Apoc. , ni
Ils peuvent prêcher encore les hauts enseignements de la vie spirituelle avec autant d'éloquence que jamais. Mais leur cœur ne bat pas à l'unisson de leurs paroles et aux oreilles qui les entendent leur prédication rend un son faux. Ils liront la vie des saints et éprouveront un certain désir de leur ressembler. Après quelques efforts ils s'arrêtent court. Ils retiennent de cette lecture la claire vue du haut objectif de perfection qu'un prêtre doit s'efforcer d'atteindre et cet objectif revient si souvent dans leurs discours qu'ils en arrivent à se créer la fausse conviction qu'ils l'ont atteint réellement. S'ils se font vraiment illusion, c'est un danger de plus, et, s'ils se trompent volontairement, c'est pire encore. De tels prêtres sont vides intérieurement, leur cœur s'étiole et leur chute est proche. Que ces paroles d'Isaïe sont effrayantes et vraies ! « C'est pourquoi cette iniquité retombera sur vous comme une haute muraille qui, s'étant entr' ouverte et ayant menacé ruine, tombe tout d'un coup lorsqu'on ne croyait pas sa chute si proche. » La plupart du temps, quand un prêtre tombe, tous les hommes s'en étonnent excepté une ou deux personnes qui l'observaient de près, et excepté lui-même qui connaît le motif secret de sa chute. Lorsque cette chute arrive, elle est terrible et parfois irréparable. La « haute muraille » tombe et sa ruine est complète ; plus elle est élevée plus sa ruine est sans espoir. « Elle se brise, dit le prophète, comme un vase de terre qu'on casse avec effort en mille morceaux, sans qu'il en reste seulement un têt pour y mettre un charbon pris d'un feu, ou pour puiser un peu d'eau dans une fosse" (*). » Lorsque les anges
i. Is., xxx, 13, 14.
tombèrent, ils tombèrent pour toujours, car pour eux il n'y a point de rédemption. Quand un prêtre tombe, il peut se relever encore, parce que son Maître est d'une miséricorde inépuisable. Mais depuis la chute de Satan, qui tomba comme la foudre du haut des cieux, il n'y a pas de chute comparable à la chute d'un prêtre.
UELOUEFOIS nous disons, ou tout au moins cette pensée nous vient : « Si j'avais connu ce que c'est que d'être prêtre, je ne me serais jamais aventuré dans cet état. Je suis exposé à tous les dangers qui entourent les autres hommes et à bien des périls auxquels le prêtre seul est en butte. Les prêtres sont placés sur le pinacle et ils ont une charge d'âmes dont il leur faudra rendre compte. Le monde et Satan exercent tout particulièrement contre eux leur hostilité et leur malveillance. Quel avantage me rapporte ma vie sacerdotale ? Je ne suis pas meilleur que mes frères et, si je viens à tomber, ma chute sera grande et peut-être irréparable. ({Grandis sacerdotis dignitas, sed grandis ruina. » De telles réflexions nous sont parfois suggérées par le tentateur qui trouve un complice en nousmêmes. Mais, à moins qu'il ne se fasse un jeu de se tromper lui-même, un cœur plus sincère se sera vite raffermi et il dira : <( Je suis exposé à tous les dangers qui menacent les autres hommes, mais j'ai des grâces au-dessus de tous les autres hommes. Ils ont la grâce sacramentelle en leur qualité de fils de Dieu et de soldats de JÉSUS-CHRIST, mais j'ai en outre, moi, la grâce sacramentelle du sacerdoce. » Si les dangers d'un prêtre sont grands, la grâce de l'ordination est plus grande que ses dangers. Il a des soutiens tout à la fois généraux et spéciaux dans l'exercice de son sacerdoce, soutiens qui sont plus que suffisants pour
l'aider à accomplir tout devoir, à prévenir tout danger et à vaincre toute tentation.
Nous avons déjà parlé des soutiens généraux du prêtre et de la vigilance qu'impose au prêtre la charge pastorale ; nous entrerons maintenant dans le détail des soutiens spéciaux qui l'entourent dans toute sa vie sacerdotale.
I. Le premier entre tous, c'est la célébration quotidienne de la sainte messe. « Lorsque arriva le matin, JÉSUS se tint sur le rivage. » Le jour commence pour le prêtre sous la présence de JÉSUS-CHRIST ; l'autel est le rivage du monde éternel et JÉSUS y vient à notre parole. Dans la sainte messe, nous le connaissons quoique nos yeux ne puissent l'apercevoir. Il y est sous une autre forme. Nous ne le voyons pas, mais nous savons que « c'est le Seigneur ». Il se tient prêt à notre appel et il nous donne le pain de vie. Si nous consacrions une existence tout entière à nous préparer à la sainte messe, un aussi divin contact avec la présence réelle nous dédommagerait surabondamment de toutes nos oraisons et de tous nos actes de pénitence et de purification intérieure (J). Mais il vient à nous non pas une seule fois dans notre vie, mais chaque matin de nocre vie. Chaque journée pour nous commence avec lui. Si nous passions la première heure de chaque jour en la présence visible (et cette présence est certaine quoique invisible) de notre Ange gardien ou de notre saint Patron, cette heure réglerait et élèverait toutes les actions de notre journée. La familiarité
1. « Une vie tout entière, dit saint Grégoire de Xazianze, ne serait pas une trop longue préparation au sacerdoce. » — Orat. n, 55, lxxii.
pourrait peut-être à la longue affaiblir la vivacité de l'impression que produirait nécessairement en nous un contact si intime avec le monde surnaturel et nous pourrions cesser peut-être, à force d'habitude, d'en être pénétrés. Mais la sainte messe est bien plus que cela. C'est la présence personnelle du Maître des anges et des saints et cependant, trop familiarisés avec cette excessive condescendance de l'humilité du Dieu caché sur nos autels, nous pouvons perdre par degrés la vive impression que doit produire en nous la connaissance d'un tel mystère. Le concile de Trente nous enseigne que la présence de JÉSUS dans le Saint-Sacrement est au-dessus des lois et de l'ordre naturel (*). Il est là présent en personne et, lorsque nous tenons le Saint- Sacrement dans nos mains, nous sommes en contact avec le Créateur, le Rédempteur et le Sanctificateur du monde. Le concile dit en outre qu'il est présent, non comme dans un lieu, mais comme une substance (2). Dans l'ordre divin, il n'y a ni temps, ni lieu. Nous sommes en contact avec le monde éternel et ce contact est réel, substantiel et personnel, et du côté de JÉSUS et du nôtre. Nous le voyons face à face par la vision de la foi et rien n'est supérieur à cette vision que celle dont jouissent les bienheureux dans le ciel.
Aussitôt après la consécration, nous sommes déjà admis à le contempler sous le voile des espèces sacramentelles. Nobis quoque peccatoribus, mais à nous pécheurs il est de plus accordé dans la sainte Messe d'entrer en partage et en amitié avec les saints et les martyrs qui composent la cour des deux. Depuis la
i. Catech. Trid. ad Par., p. IV, c. 2. 2. Ibid. , p. II, c. iv, 36.
consécration jusqu'à la communion, nous sommes aussi réellement avec lui que Cléophas et son compagnon l'étaient sur la route d'Emmaiïs et nous savons qu'il est là avec plus de certitude que n'en avaient les deux disciples. Quoique nos yeux soient voilés, notre entendement ne l'est pas. Nous le voyons sous une autre forme que la forme humaine, mais nous le connaissons en même temps que nous le voyons. Et nous lui parlons comme à notre seigneur, à notre maître et à notre ami, et il nous répond par une parole intérieure en des termes qu'un mortel ne peut articuler. Son séjour sur l'autel pendant la messe ne dure que peu de temps, mais ce temps si court renferme un abîme de lumière et de paix. Nous dirons la messe chaque matin durant toute notre vie, mais nous ne toucherons jamais au fond du mystère ineffable de son contact personnel avec nous. Il n'y a pas délimite, comme dit le Psalmiste, à l'abondance de la suavité que Dieu répand de tous côtés comme les flots d'une mer sans bornes (x). Et cependant cet océan de suavité est caché et contenu dans le Saint-Sacrement en faveur de ceux qui cherchent JÉSUS avec une sainte crainte. Et avant qu'il nous quitte un moment pour revenir de nouveau le lendemain matin, il prend et nous donne son précieux corps et son précieux sang, comme il le fit à la table du Cénacle, le soir des derniers adieux, ou comme à Emmaiis lorsqu'il disparut aux yeux des deux disciples. Il disparaît, mais peu de temps après il se trouve de nouveau au milieu de ses disciples, comme le dit encore le concile, lorsqu'il affirme que « JÉSUS ayant aimé les siens lorsqu'il était sur la