain de la théorie, mais il se tient dans la pratique à un degré inférieur à l'objectif qui est le sien et. avec le

i. Lam. , iv, i.

Le Sacerdoce Éternel. 6

temps, il finit par prêter moins l'oreille aux reproches de sa conscience.

Un tel prêtre peut encore observer la lettre de son règlement de vie et la division du temps que lui trace son Jiorarinm, mais l'esprit intérieur est en déclin chez lui. Il agit peu avec une intention actuelle, il agit parfois avec une intention virtuelle, mais le plus souvent il n'agit qu'avec une intention habituelle. Il n'omet jamais sa messe; il ne s'absente pas du confessionnal et ne néglige pas de se rendre à l'appel des malades, mais l'intention avec laquelle il fait toutes ces choses a baissé en lui. Il est ponctuel et exact par coutume et par une espèce d'habitude qui devient par degrés inconsciente. En récitant l'Office divin, il prononce machinalement les mots sans que son esprit y soit attentif. Il expédie psaume sur psaume sans y prendre garde, et lorsqu'il a fini il lui serait bien difficile de se rappeler un des versets qu'il a récités. Il en est ainsi des mystères du saint Rosaire et pendant la sainte Messe elle-même, les Mémento détaillés des vivants et des morts lui sont une source féconde de distractions. Les pensées étrangères se précipitent alors dans son esprit comme s'il y avait deux hommes en lui, l'homme affairé et l'homme qui célèbre. Il accomplit sans manquer aux rubriques l'action matérielle de la messe, mais les préoccupations extérieures l'absorbent et lui enlèvent la perception des mots qu'il prononce. Tel il est au confessionnal où il entend les pénitents avec un esprit occupé d'autre chose et où il absout avec distraction. Tel il est encore au lit des malades et des mourants où il est mécaniquement correct en administrant les derniers sacrements, mais sans trouver un mot dans son cœur pour

consoler, pour fortifier, pour exciter au repentir et à l'espérance. Ce prêtre peut être bon intérieurement, exemplaire même dans sa vie, mais il est un puits desséché et, comme dit saint Jacques, nubes sine aqua — une nuée sans eau. En lui il n'y a pas de rafraîchissement pour les âmes fatiguées et altérées de soif, et ceux qui cherchent en lui les sources de vie et de consolation ne les y trouvent point.

III. Un autre danger pour le prêtre, c'est d'avoir trop à faire. Que personne ne s'imagine qu'une vie occupée ne puisse être une vie sainte. La vie la plus occupée peut être remplie de piété. La sainteté ne consiste pas à faire des choses peu communes; elle consiste à faire les choses communes avec une ferveur peu commune. Aucune vie ne fut plus occupée et plus traversée que la vie de Notre-Seigneur et de ses apôtres. Ils étaient constamment assiégés par la foule, entourés, comme dit saint Marc, <{ de gens qui allaient et venaient et ils n'avaient pas même le temps de manger (*) ». Néanmoins une vie occupée demande une grande ponctualité et l'habitude soutenue de la prière. Ce n'est ni piété ni charité pour un prêtre que d'abréger sa préparation à la messe ou son action de grâces parce que le peuple est là qui le réclame. Il doit d'abord servir Dieu, pour servir ensuite son prochain. L'heure et demie qu'exige la sainte messe, avec les prières qui la précèdent et qui la suivent,est à lui et n'est pas à lui. C'est la primeur de sa journée. Elle appartient à Dieu. Le prêtre en a l'usufruit et non pas le dominium. Il ne peut l'aliéner ce domaine et, s'il le

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